L'Ennéagramme : une clé pour ouvrir le cœur
Kathy Hurley et Ted Dobson (Traduction par Fabien Chabreuil)

Qu'est-ce que la tête et le cœur ont en commun ? Rien, si nous sommes satisfaits de la vie que nous menons. Tout, si nous sommes à la recherche de notre vérité personnelle et du sens de votre vie. Si nous appartenons à la seconde catégorie, l'Ennéagramme peut être utilisé comme une clé pour découvrir comment la tête et le cœur peuvent travailler ensemble de manière créative.

À l'intérieur de notre culture, le cœur et la tête sont diamétralement opposés. La culture occidentale déifie l'esprit pensant. La logique et la rationalité sont des valeurs incontestées de notre société. L'objectivité est un but très recherché dans notre vie courante, quoiqu'il soit rarement atteint. La recherche d'information est un passe-temps national. Même les relations humaines sont maintenant dépersonnalisées en étant transformées en communications entièrement conduites par Internet.

Simultanément, la culture actuelle a contribué à placer le cœur humain sur la liste des espèces en voie de disparition. Chaque jour, nos cœurs sont traumatisés par une exposition à la violence et à la souffrance humaines, jusqu'à ce que, paralysés par ces chocs et par la peine, leurs murmures soient étouffés et leur sagesse cesse d'être perçue. Parce que nous ne l'entendons pas, souvent nous concluons à tort que la sagesse du cœur n'existe pas.

Hypnotisés par la répétition de messages culturels auto-validants, nous avons accepté de considérer comme normales des attitudes d'avarice, de mensonge et d'égoïsme qui nous rendraient malades si seulement nous permettions à nos cœurs d'expérimenter leur réalité. À la place, nous essayons de protéger nos cœurs par le cynisme, le sarcasme et la préoccupation pour notre propre survie, sans réaliser que ces tactiques les font lentement mourir. Ces réactions automatiques de survie font de nous les acteurs de notre propre destruction.

Cette attitude de vénération de l'esprit et d'ignorance du cœur n'est pas un phénomène nouveau. Depuis dix mille ans, depuis la révolution agricole, l'humanité a essayé de contrôler les caprices de la nature en utilisant l'esprit pensant (et le corps en tant qu'agent), tout en laissant le développement du cœur à la chance. Dans une société agricole, le contrôle de l'environnement signifie la survie, alors que le développement des valeurs du cœur paraît superflu. Le monde agricole a donné naissance à la culture moderne qui dépend du sur-développement de l'esprit pour produire ce que nous voyons autour de nous, une culture de la science et de la technologie.

Aujourd'hui pourtant, le sur-développement de l'esprit et le sous-développement du cœur ont atteint un tel degré qu'ils mettent en péril l'existence même de l'humanité. L'esprit a développé des technologies de destruction potentielle dont l'utilisation, si elle n'est pas guidée par les valeurs humanitaires du cœur, peut éliminer des espèces entières et détruire des populations entières. Cette idée était au centre du message de George Gurdjieff et de ses successeurs et collègues, Pietr Ouspensky, Maurice Nicoll et John G. Bennett.

C'est dans la nature de l'esprit de faire ce qu'il peut faire, simplement parce qu'il peut le faire. C'est dans la nature du cœur de limiter et de guider l'action en se fondant sur la conscience et la connaissance qui émergent et grandissent quand le savoir est assimilé par le cœur jusqu'à ce qu'il ne soit plus seulement abstraitement vrai, mais vrai pour nous personnellement. C'est à partir de cette vérité personnelle que nos valeurs sont formées, articulées et vécues.

Dans notre culture, nous avons développé l'esprit et nous avons développé le corps en tant qu'agent de l'esprit, mais nous n'avons rien fait pour le cœur. Nous n'avons ni éduqué, ni développé le cœur. Cette façon de vivre nous paraît si normale que des expressions comme "développer le cœur" ou "éduquer le cœur" peuvent nous sembler bizarres, alors que des phrases comme "éduquer l'esprit" ou "entraîner le corps" sont d'usage quotidien pour la plupart des gens.

Voici l'Ennéagramme dans un tel monde. Qu'a-t-il à nous dire sur la survie du cœur de l'être humain et sur la survie d'une culture ?

L'Ennéagramme et les valeurs du cœur

Depuis le début, l'Ennéagramme parle du corps, de l'esprit et du cœur. De la façon dont les auteurs ont appris et enseignent l'Ennéagramme, ces trois aspects de la personne sont considérés comme des intelligences et, plus intéressant, comme des intelligences égales l'une à l'autre. Ils sont appelés les trois centres d'intelligences, considérés ainsi depuis l'époque de Platon et nommés de différentes façons depuis. Depuis 1994, nous les avons appelés les centres de la pensée, du sentiment et de l'action (ou de l'instinct).

Comme le disait simplement George Gurdjieff, chaque centre a son propre esprit et en conséquence, chaque centre a ses propres aptitudes. Il en résulte que chaque activité est effectuée plus efficacement sous la conduite de l'un des trois centres. Ainsi, une manière simple de comprendre la nature de beaucoup de nos problèmes est de réaliser que nous utilisons les centres pour des fonctions pour lesquels ils ne sont pas conçus. Gurdjieff et ses collègues appelaient cela "l'utilisation erronée des centres".

Il est facile de trouver des exemples. Si la tâche en cours consiste à ramasser un papier sur le sol, seul le centre instinctif doit intervenir. Si nous essayons d'accomplir cette tâche avec le centre mental, nous ne ferons qu'imaginer ramasser la feuille et si nous essayons d'utiliser le centre émotionnel, nous ne réussirons qu'à être en colère après la personne qui l'a laissée là.

Quand la famille partage le repas du soir, le centre émotionnel doit être prioritaire pour se relier aux autres et apprendre comment s'est passée leur journée. Le centre mental suit pour créer une conversation intéressante et plaisante. Le centre instinctif doit rester en troisième position jusqu'à ce que le repas soit terminé et qu'il soit temps de faire la vaisselle et de nettoyer la cuisine.

Quand vous essayez de faire vos comptes, il vaut mieux ne pas laisser le centre émotionnel prendre le dessus pour éviter d'être déprimé devant vos factures ou excité devant votre bonne fortune, parce que ces émotions ne feraient que vous distraire de la tâche en cours. Si le centre instinctif prenait le dessus, vous vous lèveriez de votre bureau et vous vous distrairiez avec quelque activité sans rapport. Seules la logique et l'objectivité du centre mental peuvent accomplir cette tâche.

Ces exemples sont de bon sens, et nous avons tous le souvenir de tâches simples rendues confuses simplement parce que nous essayions de les accomplir avec les centres inappropriés. C'est une expérience humaine, trop humaine. Elle est la source de la plupart des chagrins de nos vies.

À une plus large échelle, l'utilisation erronée des centres est un mauvais emploi de notre énergie personnelle qui diminue notre concentration et nous éloigne du vrai but de notre vie. Nous construisons un labyrinthe d'activités non judicieuses, nous y passons notre temps, nous y faisons des efforts et, pendant ce temps, nous perdons notre direction et créons sans le savoir une impression d'absence de sens dans nos vies. Nous perdons tout sens de notre but ou de notre destinée — tout sens que nous avons été créés comme des canaux d'énergie spirituelle dans le monde matériel — et nos vies contribuent à l'état d'endormissement de l'humanité en général.

C'est pourquoi les grands maîtres spirituels disent que l'utilisation correcte des centres est le début du processus de transformation et faire cela consiste à développer chaque centre jusqu'à ce qu'il soit suffisamment fort pour accomplir les tâches pour lesquelles il est approprié. Gurdjieff, Ouspensky et Nicoll appellent ce mouvement "équilibrage des centres". Équilibrer les centres rend à chacun d'entre eux la dignité et la fonction véritables conformes à son intelligence, intelligence aussi importante que celle des autres centres.

Dans une culture qui surévalue les centres mental et instinctif, nous croyons que l'Ennéagramme est apparu pour nous parler de l'importance égale du cœur. L'Ennéagramme nous renvoie à notre sous-évaluation du cœur, mais plus important, si nous comprenons les relations entre les neuf types de l'Ennéagramme et les trois centres d'intelligence, il nous montre comment atteindre l'équilibre. Cette idée faussement simple est la base d'une révolution de nos valeurs et de nos règles culturelles.

Pourtant, Gurdjieff et ses collègues insistent encore plus sur ce thème. D'accord en cela avec un autre grand enseignant spirituel de cette époque, Carl Jung, ils disent qu'il est impératif de développer le cœur à ce moment précis de notre histoire. Ils sont littéralement persuadés que l'avenir de la race humaine en dépend. Aussi, nous croyons que l'utilisation la plus importante de l'Ennéagramme est de voir notre manière favorite de sous-utiliser le cœur et de rediriger notre énergie. Sinon, comme le dit l'ancien proverbe chinois : "Si vous ne changez pas de direction, il y a de bonnes chances que vous arriviez où vous allez."

De plus, ces enseignants nous ont appris que nous utilisons nos centres dans une hiérarchie de préférences. Nicoll a pris la numérotation des centres de Gurdjieff (action = 1, émotion = 2 et pensée = 3) et a déclaré qu'il existait six sortes d'individus :  1-2-3, 1-3-2, 2-1-3, 2-3-1, 3-1-2, 3-2-1 (voir Psychological Commentaries on the Teachings of Gurdjieff and Ouspensky, volume II, p. 687-88). Cela signifie qu'habituellement nous utilisons un des centres pour interpréter notre vie, qu'un autre centre est très peu utilisé et que le troisième l'est à peine.

Cela signifie que quand nous sommes dans notre compulsion dans l'Ennéagramme (ce qui est plus fréquent que nous ne voulons généralement bien l'admettre), les trois centres sont faibles et incapables d'accomplir leur véritable fonction. Il est évident que les centres situés en deuxième et troisième positions sont faibles, mais le centre qui est en tête est faible aussi parce qu'étant utilisé pour interpréter l'ensemble de la vie, ses valeurs les plus superficielles sont sur-développées au détriment de son but authentique. (Cela explique pourquoi les 23 et 4, qui préfèrent et donc sur-utilisent le centre émotionnel, ont autant de travail à faire que les autres types pour développer le rôle véritable du cœur.)

Nous avons approfondi et affiné cette idée (qui pour nous décrit respectivement les types 18247 et 5 de l'Ennéagramme) et nous l'avons appliquée aux types 36 et 9 pour créer une relation cohérente entre les types et les centres que nous avons appelée le Hurley/Dobson Breakthrough Enneagram®. C'est une des manières de comprendre les relations entre les types et les centres, mais de quelque manière que vous compreniez cette relation, nous croyons que la valeur de l'Ennéagramme pour notre culture contemporaine réside dans la compréhension de comment la connaissance notre type peut nous conduire au développement et à l'utilisation appropriés de nos trois centres d'intelligence.

C'est pourquoi, quelle que soit votre approche de la relation entre les types et les centres, un point est éminemment clair : aucun type, en tant que tel, n'utilise correctement aucun des trois centres, parce que chaque type est créé par une mauvaise utilisation des centres. Vu sous cet angle, l'Ennéagramme devient un moyen de comprendre comment nous faisons mauvais usage du cœur et, plus important, de quoi nous avons besoin pour le développer.

Ralentir

Comment pouvons-nous développer notre centre émotionnel ? Peut-être que la manière la plus importante et la plus simple (mais pas la plus facile) de développer notre cœur consiste à ralentir le rythme de nos vies. Nous ne pouvons pas ressentir de vraies émotions ou une réelle connexion aux autres quand nous traversons la vie à 200 à l'heure. Que notre vie soit pleine de projets gigantesques ou de détails insignifiants, la plupart d'entre nous pourraient renoncer à un grand nombre d'activités et s'en trouver mieux mentalement, émotionnellement, physiquement et spirituellement. Cet élagage ne peut être que le résultat d'une réflexion intentionnelle et d'un véritable exercice de la volonté.

Mary Pipher, une thérapeute familiale de Lincoln (Nebraska), est devenue la reine du mouvement de la thérapie familiale après ses deux derniers ouvrages Reviving Ophelia et The Shelter of Each Other. Dans ces livres et pendant les conférences qu'elle donne en Amérique du Nord et ailleurs, elle dit ce que nous savons tous intuitivement être vrai. Aujourd'hui, nous avons besoin de ce dont les gens ont besoin depuis 5 000 ans : amour, connexion, travail porteur de sens, nature, bonne nourriture et communauté. Elle décrit notre culture pressée comme "le marathon olympique que nous appelons la vie moderne" et ajoute que ralentir est peut-être l'acte subversif absolu.

La vitesse de la vie et les réseaux d'information nous laissent moins connectés à nous-mêmes, aux autres et à la vie. Nous sommes plus déconnectés les un des autres que nous ne l'avons jamais été de toute l'histoire du monde. Nous ne nous connectons plus aux membres éloignés de notre famille comme nous le faisions autrefois. Les gens ont oublié comment former des relations.

L'intelligence du cœur comprend la vie au moyen de la compassion, de l'affection et de la vulnérabilité émotionnelle ; ces capacités étant réprimées et incomprises, les gens essayent de former des relations à partir des valeurs de la tête et du corps, simplement pour découvrir que quelque chose d'indéfinissable manque. L'expérience d'une vie pleine de sens et orientée vers une finalité est remplacée par un désir ardent d'excitation. Cela conduit les gens à rechercher ce qui leur manque à l'extérieur d'eux-mêmes. Souvent ils remplissent le vide par une dépendance ou par une chaîne de relations brisées.

Dans notre culture, le travail et le succès sont devenus si importants que les gens acceptent aisément de se déraciner, eux et leur famille, simplement pour obtenir une promotion. Une autre forme de mobilité apparaît quand les gens divorcent et se remarient, plusieurs fois de suite parfois. Que deviennent les attentes de connexion et de relation des enfants dans ces situations ? Ils grandissent sans avoir de relations à modéliser et en ayant à se défendre émotionnellement des sentiments de connexion de peur de perdre cette relation. Ainsi ils croient à tort que l'isolation est normale et que la survie est la valeur ultime.

Où est le sentiment de connexion pour chacun d'entre nous ? C'est là une autre utilisation importante de l'Ennéagramme. En utilisant l'Ennéagramme pour nous comprendre et pour comprendre les autres, nous pouvons nous sentir plus connectés à nous-mêmes et aux autres. Ralentir le rythme de nos vies diminue le pouvoir de notre compulsion dans l'Ennéagramme et ainsi nous pouvons consacrer plus d'énergie à vivre dans notre Moi véritable.

Se débarrasser des émotions qui nous nuisent

Un autre moyen de développer le cœur est de le désengager des émotions qui lui nuisent de façon à ce qu'il soit libre d'expérimenter des émotions réelles. Apprendre à discerner les émotions de connexion des émotions qui nous nuisent est un principe important de l'éducation du cœur. Ce savoir acquis, une personne peut passer à l'étape suivante et apprendre comment ne pas s'engager dans les émotions nuisibles et comment s'investir pleinement dans des expériences émotionnelles qui créent la connexion et la relation.

Dans notre culture, nous laissons l'éducation du cœur au hasard. Elle ne se fait pas à l'école. La maison est le seul endroit où notre cœur peut être éduqué et cela dépend du niveau de développement de nos parents en ce domaine. Elles sont rares les maisons où l'on essaye intentionnellement d'éduquer le cœur des enfants et où on attend des adultes une expression émotionnelle mature.

Un résultat habituel de cette absence d'éducation du cœur est que la vie émotionnelle de beaucoup de gens est chaotique. Nous nous attendons à ce que le cœur nous conduise sur un chemin désordonné et imprévisible et c'est une des raisons évidentes pour lesquelles notre culture néglige l'importance du cœur.

En effet, sans une éducation correcte du cœur, nous croyons à tort que tous les états émotionnels nous disent quelque chose de vrai, que chaque émotion nous donne une information fiable sur laquelle nous pouvons baser notre action. Pourtant, la vérité est que beaucoup d'états émotionnels nous sont nuisibles, par exemple la dépression, l'irritabilité, la jalousie, la suspicion et l'attendrissement sur soi, pour n'en citer que quelques-uns. Ces émotions ne doivent pas être traitées de la même manière que d'autres émotions comme la joie, la tristesse, le bonheur et la colère qui nous connectent réellement à notre expérience de vie.

La situation est compliquée par le fait que les émotions nuisibles sont souvent subtiles, inconscientes, qu'elles semblent légitimes et qu'ainsi elles dominent notre vie émotionnelle plus que nous ne l'admettons à première vue. En outre, elles agissent comme des brides en s'attachant à des états émotionnels plus réels et en polluant ainsi l'expérience tout entière.

Par exemple, considérons un homme qui aime une autre personne et qui soit réellement dévoué à son amour. Il trouve délicieux de passer du temps avec la personne qu'il aime. Bientôt pourtant, il commence à se sentir possessif à propos du temps de la personne et rapidement devient jaloux de ses autres relations. L'expérience de connexion de l'amour est devenue une expérience nuisible de déconnexion, de jalousie qui conduit à des situations plus destructrices comme la rage et peut même aboutir à la fin de la relation qui pourtant avait commencé sainement.

Ou imaginons une femme qui est triste après la mort de son père. En songeant aux événements de sa vie, elle se sent emplie de force par son amour et son exemple, même si elle ressent la perte. Pourtant, bientôt le sentiment de perte évolue en apitoiement sur soi au fur et à mesure qu'elle se souvient d'événements significatifs de sa vie pour lesquels son père n'était pas présent. Elle se rappelle aussi que son père était présent pour des événements importants de la vie de ses frères et sœurs. Son apitoiement se transforme alors en dépression et en des petits ressentiments qui peuvent facilement aboutir à des déconnexions lors de conversations avec les autres membres de la famille.

La seule solution à des situations comme celles-ci est d'expérimenter l'observation de soi qui trouve son origine dans la philosophie de Socrate dont le principe central était "Connais-toi toi-même." Seule l'observation de soi objective peut discerner les émotions nuisibles de celles qui nous connectent et nous désengager des émotions nuisibles. De cette façon, nous permettons à notre cœur de s'exprimer d'une façon plus expansive et plus génératrice de vie.

Pour être efficace, l'observation de soi doit éviter la condamnation de soi et l'auto-justification ; c'est ainsi qu'elle devient objective. L'observation de soi objective ne contient pas d'évaluation. Cela nécessite une grande force pour s'observer ainsi, une force qui ne peut être développée que par des tentatives répétées de voir ce qui se produit réellement à l'intérieur de nous et dans nos relations avec les autres.

C'est un autre moyen par lequel Ennéagramme peut nous être grandement utile. Une manière de décrire l'Ennéagramme est de dire que chaque type est un agglomérat d'émotions nuisibles habituelles. Quand nous savons de quel type nous sommes, nous savons où chercher les émotions nuisibles qui nous assaillent le plus rapidement et le plus intensément. Ce savoir peut accélérer le démarrage de notre travail intérieur et nous guider dans la protection de notre cœur contre les expériences qui nous plongent continuellement dans l'égocentrisme, vident notre énergie, et nous déconnectent des autres.

Arrêter le discours automatique

L'une des premières choses que nous pouvons faire pour ouvrir le cœur est d'arrêter le "discours automatique". Le discours automatique peut prendre plusieurs formes. L'une d'entre elles consiste à exprimer nos émotions nuisibles. Une autre est de tenir des propos vains et qui n'ont pas d'autre but que de satisfaire les besoins de notre ego.

La première étape consiste à reconnaître que nous tenons un discours automatique. La plupart d'entre nous exprimons régulièrement nos émotions négatives. Nous les formulons quand nous décrivons nos expériences, racontons nos histoires et exprimons nos opinions. Nous les manifestons dans des phrases ou de manière plus subtile par le ton de la voix, des gestes ou des postures. Il y a un moyen sûr de reconnaître les émotions négatives : à chaque fois que nous les exprimons, elles sont accompagnées par une sensation d'opposition imprécise ou évidente, l'impression de repousser ou de "posséder" l'autre personne.

Nous parlons tous pour flatter notre ego. Nous racontons des histoires que personne n'a envie d'entendre, faisons des observations qui ne sont ni aidantes ni constructives et nous attardons sur des détails qui n'ajoutent rien à notre vie, ni à celle des autres. Reconnaître cela est une bataille contre notre fierté et notre vanité. La fierté et la vanité nous conduisent à nier la vérité et à avoir une piètre opinion de nous-mêmes parce que nous parlons automatiquement.

Comme pour nos émotions nuisibles, nous devons observer objectivement notre discours automatique et ne chercher ni à nous justifier, ni à nous condamner. Nous devons simplement devenir conscients que c'est ce que nous faisons. L'étape suivante n'est pas facile mais elle est simple : stop. Il ne s'agit pas d'arrêter complètement de parler comme des moines ou des nonnes cloîtrés. Ce serait contre-productif. Pourtant, quand nous cessons de bavarder sans besoin et arrêtons de tenir des propos négatifs, nous créons un espace qui nous permet d'entendre notre propre cœur et d'écouter réellement ce que les autres nous disent. Alors l'intelligence du cœur peut faire ce qu'elle seule peut faire : nous connecter aux autres et à notre Moi profond.

Si vous n'avez jamais travaillé sur cette partie de vous-même avec l'intention consciente de changer vos habitudes, un bon truc consiste à parler deux fois moins et à consacrer plus d'énergie à écouter. Vous pouvez aussi remarquer quand les gens changent de sujet ou quand ils vous font savoir d'une manière ou d'une autre qu'ils ne sont pas intéressés par ce que vous avez à dire ; au lieu de forcer la conversation à revenir au sujet de votre choix, montrez de l'intérêt pour ce qui les intéresse. Adopter ce type de pratiques rend notre écoute et notre discours conscients parce qu'il nous amène à réagir depuis notre Moi réel dans l'instant présent. S'abstenir de parler automatiquement, avec ces méthodes ou avec d'autres semblables, est un pas simple qui peut modifier positivement l'ensemble de nos relations.

Reconnaître la nécessité pour la tête et pour le cœur de travailler ensemble

Gandhi appelait ses efforts pour la paix en Inde "le mouvement non nuisible pour la vérité". Ouvrir le cœur est un mouvement non nuisible vers notre vérité intérieure. Chaque personne doit prendre des mesures comme celles-ci pour lui parce qu'il reconnaît ses propres besoins. Ouvrir le cœur n'a rien à voir avec "Il faut" ou "Tu dois". Cela se produit parce que nous voyons la réalité de notre vie et choisissons de la vivre plus pleinement.

Entreprendre une démarche claire et intentionnelle pour ouvrir notre cœur n'est pas un but vague ou insaisissable. Nous l'atteignons quand nous faisons travailler ensemble notre tête et notre cœur. En gardant notre esprit dans notre cœur, nous apprenons à penser avec notre cœur aussi bien qu'avec notre tête et devenons des individus équilibrés.

Rodney Collin, un étudiant d'Ouspensky, disait que l'esprit et le cœur devaient travailler ensemble pour trouver la vérité. Dans notre état compulsif, la tête et le cœur ont l'habitude de s'annuler mutuellement. Le cœur perçoit une vérité, mais un peu plus tard la tête considère que c'est un non-sens et en doute. Le cœur perd alors courage, ne peut plus croire en lui, et laisse la conduite de la vie à la tête dont l'approche est soutenue par notre culture à tout bout de champ. La personne ainsi tourmentée n'acquièrt jamais les bases de vérité personnelle sur lesquelles elle pourrait fonder sa vie et ainsi son existence est dominée par des valeurs qui lui viennent de l'extérieur.

Le cœur ne peut développer sa sensibilité et sa conscience de la vérité que s'il a le plein support de la tête. Mais cela signifie que la tête et le cœur, ainsi que le corps, doivent être libérés de leur utilisation mécanique par notre compulsion dans l'Ennéagramme de façon à ce qu'ils puissent accomplir leurs véritables missions.

L'Ennéagramme lui-même ne fera que contribuer à la domination de la tête si nous en faisons un exercice intellectuel. En affinant constamment notre définition des types et en nous impliquant excessivement dans les détails et les subtilités du système, nous laissons l'Ennéagramme dans la tête et l'empêchons d'être un instrument utile pour révéler en chacun de nous le potentiel d'unité qui apparaît en développant et en équilibrant les trois centres.

L'important n'est pas de savoir que l'Ennéagramme est vrai mais plutôt de savoir comment il est vrai pour nous. Néanmoins, cette expérience personnelle de conscience de soi peut encore rester une observation de la tête si nous ne passons pas à l'étape suivante en choisissant d'agir différemment à la suite de nos découvertes. Quand nous utilisons l'Ennéagramme comme un miroir de vérité dans lequel nous nous voyons et comme une source de motivation pour choisir de nouvelles façons de nous relier à nous-mêmes, aux autres, à l'univers créé et au divin, cet outil devient beaucoup plus qu'une description étonnamment exacte ; il devient un guide vers les valeurs les plus importantes notre vie.

C'est notre croyance que l'utilisation la plus significative que nous puissions faire de l'Ennéagramme est de faire travailler ensemble notre tête et notre cœur de façon à agir de manière nouvelle. L'action pilotée à la fois par le cœur et par l'esprit est notre seul espoir de créer une nouvelle société et un nouveau monde basés sur des vies individuelles riches de sens, de finalité et de valeurs.