Quand "Prendre l'initiative" est une marque d'amour
Une étude de cas
Mona Coates, Ph. D. (Traduction par Fabien Chabreuil)

Présentation du problème

Ellen avait pris un rendez-vous de conseil conjugal avec son mari Jim. Elle se plaignait d'"avoir le sentiment de ne pas être vraiment aimée", parce que Jim ne prenait jamais l'initiative de leurs voyages, de leurs activités sociales, de leurs relations sexuelles, de leurs loisirs, ni même de leurs occupations routinières, comme les courses par exemple.

Jim pensait sincèrement qu'il était "le type le plus facile à vivre qui soit au monde". Il était aimant, gentil, coopératif et pas exigeant. Il voulait bien faire les corvées qui devaient être faites, aussi bien que toutes les activités de loisir qui plaisaient à Ellen. En fait, il "suivait toujours" les plans d'Ellen, quels qu'ils soient.

Pendant leurs dix-huit années de mariage, Ellen avait constamment demandé à Jim de planifier des distractions communes - "de vrais rendez-vous". Elle voulait se sentir demandée et savoir qu'il "était assez attentif pour planifier à l'avance des activités amusantes". Elle avait le sentiment que c'était une marque d'amour de prendre le temps et l'énergie pour créer des expériences agréables à vivre ensemble.

Jim était découragé et avait profondément l'impression de ne pas être apprécié dans son mariage. Il avait toujours voulu aider Ellen et "l'avait toujours suivie, quoi qu'elle veuille". C'était sa manière d'aimer. Il disait qu'il n'était pas vraiment quelqu'un qui faisait des projets, et qu'il ne se sentait pas le droit de "prendre des décisions et planifier des choses que les autres pourraient ne pas apprécier". Jim avait des difficultés à comprendre pourquoi Ellen pensait qu'il y avait un problème dans leur mariage. Parfois, il avait l'impression qu'elle "essayait vraiment de créer le trouble et le chamboulement entre eux".

Analyse par l'Ennéagramme

Jim est un type 9 dans l'Ennéagramme. Il voulait profiter d'un sentiment de paix et de tranquillité dans tous les domaines de sa vie, et particulièrement dans son mariage. Il était facile à vivre, gentil, et désireux de suivre les autres, tant que n'apparaissait ni conflits ni confrontations. Il avait peur de prendre des décisions, si celles-ci risquaient de provoquer une rupture ou un différend avec les autres. Il préférait presque toujours suivre les choix des autres parce que les choses étaient plus faciles ainsi !

En tant que 9, Jim désirait fusionner avec les autres dans un sentiment d'entente et d'unité. La division et le conflit le faisaient généralement "se sentir mal à l'intérieur de lui". Aussi il lui semblait très risqué et effrayant de planifier des activités auxquelles Ellen, ou quelqu'un d'autre, pourrait objecter. Il était désorienté par l'insistance d'Ellen pour qu'il prenne l'initiative de certaines de leurs activités sociales, de "rendez-vous" hebdomadaires ensemble, et de relations sexuelles.

Ellen, un type 7 à aile 6 dans l'Ennéagramme, veut ressentir un certain sens de l'aventure, et désire une participation active de Jim. Elle veut que Jim "se réveille et devienne une part de notre vraie vie", au lieu de la laisser "avec toutes les décisions et toutes les responsabilités à prendre pour préparer et démarrer toutes leurs activités". Elle était désorientée par l'attitude passive et le suivisme de Jim. Elle se sentait fatiguée d'être mariée à un "robot qui dit oui". Elle ne se sentait plus capable d'assumer les responsabilités de leurs décisions et de leurs plans communs.

Après avoir compris leurs types dans l'Ennéagramme, les raisons pour lesquelles ils avaient des visions complètement différentes de la réalité sont devenues claires pour eux. Les motivations et les peurs de chacun d'eux étaient totalement inadaptées aux besoins de l'autre. Au fur et à mesure que Jim commençait à comprendre les peurs fondamentales d'Ellen de laisser passer la vie, d'être privée de plaisir, d'amusement et de choix, il a perçu pourquoi le fait de planifier des aventures nouvelles et excitantes à vivre ensemble était pour elle une marque d'amour. Il comprenait son besoin de planifier, de faire, de créer des options plaisantes, et son désir qu'il prenne part à ce processus.

En même temps, Ellen découvrait les motivations et les peurs de Jim. Elle se rendait compte que Jim n'essayait pas de se débarrasser de tout le travail, et qu'il désirait réellement et fortement lui faire plaisir. En fait, elle commençait à comprendre les peurs du conflit, de la rupture et de décevoir les autres qui le rendaient excessivement coopératif et peu assertif. Ellen réalisait que Jim voulait tellement lui faire plaisir qu'il acceptait de renoncer à ce qu'il voulait personnellement pour vivre un sentiment d'unité et de fusion avec ses désirs.

Cela expliquait aussi pourquoi Jim ne prenait presque jamais l'initiative de relations sexuelles. Il préférait attendre jusqu'à ce qu'il "sache qu'elle me désire afin que nous puissions fusionner" ; ainsi, la paix et l'harmonie étaient assurées. Ellen expliqua à Jim combien son manque d'initiative la faisait se sentir moins féminine, non désirable et non désirée.

Résolution

Il fut convenu qu'une fois par semaine Jim planifierait un rendez-vous ou une activité surprise pour eux deux. Il dirait seulement à Ellen quand être prête et comment s'habiller. Ellen aimait les sentiments d'aventure, de nouveauté et de surprise que cela lui procurait, et surtout, le fait que Jim faisait un effort pour participer pleinement à leur vie.

Ils sont tombés d'accord sur le fait qu'Ellen resterait la "secrétaire sociale" de la famille, puisqu'elle le faisait si bien. Elle n'aurait plus de ressentiment à propos du fait de planifier la plupart des événements et des rencontres sociales de leur vie, tant que Jim la sortirait une fois par semaine selon une décision et un plan personnels. Elle était très heureuse de cet arrangement et se sentait aimée ainsi.

Jim aussi était content de cet accord et se sentait soulagé. Il appréciait toutes les choses qu'Ellen planifiait pour eux, mais il savait que sa participation active était nécessaire à la satisfaction des besoins d'Ellen. Il était tout à fait prêt à planifier et à mettre en œuvre leur rendez-vous hebdomadaire, si Ellen en était contente et l'appréciait. Elle en était plus que ravie.

Les mêmes mécanismes furent discutés à propos de leurs relations sexuelles, que tous les deux trouvaient très satisfaisantes, mis à part l'absence d'initiative de Jim. Après avoir étudié son type 9 et le type 7 de sa femme, il a pris conscience de plusieurs choses importantes. L'une d'elles était sa crainte de provoquer des conflits, des désagréments ou même d'être rejeté. En ne prenant pas l'initiative, il se protégeait et protégeait son ego. Il a réalisé aussi qu'il empêchait Ellen de se sentir demandée et sexuellement désirable. Jim en vint à la conclusion que "partager la prise d'initiative des relations sexuelles" leur procurerait à tous deux plus de joie, d'unité, de fusion et de plaisir sensuel.

Ellen découvrit que les véritables intentions de Jim étaient de l'aimer, de fusionner et d'être unie à elle. Elle réalisa que Jim ne retenait pas intentionnellement son énergie et son attention.

Conclusions

Le résultat pour ce couple de la prise de conscience de leurs types de personnalité et de leurs différences a été d'aboutir à des accords mutuellement satisfaisants dans plusieurs domaines de leur relation. Ils ont changé positivement, l'un et l'autre. Un sens renouvelé d'amour et d'intimité entre eux était visible. Tous les deux, ils se sentaient mieux compris, appréciés et soutenus.

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Mona Coates, Ph.D., est psychothérapeute, enseignant en Sexualité et Sociologie Humaine, conseiller familial et conjugal, et sexologue certifiée. Elle est co-auteur, avec son mari Ed Jacobs, des produits C-JES, notamment : Self-Scoring Inventory, Discover Your Personality Type: Self-Scoring Book, Depth Analysis, et C-JES Computer Software for Windows.