La vie, l'univers et les tests d'Ennéagramme
Courtney Behm (Traduction par Fabien Chabreuil)

La semaine dernière, j'ai présenté l'Ennéagramme à un groupe d'entrepreneurs de la Bay Area [Note du Traducteur : zone située autour de la baie de San Francisco] et ils ont été fascinés par la complexité du système et par ce qu'ils reconnaissaient sur eux-mêmes dans la présentation des types. Et comme les autres groupes, ils ont posé les questions habituelles à propos des types :

  • Sommes-nous nés avec notre type ou l'avons nous acquis ?
  • Pouvons nous changer de type avec l'âge ou avec le développement personnel ?
  • Ai-je intérêt à choisir un partenaire en fonction de son type dans l'Ennéagramme ?
  • Puis-je utiliser l'Ennéagramme pour choisir un travail ou pour prédire des performances ?
  • Existe-t-il un test permettant de confirmer votre type ?

Il est toujours difficile pour moi de répondre à la dernière question. Existe-t-il des tests ? Y a-t-il des tremblements de terre en Californie ? Il semble que chacun ait la bonne solution pour que vous découvriez votre type. Il y a des cartes, et des questionnaires avec des réponses courtes, ou avec des paragraphes, et des essais, et des diagrammes, et des dessins, et des comparaisons, et des interviews. Certains sont plus précis que d'autres, certains sont faciles à passer, certains sont amusants, certains sont frustrants, mais à des degrés divers ils ont tous la même caractéristique : quand le test est fini, la plupart des gens ne savent pas avec certitude quel est leur type. Ils ont une idée, ou plusieurs idées. Ils peuvent utiliser ces impressions comme des indicateurs qui pointent dans une direction d'exploration, d'investigation et de découverte de soi. Ils peuvent les utiliser pour vérifier de nouvelles informations et de nouvelles découvertes. Par exemple, un test qui me dit que je peux être un 4 ou un 3 me dit non seulement où commencer mon voyage, mais il me dit aussi quelque chose à propos de la sorte de 4 ou de 3 que je pourrais être quand je me serais finalement découvert.

Mais le but de cet article n'est pas de dire que nous avons besoin de meilleurs tests. Le vrai problème est l'attitude avec laquelle nous tendons à regarder les instruments de test et les espérances que nous mettons en eux. Nous avons tendance à être, comme le dit un bon ami à moi, des créatures faiseuses de sens. Nous voulons étiqueter, et cataloguer, et faire tout ce que nous pouvons pour mettre de la logique, de l'ordre et de la compréhension dans ce qui est essentiellement un univers insaisissable et soumis au hasard. Je trouve inconfortable le simple fait de considérer que ma table de salle à manger puisse n'être qu'une construction mentale de "table", bâtie autour d'une constellation d'impressions sensorielles détournées pour perpétuer l'illusion. Je veux qu'une table soit une table. Point. Et je veux la retrouver demain matin à la place même où elle était ce soir quand je suis allée me coucher. Pas d'excuse. Et je veux la même prévisibilité dans mes interactions humaines.

En fait, nous ne savons pas réellement si les objets inanimés sont des créations de nos attentes, mais avec nos camarades humains, et avec nous-même, nous créons toujours une image de ce que nous voudrions voir et y répondons comme si elle était l'entière vérité. Notre vue depuis un des neuf points de l'Ennéagramme colore chacune de nos impressions, de nos attitudes, de nos idées et de nos expériences. Notre habitude d'attention est dominante, puissante et le plus souvent invisible car nous ne la considérons pas comme "autre", exactement comme nous ne considérons pas la table comme "imaginaire". Elle est si proche de nous qu'elle EST nous. Puis nous rencontrons l'Ennéagramme avec ses propriétés de développement de la conscience et, avant même que nous ne le sachions, notre monde n'est plus ce que nous pensions qu'il était. Et nous non plus.

Alors quelle est la première chose que nous voulons quand nous réalisons que notre base psychologique solide n'est peut-être qu'une illusion ? Nous voulons des certitudes. Nous voulons que les choses restent exactement comme elles étaient, peu importe si cela doit être difficile ou douloureux. Notre besoin de savoir avec certitude est si grand. Aussi nous cherchons un test d'Ennéagramme pour faire sens dans cet univers brutalement agrandi et le réduire à un ensemble gérable de données. Alors nous pourrons cesser de remettre en cause notre réalité intérieure et extérieure et emprunter notre issue de secours avec un soupir de soulagement. Le problème fondamental avec cette approche est que dès que nous pensons connaître quelque chose avec certitude, nous découvrons qu'il y a plus à apprendre. Chaque découverte est une ouverture vers la suivante, dans un processus qui ne s'arrêtera pas avant notre mort. Et peut-être même pas à ce moment-là. Nous dépensons une énorme quantité d'énergie pour maintenir nos illusions d'une existence prévisible face à la volatilité inhérente de la vie. Et il est difficile de lâcher ce que nous pensons être un moyen de préserver notre vie, même si nous avons la preuve qu'il s'agit en réalité d'un point d'amarrage.

J'ai lu mon premier livre d'Ennéagramme il y a dix ans et j'ai décidé que j'étais un 9 parce que j'avais des difficultés à prendre des décisions, que j'avais besoin de structures mais que je les évitais, que je prenais de la distance, que je ne savais pas ce que je voulais faire de ma vie, que je pouvais voir tous les points de vue, et que je me retrouvais dans tous les types de l'Ennéagramme. Il y avait bien cette petite chose quand je lisais le chapitre sur les 4 et que j'avais un sentiment d'horreur. D'accord, je savais que je faisais cette chose relationnelle mais je ne voulais PAS être un 4 et je pouvais prouver que je n'en étais pas un : je ne m'habillais pas de manière flamboyante, je n'étais pas une artiste, j'étais très logique, etc., etc., etc. Je décidais (grosse surprise) que j'étais probablement l'une de ces personnes spéciales, l'un de ces cas uniques qui ne pouvait pas être catalogué par un système et j'ai mis le livre de côté en pensant qu'il était intéressant mais inutile. Deux années plus tard, après un travail personnel intensif, j'ai été volontaire pour être typée et on m'a dit que j'étais probablement un 4. J'ai relu le chapitre sur les 4 qui avait été si dérangeant et cette fois je me suis reconnue immédiatement. Mais il avait fallu deux ans pour me voir suffisamment clairement pour reconnaître et accepter mon propre type.

Faire face au vide de notre Moi inconnu peut être une perspective terrifiante. Quand tout ce que nous pensions vrai est remis en question, nous sommes face à une mort psychologique, à une nuit noire spirituelle de l'âme. Ce n'est pas pour les pusillanimes. Aussi, chacun d'entre nous fait des pauses à différents moments du voyage, selon sa tolérance individuelle à la désorientation. Et quel que soit l'endroit où nous arrêtons, c'est le bon endroit pour nous à ce moment particulier. Mais un test ne nous apprendra jamais rien sur notre capacité à grandir. Aussi quand je suis assis avec un groupe de gens qui découvrent l'Ennéagramme et qu'ils m'interrogent à propos des tests, je sais que je peux recommander à peu près n'importe quel test et que j'obtiendrais la distribution habituelle de résultats : certains se reconnaîtront avec joie et avec l'impression de se rentrer chez eux, d'autres vivront l'inconfort de s'exposer et le désir de se cacher, quelques-uns y verront une porte vers la transformation, d'autres le rejetteront parce qu'il leur montrera une image qu'ils ne veulent pas voir, quelques-uns l'intégreront dans leur pratique spirituelle, d'autres s'arrêteront à l'étiquette, quelques-uns seront éclairés, d'autres seront confus.

Pour de nombreuses raisons, nous avons besoin d'instruments de test précis qui puissent être utilisés dans des situations variées et d'excellents progrès sont faits dans cette direction. Mais la validité et l'efficacité de l'Ennéagramme ne résident pas dans des résultats de test. La partie importante a lieu après le passage du test, quand nous activons notre observateur intérieur et commençons à explorer et à cartographier notre paysage intérieur. Elle a lieu quand nous apprenons à regarder avec compassion nos écarts sur le chemin de la vérité, quand nous avons une chance de transformer nos interactions avec les autres en comprenant à quel point leur point de vue peut être différent du nôtre. C'est le moment où nous découvrons combien nous sommes prêts à risquer pour vivre dans notre essence. L'Ennéagramme est un système humaniste, évolutif et dynamique dont l'impact sur nous se fait au travers d'essais et d'erreurs et de renforcements. C'est dans la mesure où nous résistons à la tentation de mettre des étiquettes et où nous restons ouverts à des possibilités nouvelles que nous aurons établi une profonde connexion avec notre Moi véritable et avec une communauté plus large. C'est là notre test d'Ennéagramme le plus fiable.