Triangle amoureux dans la triade du cœur
Mona Coates (Traduction par Fabien Chabreuil)

En tant que thérapeute, je viens de terminer un cas qui a été une stimulation pour mon cerveau et un déchirement pour mon cœur : un triangle amoureux qui a duré une douzaine d'années. Armée des outils et des techniques de la psychologie moderne ainsi que de ma connaissance de l'Ennéagramme, j'étais persuadée au début que je serais capable d'aider au moins un de ces trois clients à faire des choix plus sains et à mettre fin à la souffrance et à la douleur qu'ils disaient ressentir. Il me paraissait certain qu'au moins un d'entre eux, si ce n'est les trois, choisirait de changer et de grandir après avoir passé plus d'une décade dans cette impasse relationnelle. Certainement, cette évolution ne serait pas seulement un choix pour ces trois personnes, mais plutôt une claire évidence. Quoique je considère ce cas comme l'un des plus exaspérants que j'ai traités, je pense qu'il illustre bien la dynamique de l'Ennéagramme en pleine action, mais aussi qu'il montre comment la connaissance de l'Ennéagramme peut être mal utilisée par ceux qui ne sont pas prêts au développement et aux possibilités de transformation qu'il offre.

Les types des deux hommes et de la femme impliquée dans ce triangle ont été testés et chacun d'entre eux l'a confirmé après lecture de plusieurs ouvrages sur l'Ennéagramme :

  1. Bud : type 3 (pas d'aile manifeste), 36 ans
  2. Kari : type 4 (pas d'aile manifeste), 44 ans
  3. Roger : type 2 (aile 3), 45 ans

Présentation du problème : Bud

Initialement, c'est Bud qui m'a contacté pour prendre un rendez-vous. C'était un analyste financier indépendant et un voyageur international, qui n'avait jamais été marié et qui "gagnait beaucoup d'argent". Il était profondément amoureux de Kari depuis près de douze ans, et voulait qu'elle s'implique totalement dans la relation avec lui et qu'ils se marient. Mais Kari n'aimait pas que Bud ; elle était aussi amoureuse d'un autre homme, Roger.

Bud voulait de l'aide pour "mettre fin à ce stupide triangle" et obtenir que Kari reconnaisse qu'"ils étaient liés l'un à l'autre pour toujours comme des âmes sœurs". Fréquenter une autre femme ne l'avait jamais intéressé, parce que Kari était "le but ultime de sa vie". Il en avait marre que Kari perde son temps avec "ce gros vieux de Roger", comme elle l'avait fait pendant les douze ans de leur relation. Il était temps que Kari le choisisse. Kari avait rencontré Roger juste avant Bud. À cette époque, elle était vulnérable et dans la confusion, suite à un divorce traumatisant. Selon Bud, c'est à cause de cet état que Roger avait réussi à la séduire. Il voulait que je fasse entendre raison à Kari et que je lui montre à quel point "Roger était faible, stupide et ennuyeux afin qu'ils puissent se marier".

Bud me voyait comme son "représentant émotionnel". Je l'entranais à la façon d'approcher Kari et de cesser de blâmer Roger. Bud avait très vite compris combien le type de personnalité était important pour comprendre comment les gens pensaient et ce qui motivait leurs comportements. Il a insisté pour que Kari et lui passent un inventaire de personnalité (C-JES Depth Analysis) et apprennent aussi vite que possible à mieux se connatre. Ils furent tous les deux profondément fascinés par l'Ennéagramme. Très vite Kari prit un rendez-vous pour discuter de son type 4.

Double contrainte : Kari

Kari commença alors sa propre thérapie. Elle était divorcée avec deux filles, âgées de 17 et 19 ans ; elle avait été infirmière, modèle et avait dirigé une petite affaire ; elle était actuellement sans emploi et était bien décidée à rester dans cet état. Brillante, sérieuse, introvertie, calme, têtue, maligne et visiblement belle, elle voulait être entretenue par "son homme" (ses hommes), en plus de la confortable pension alimentaire versée par son précédent mari. Elle avait été abusée sexuellement par son père entre 8 et 10 ans et disait n'avoir que très peu de confiance dans les hommes ; "Bud et Roger étaient les deux seules exceptions." Elle vivait depuis seize mois avec sa plus jeune fille dans une villa au bord de la mer que Bud avait loué pour elle quand elle avait estimé nécessaire de quitter la maison de Roger.

Kari était à la fois contente et songeuse d'avoir découvert qu'elle était un 4. Elle estimait que l'analyse la décrivait complètement. Elle avait beaucoup de goût et un bon sens artistique, était très créative et généralement mélancolique, voire dépressive. Elle affirmait n'avoir jamais été attachée à un de ses parents, et s'être toujours sentie seule, différente, bizarre et incapable de s'entendre avec la plupart des gens. En outre, "la majorité des femmes étaient jalouses d'elle" ; pourtant, Kari se sentait elle-même "stupidement jalouse, la plupart du temps".

Kari voulait explorer les raisons pour lesquelles l'herbe lui semblait toujours plus verte dans le champ d'à côté et pourquoi elle avait toujours envie d'"être avec l'homme avec lequel elle n'était pas". Elle avait été déchirée entre Bud et Roger pendant douze ans et affirmait vouloir et avoir besoin des deux. Elle pouvait passer entre cinq jours et deux mois avec l'un, et puis soudain quelque chose se produisait invariablement qui la faisait aller avec l'autre. Kari disait très clairement que les deux hommes "devraient s'en accommoder". Elle refusait de choisir entre eux. Chacun des deux lui était dévoué, loyal et fidèle. Elle expliquait ses profondes dépressions (accompagnées parfois de tentatives de suicide) et son "incapacité totale à être monogame" par un "désir de quelque chose de plus, quelque chose de différent". Elle estimait que ce désir était là depuis sa naissance. À un moment, elle avoua qu'elle ressentait qu'"il y avait quelque chose de déficient en elle", surtout depuis que son père avait abusé d'elle. Plus tard, elle refusa d'aborder ces sentiments en thérapie, parce qu'"ils la faisaient trop pleurer".

Quoique Kari fût très préoccupée d'elle-même, elle se sentait concernée par ce que vivaient Bud et Roger. Elle expliquait qu'elle les aimait, autant l'un que l'autre et que ce serait toujours ainsi. Chacun avait des qualités précieuses ; chacun était exactement la moitié de ce qu'elle voulait. Elle affirma plusieurs fois qu'elle ne pourrait jamais, et qu'elle ne voudrait jamais, choisir entre les deux. Bud était "fort, intelligent, très aventureux, excitant ; c'était un grand leader avec lequel elle avec une vie sexuelle inimaginable". Leur passion était "irrésistible et grisante", bien qu'il soit parfois "grossier et insensible" et qu'il ne gagne "que 350 000 dollars".

Pourtant, après avoir passé quelque temps avec Bud, elle regrettait la vie de famille, la sécurité et le confort financier que lui apportait Roger. Divorcé avec un fils de 21 ans, self-made-man, multimillionnaire, Roger n'avait pas fait d'études, mais il était aimant, avait un grand sens de la famille, et était élégant malgré un excès de poids. Avec lui, Kari se sentait stable et en sécurité ; mais au bout de certain, l'aventure, les sensations et la sexualité passionnée qu'elle vivait avec Bud lui manquaient.

Au fond, elle était heureuse ainsi, n'avait aucune envie de changer et désirait que "chacun de ces deux types ne soit pas trop perturbé quand elle était avec l'autre".

Pendant plusieurs séances communes, Bud continuait à insister sur ses "bonnes raisons" pour que Kari abandonne Roger et s'engage vis-à-vis de lui. Kari disait beaucoup de bien de Roger devant Bud et expliquait qu'elle "appréciait et avait besoin des nombreuses grandes qualités de Roger". Cela mettait Bud en fureur, et ne faisait que le pousser à se battre encore plus pour conquérir son "âme sœur" et vivre avec elle comme il le rêvait. Kari disait que Bud était vraiment son âme sœur, mais que Roger était à sa manière une âme sœur aussi.

Accroché : Roger

Après avoir longuement supplié et harcelé Roger pour qu'il découvre l'Ennéagramme, Kari avait obtenu qu'il passe le C-JES. Roger se voyait très clairement comme "un gros 2, donnant et aimable" avec une aile 3 expliquant ses succès en affaires. Roger n'était ni très motivé, ni pressé pour commencer une thérapie et résoudre les problèmes liés à sa relation avec Kari.

Roger expliquait qu'il était trop las à la suite des douze années du triangle. Comme Bud, il voulait que je "fasse entendre raison" à Kari. Roger offrit même de payer pour des sessions communes avec Bud (et même à trois) si Bud acceptait de le rencontrer. Bud refusa avec véhémence, se moqua de l'"idée stupide" de Roger, "ce gros crétin sans éducation".

Roger avait un grand sens de la famille et croyait dans les valeurs catholiques traditionnelles. Il était devenu "incroyablement riche" (un revenu annuel supérieur à 2 millions de dollars) dans des affaires liées à l'industrie automobile populaire, qu'il avait lancées dix ans plus tôt sur les conseils et avec les encouragements de Kari. Il était très reconnaissant à Kari de ses idées et de son aide. Il aimait Kari "pour toujours" et serait "son esclave aimant, quels que soient ses choix". Il lui offrirait le monde si seulement elle voulait bien se fixer et lui être fidèle. Il voulait simplement "aimer sa Kari et être aimé d'elle".

Kari croyait que Roger était le plus merveilleux beau-père du monde pour ses deux filles (La plus âgée, 19 ans, avait quitté sa "drôle de mère" pour s'installer dans l'une des chambres d'ami de la nouvelle demeure de Roger). Kari admirait Roger pour sa générosité et son implication avec ses parents, son fils et ses propres filles. En même temps, elle considérait que "Roger était trop doux, trop émotionnel et trop affectueux pour être un véritable homme". Pourtant l'idée que Roger ne soit plus présent dans sa vie la rendait littéralement malade. Elle considérait comme sains son amour, son engagement, sa loyauté et son sens de la famille. De plus avec lui, elle n'aurait plus jamais de problèmes financiers et plus besoin de travailler.

C'est peut-être ce raisonnement qui avait conduit un an plus tôt Kari à proposer soudainement que Roger et elle aillent à Las Vegas et s'y marient. Après onze ans d'attente, Roger était ravi, et une heure plus tard, un avion privé était prêt.

Douze jours après leur mariage, Kari commença à paniquer. Bud lui avait téléphoné, s'était excusé de ses récentes colères et des propos agressifs qu'il avait tenus. Il lui dit qu'il "avait besoin de faire l'amour de manière brûlante et passionnée à chaque partie de son corps". Kari s'effondra, paniqua et se sentit paralysée. Elle expliqua à Roger qu'elle avait fait une erreur "seulement parce qu'elle avait été contrariée par l'arrogance de Bud, que lui, Roger, avait été si gentil et si aimable, mais..."

Dès que Kari se fut convaincu que sa décision impulsive d'épouser Roger était une erreur complète, elle appela Bud. Quelques heures plus tard, ils se retrouvaient dans une chambre d'hôtel. Il appela aussitôt un ami avocat et lui expliqua que Kari avait besoin d'annuler immédiatement le mariage. Kari assura que le mariage n'avait jamais été consommé et l'annulation fut accordée.

Jouer sur tous les tableaux

Kari disparaissait de son domicile pendant plusieurs jours en utilisant comme prétexte sa dépression ou son besoin d'être seule, mais en réalité pour retrouver Bud dans des chambres d'hôtel. Ainsi, elle pouvait profiter physiquement de leur relation, sans blesser Roger trop ouvertement. Roger continuait à pousser Kari et ses filles à venir s'installer chez lui afin qu'ils forment une "vraie famille". Les deux filles adoraient Roger et le considéraient comme "le meilleur Papa qu'elles aient jamais connu". Elles faisaient pression sur leur mère pour qu'elle se "réveille", qu'elle s'installe chez Roger, le beau-père qu'elles avaient choisi et "cesse d'être aussi égoïste". Kari atermoyait et trouvait des excuses pour demander à Roger de lui laisser tout le temps dont elle avait besoin pour procéder à ce changement et mettre fin à son "amitié" avec Bud.

Kari disait qu'elle n'était pas "excitée" sexuellement par Roger, parce qu'il était si prévenant et si doux que cela l'"écœurait". Aux yeux de Kari, Roger était trop dépendant d'elle. Elle repoussait les avances sexuelles de Roger et il acceptait son indifférence. Parfois, il souffrait de crises d'impuissance, parce qu'il se sentait si profondément rejeté. Pourtant, il avait tout d'abord affirmé qu'il était plutôt satisfait de ses performances sexuelles et de sa capacité à donner du plaisir à Kari.

Qu'allait-elle faire ? Elle était piégée dans un drame doux-amer avec deux hommes complètement différents, totalement dévoués et engagés vis-à-vis d'elle. Elle était déprimée et enviait les gens qui n'avaient qu'un seul véritable amour. Pourquoi devait-elle tant souffrir ? Elle aimait également les deux hommes et désirait profondément "au moins la moitié de chacun d'entre eux". Kari demandait pourquoi, si j'étais un bon thérapeute, je n'arrivais pas à changer Bud et Roger, ou au moins à transformer l'un d'entre eux en l'homme idéal.

Kari croyait qu'"elle n'avait pas besoin de changer plus". Elle était de plus en plus irritée après moi quand je lui signalais que ses choix causaient beaucoup de souffrance autour d'elle. Elle avait déjà "décidé de ne jamais choisir". Elle avait l'intention de "garder les deux hommes et partager son temps entre eux du mieux qu'elle pourrait. Bud et Roger n'avaient qu'à prendre eux-mêmes une décision, s'ils étaient si malheureux."

Analyse par l'Ennéagramme

En deux mois, chacun des trois clients avait fait des progrès significatifs en termes de connaissance de soi. Cela était particulièrement vrai de Bud et Roger qui avaient intégré plusieurs éléments importants de leur personnalité véritable : les motivations, les croyances et les peurs qui dirigeaient leur vie. Kari était un peu à la trane, en termes d'intégration et de prise de responsabilité de ses actes. Cependant, elle était intelligente, apprenait bien mentalement et avait compris ce qu'elle trouvait si attirant dans chacun des deux hommes.

La thérapie consista en dix-huit séances en tout : cinq avec Bud seul, six avec Kari seule, trois avec Roger seul et quatre avec Kari et Bud ensembles. Kari avait interdit à Bud et Roger de se parler l'un à l'autre si elle n'était pas présente. De toute façon, Bud refusait de parler à Roger, parce que c'était une "tentative stupide et maladroite de la part de Roger de vouloir se faire passer pour le brave type" et de "faire paratre Bud idiot". Pas de séance en commun. Pas de discussions entre Bud et Roger.

Chacun des trois clients s'intéressa de près à l'Ennéagramme et fit de gros efforts pour en savoir plus sur lui-même et sur les deux autres. Bud et Roger étaient surtout désireux de comprendre les "motivations de l'autre homme", afin de pouvoir mieux influencer Kari et l'aider à voir quel était le bon choix pour elle. Après trois mois d'études sur eux-mêmes et sur les deux autres, chacun paraissait plus ouvert à la vérité. Les deux hommes étaient profondément blessés et ils estimaient qu'il "était temps d'en finir". Avec mon aide, chacun estimait de son côté que c'était la responsabilité de Kari de faire choix, de prendre une décision honnête. Sinon, il faudrait que ce soit eux qui prennent une décision à sa place.

Progrès de Roger et arrogance accrue de Bud

Roger semblait être le plus conscient des trois et devint convaincu que Kari devait choisir d'être entièrement avec lui ou pas du tout. Son estime de soi et sa confiance en lui avaient notablement augmenté. Il avait compris les raisons de ses humiliantes périodes d'impuissance et admettait que ce type de dysfonctionnement était normal chez un homme sain et bien intégré qui était rejeté sexuellement par la femme qu'il aimait. Il était décidé à ne plus être intimidé, ni à s'excuser de ce que Kari appelait ses "échecs" et son "incompétence" en tant qu'amant.

Bud était confiant depuis le début que Kari se réveillerait et laisserait tomber "Roger Rabbit". Après tout, plaisantait-il, "je suis encore un 3 et un gagnant". Quoique Bud ait fait des progrès et soit devenu plus conscient de ses névroses de 3, il utilisait souvent sa connaissance de l'Ennéagramme pour fanfaronner ou pour s'auto-justifier. Il apprit très vite à manipuler Kari plus efficacement, en lui disant à quel point elle était unique et "précieusement" différente de tout autre être humain sur cette terre ! Le refus de Bud d'explorer "toutes ces conneries sur la spiritualité" était décourageant. Il savait "pratiquement tout", ou bien était "assez malin pour faire semblant de le savoir". Et il me rappelait que j'avais été engagée par lui pour mettre fin au triangle et pour obtenir que Kari le choisisse. Il affirmait à tout instant qu'il ne renoncerait jamais à elle, même si elle s'enfuyait et épousait à nouveau Roger. Bud était là pour gagner.

Immobilisme de Kari

Kari avait appris mentalement les peurs, les motivations et la structure psychique de tous les types de l'Ennéagramme. Mais, c'est comme si ce savoir n'avait servi qu'à lui donner de munitions pour maintenir les deux hommes aveuglément attachés à elle.

Elle refusa de prendre une décision définitive ou d'abandonner quoi que ce soit. Quand elle était avec Roger, il lui manquait la sexualité intense, la passion et l'aventure. Elle ne pouvait rester avec lui plus de trois semaines sans voir Bud. Mais avec Bud, elle désirait la sécurité familiale, le "beau-père choisi par ses filles" et l'argent que Roger lui fournissait si généreusement.

Pourquoi renoncerait-elle à quelque chose ? Après tout, cela avait marché si longtemps. "Personne n'est réellement blessé", rationalisait-elle. "Cela dure depuis onze ans et cela me plat ainsi." Elle refusait de voir la souffrance, l'épuisement et l'humiliation qu'elle infligeait aux deux hommes ; pourtant elle semblait pleine de compassion et pleurait souvent au cours des séances privées. Mais sa conclusion était toujours la même : renoncer à Bud ou à Roger lui causerait plus de souffrances, de tristesse, de sentiments de solitude et de perte qu'aucun des deux hommes ne pourrait jamais en ressentir.

Malgré les prises de conscience et les autres éléments de la thérapie, Kari refusa de bouger. Cependant, elle était d'accord pour respecter la décision finale de Bud ou de Roger. Elle en "souffrirait", mais au moins n'aurait pas "creusé sa propre tombe".

Vers le dénouement

Si le triangle devait être dissous, le meilleur moyen était que Roger mette en œuvre sa position "tout ou rien". Roger avait beaucoup plus confiance en lui et ne répondait plus aux accusations d'incompétence sexuelle émises par Kari. En fait, il lui avait expliqué comment le fait qu'elle le rejette produisait la peur et les préoccupations qui provoquaient son impuissance.

Avec beaucoup d'entranement et d'encouragements, Roger en vint à croire qu'il méritait de recevoir de l'amour et de ne pas être toujours celui qui donne. Il devait prendre position, et c'était le moment ! Au cours d'une séance avec Roger seul, un plan fut monté pour que Kari et lui viennent tous les deux le lendemain pour une confrontation finale. Roger pensait qu'il méritait un engagement total et réciproque.

Épilogue

Tôt le lendemain matin, quand Roger appela Cari pour lui confirmer qu'il passerait la chercher pour se rendre à leur séance, elle perçut qu'il était plus confiant et plus assertif que d'habitude. Il lui confirma que c'était le cas. Elle commença alors à essayer de le convaincre qu'en tant que thérapeute je conspirais avec Bud pour qu'elle choisisse ce dernier. Elle lui dit que "de plus, elle sentait bien qu'un jour, bientôt, elle choisirait naturellement Roger et qu'elle ne voulait pas le perdre comme cela". Ces mots firent fondre le cœur de Roger. Soudain, il sentit que Kari l'aimait réellement et avait besoin de lui.

Une heure avant la séance, Roger téléphona : "Annulez le rendez-vous et tous les suivants. J'ai juste besoin d'être là pour Kari. Un jour, elle me choisira."

Il semblait que Roger avait régressé dans son mode de fonctionnement dans lequel il "avait besoin qu'on ait besoin de lui" et dans son investissement émotionnel vis-à-vis de sa Kari adorée. Kari ne pouvait pas sacrifier les intrigues et le drame générés par les deux hommes désirant, manipulant et luttant perpétuellement pour obtenir son temps et son attention. L'herbe était (et probablement serait toujours) plus verte de l'autre côté, chez l'homme avec lequel elle n'était pas à un moment donné. Et Bud voulait gagner, réussir à tout prix ; il était préparé à s'accrocher pour le reste de sa vie, s'il le fallait.

Les trois clients sont restés profondément retranchés dans leurs craintes, leurs passions et leurs fixations, malgré la prise de conscience de leur personnalité, de leurs peurs et de leurs névroses qui avaient été très bien comprises mentalement.

Beaucoup d'autres outils thérapeutiques ont été utilisés, en plus de l'Ennéagramme, pour traiter ce cas : analyse des systèmes familiaux, Gestalt-thérapie, jeux de rôle, tenue d'un journal, exercices de Bioénergie et Reality-thérapie. Mais tous les outils de la psychothérapie ont été insuffisants pour permettre aux gens d'évoluer et d'acquérir une plus grande maturité, au-delà des limites de leur personnalité. Quelles que soient les techniques thérapeutiques ou les prises de conscience permises par l'Ennéagramme, le changement n'est pas possible contre la volonté d'une personne. La nature humaine résiste à la transformation si l'individu n'est pas consentant. Ce cas m'a rappelé douloureusement que chacun d'entre nous reste responsable de ses choix.