Le type 5 et l'utilisation extérieure du centre mental
Fabien & Patricia Chabreuil

Dans notre article "Vers un modèle unifié de l'Ennéagramme" (publié dans le numéro de novembre 1998 d'Enneagram Monthly), nous avons décrit la manière dont chaque type utilise son centre préféré. Par exemple, nous y disions que le 5 n'est pas très conscient de son corps et de sa vie intérieure et qu'il utilise son centre préféré, le mental, vers l'extérieur. Quelques 5 nous ont écrit pour nous interroger à ce sujet et notamment sur l'apparente contradiction entre l'utilisation extérieure du centre mental et la passion du type, l'avarice, qui suggère l'image du 5 conservant toutes choses à l'intérieur de lui-même.

Nous pensions que ce concept était largement connu de la communauté de l'Ennéagramme et ne l'avions donc mentionné que très brièvement. Il nous paraît maintenant utile de l'examiner plus en détail.

Un concept ancien

Même si l'argument d'autorité n'est pas une preuve scientifique, il est néanmoins intéressant de noter que la quasi-totalité des principaux auteurs ayant écrit sur l'Ennéagramme ont décrit les 5 comme orientant leur énergie vers l'extérieur. Voici quelques citations sur le sujet (par ordre alphabétique des auteurs) :

Kathleen Hurley et Theodorre Donson
"Leur idéalisation extérieure les fait s'intéresser à toute connaissance que le monde peut leur apporter. Même s'ils sont des personnes intériorisées, ils ignorent le domaine des sentiments personnels et vivent dans le monde des pensées en se focalisant sur les informations extérieures qui les aident à comprendre comment le monde fonctionne et comment ils peuvent s'y positionner."
(My Best Self, page 97)
Helen Palmer
"L'isolement psychologique du type peut être compris comme une habitude consistant à se désengager des émotions pour observer. Ce mode d'attention habituel est encore plus évident dans les moments de stress, d'intimité ou dans les situations imprévisibles qui demanderaient une réponse spontanée. Dans les cas extrêmes de détachement, un 5 peut essayer de disparaître en fixant son attention sur un point situé juste à l'extérieur de son corps physique."
(The Enneagram, page 225)
Don Richard Riso et Russ Hudson
Les 5 "focalisent leur attention sur le monde à l'extérieur d'eux-mêmes. Cela peut paraître contradictoire avec l'affirmation selon laquelle les 5 sont perdus dans leurs pensées mais en réalité cela ne l'est pas. Les 5 focalisent leur attention sur le monde extérieur pour de nombreuses raisons, l'une des plus importantes étant qu'ils acquièrent le matériel à propos duquel ils réfléchissent par leurs perceptions sensorielles - perceptions à propos desquelles ils n'ont jamais une totale certitude parce qu'ils ne sont pas sûrs de ce qui est à l'extérieur d'eux. Les seules choses qu'ils connaissent avec certitude, ce sont leurs pensées. En conséquence, leur attention est focalisée sur l'extérieur, sur leur environnement alors qu'ils s'identifient à leurs pensées à propos de cet environnement."
(Personality Types, Première édition page 136 et Édition révisée page 175)
Richard Rohr et Andreas Ebert
Les 5 non intégrés pensent qu'ils peuvent sécuriser leur vie en étant informé de tout avec le plus possible de détails. Mais l'information qu'ils prennent dans le monde extérieur et qu'ils emmagasinent n'est jamais suffisante.
(Discovering the Enneagram, page 105)

Le mécanisme

Voici quel est, selon nous, le mécanisme qui conduit les 5 à utiliser leur centre mental vers l'extérieur :

  1. Les 5 considèrent que le monde "est trop exigeant" (Virginia Price et David Daniels, SEDIG 1997, page 14) et que "leur environnement est imprévisible et potentiellement menaçant" (Don Richard Riso et Russ Hudson, Personality Types, Première édition page 136 et Édition révisée page 175).

  2. Pour se protéger, ils essayent de supprimer leurs émotions, ou tout au moins de les réduire considérablement. Claudio Naranjo parle de "non-émotivité" ("feelingless-ness") et explique ce concept ainsi : "C'est lié à la perte de conscience des émotions et même à une perturbation de la création des émotions" (Ennea-Type Structures, page 87). Helen Palmer dit que les 5 "se décrochent de leurs émotions" (The Enneagram in Love and Work, page 129). Don Riso les décrit (aux niveaux intermédiaires) comme des "cerveaux désincarnés" qui "se défendent de toute implication émotionnelle". (Understanding the Enneagram, page 59). Hurley et Donson affirment qu'ils "ignorent le monde des sentiments personnels" (My Best Self, page 97).
    Mais bien évidemment, il est impossible de ne supprimer que les émotions. Les trois centres sont relativement autonomes, mais ils interagissent constamment :

    Interaction des centres

    Quand une émotion surgit, elle a automatiquement et immédiatement des contreparties dans les centres mental et instinctif. Par exemple, si vous êtes triste, vous ruminez des idées noires et votre corps ressent une énergie pesante. Si vous essayez de supprimer la tristesse, vous ne pouvez y réussir que temporairement car les centres mental et instinctif restés inchangés recréent l'émotion. Pour arrêter leurs émotions, les 5 n'ont donc pas d'autre choix que de réprimer la totalité de leur fonctionnement intérieur.
    Cela génère alors la sensation de vide intérieur qui effraie les 5 et qu'ils essayent compulsivement d'éviter.
  3. Pour éviter ce vide intérieur, les 5 veulent mettre quelque chose à l'intérieur. Comme ils préfèrent le centre mental et qu'ils répriment leur fonctionnement intérieur, ils ne peuvent plus mettre à l'intérieur que des informations émotionnellement neutres provenant de l'extérieur. "Toute leur énergie est mobilisée pour tout voir, tout saisir" (Richard Rohr et Andreas Ebert, Discovering the Enneagram, page 100).
    Malheureusement, accumuler des informations ne résout pas le problème du vide intérieur : quand la cave est vide, remplir le grenier ne règle rien. Les 5 continuent à rassembler des informations et à conserver jalousement celles qu'ils ont déjà, créant ainsi la passion du type, l'avarice, et sa fixation, le détachement.

La vie intérieure de l'ego des 5

Quand ils sont seuls, les 5 peuvent parfois se connecter aux émotions générées par leurs expériences dans le monde extérieur. Certains pensent aux émotions, d'autres les vivent. Mais même dans ce dernier cas, il ne s'agit pas d'émotions véritables : une émotion vraie est ressentie dans l'ici et maintenant, sans la nier, la diminuer, l'amplifier ou la prolonger.

Dans leurs moments d'isolation, les 5 pensent aussi aux informations qu'ils ont collectées à l'extérieur et les analysent. Mais pour être pleinement intégrée, une information doit être connectée à notre corps, à nos émotions et à notre sens de l'identité. C'est à cause de cette absence de connexion intérieure que les gens perçoivent souvent les pensées et les émotions des 5 comme froides et artificielles.

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Voici un résumé du fonctionnement de la compulsion et de la fixation du 5, mais bien évidemment les 5 n'appliquent pas toujours ce modèle à la virgule près. Beaucoup de phénomènes peuvent introduire des variations dans ce processus : les ailes, les niveaux de développement, l'intégration ou la désintégration, les empreintes, etc.

Le défi que doivent relever les 5 est de basculer leur attention vers l'intérieur, de reconnaître et d'accepter leurs émotions au moment où elles surgissent. C'est ainsi que les 5 peuvent s'ouvrir à eux-mêmes et aux autres et transformer toutes les informations qu'ils possèdent en un savoir et une sagesse véritables.

Nous connaissons des 5 à différentes étapes de ce processus. Nous voudrions les remercier chaleureusement pour tout ce qu'ils nous ont révélé de leur fonctionnement.