Découvrir l'Ennéagramme : me voir telle que je suis
Carol Ruth Summers (Traduction par Fabien Chabreuil)

Jusqu'à ce que je découvre l'Ennéagramme, je n'avais pas suffisamment le sens de mon intégrité personnelle. Il m'était plus facile de m'identifier aux besoins des autres que de reconnaître mes propres besoins. Un beau soir de 1983, mon fiancé, Marc, qui avait étudié l'Ennéagramme, me dit négligemment : "Il y a un cours qui commence dans quelques semaines que tu pourrais peut-être trouver intéressant et utile dans ton travail avec tes clients. Je te le paye." Comme je lui demandais plus d'informations, il répondit : "Vas-y, tu verras."

Deux semaines plus tard, je me retrouvais assise dans une grande salle près de UC Berkeley avec près de deux cents autres personnes à la première session du cours d'Helen Palmer intitulé "Introduction à l'Ennéagramme" et prévu sur neuf semaines. Joan, mon amie et collègue, était assise à côté de moi. Ni l'une ni l'autre ne savions grand-chose du cours.

Ce premier soir, Helen a présenté le système et interrogé des gens qui appartenaient au point 3. J'étais sidérée par l'honnêteté et la franchise des interviewés. À la fin du cours, Joan et moi partageâmes notre émotion d'avoir découvert que nous étions toutes les deux des 3. Plus tard, j'ai demandé à Marc : "Je suis une 3, n'est-ce pas ?" Il répondit : "Tu dois découvrir toi-même ton type." Mes belles certitudes s'envolèrent.

La semaine suivante, nous traitions le point 6. Joan et moi changeâmes d'avis : nous étions des 6. Je l'annonçais avec enthousiasme à Marc : "Ce n'est pas étonnant que tu ne voulais pas me dire que j'étais une 3. Je suis une 6, n'est-ce pas ?" Il se contenta de hausser les épaules et de me dire : "Tu dois découvrir toi-même ton type." Zut ! Je me sentais frustrée et irritée, particulièrement après Marc. Ces sentiments s'amplifièrent quand les mêmes événements se reproduisirent avec les points 9 et 1. Chaque semaine, j'avais l'impression d'appartenir au point qui était traité. Quoique je fasse et que je dise, je ne pouvais obtenir de Marc le plus petit indice sur ce qu'il pensait être mon type.

Puis ce fut le tour du point 4. Je jetais un coup d'œil à Joan qui était assise à ma gauche ; elle avait l'air complètement abasourdie. Comme les interviewés parlaient de leur souffrance et de leur sentiment de perte, Joan commença à pleurer ; les larmes dégoulinaient sur ses joues et tombaient sur son chemisier et sa jupe. En observant sa réaction, je sus que de toute évidence je n'avais pas encore trouvé mon type. Je n'avais plus longtemps à attendre.

La semaine suivante, nous traitions le point 2 : j'avais l'impression que ma peau m'était arrachée de la tête au pied. Je découvrais sur mes besoins et sur la manière dont je me comportais pour les satisfaire plus que je n'en avais appris au cours de mes années de thérapie : trois ans de psychanalyse cinq fois par semaine, six ans de Gestalt et cinq ou six ans d'autre travail thérapeutique. Je me sentais nauséeuse, mise à vif et vulnérable en découvrant et éprouvant ma peur sous-jacente : "Je ne mérite pas d'être aimée. Aucune personne ne se souciera de moi si je n'essaye pas de gagner son amour par la manipulation et la flatterie." Je me détestais et en même temps je ressentais une paix étrange et une grande espérance en me rappelant l'honnêteté des personnes interviewées et leurs mots d'encouragement. Ce soir-là, je ne demandai pas à Marc si j'étais un 2. J'étais sans voix.

Je réalisais à quel point j'avais cajolé les gens avec des mensonges et des flatteries. Je décidais alors de faire l'effort de dire la vérité et de persévérer en ce sens. J'étais décidée à ne plus mentir pour avoir l'air bien. Je me rappelle un coup de téléphone à une amie, avec l'estomac noué et la main glacée de la peur serrant mon cou et mes épaules : "Bonjour Ellen. Tout à l'heure quand je t'ai dit que je trouvais ton chemisier joli, je mentais, j'essayais simplement d'obtenir que tu te sentes bien et qu'ainsi tu m'aimes." Même s'il s'appliquait parfois à des choses insignifiantes, ce jeu de la vérité m'a aidée à me libérer de ma fixation. Marc m'a soutenu dans ce processus en relevant les mensonges que je me cachais et en me stimulant quand ma résolution faiblissait.

J'ai eu des moments difficiles avec mes clients. J'ai commencé par les prévenir que j'expérimentais une nouvelle méthode thérapeutique et qu'ils auraient beaucoup moins de retour d'informations de ma part. J'ai cessé de les flatter. J'ai cessé de leur dire : "Tout ira bien." Parfois, la seule chose que je pouvais faire, c'était de me mordre les lèvres pour m'empêcher de parler. Pendant près d'un an, j'ai souvent fini ma journée avec les lèvres gonflées et douloureuses. J'étais épuisée et démoralisée. J'ai perdu les clients qui attendaient de moi que je les fasse se sentir bien et que je résolve leurs problèmes. Les clients qui restèrent ont bénéficié de mon travail. J'ai appris à être présente sans avoir d'objectifs cachés et ainsi mon intuition s'est épanouie.

Seize ans ont passé depuis ce cours avec Helen Palmer et la découverte de mon point. Chaque année, le sens de mon intégrité personnelle est devenu plus fort. De tous les outils thérapeutiques et personnels dont je dispose, l'Ennéagramme reste celui qui est le plus précieux pour le discernement et la croissance.

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Carol Ruth Summers utilise l'Ennéagramme aussi bien dans son activité de psychothérapeute que dans celle de formateur et de consultant en développement des organisations. Les 21, 22 et 28 janvier, elle co-animera à Seattle un atelier intitulé "Utiliser l'Ennéagramme dans sa pratique clinique". Son co-enseignant, Renie Hope, MA, est un thérapeute familial qui étudie depuis onze ans à l'École Ridhwan et a fait plus de la moitié des sept ans de leur formation d'enseignant.