De l'essence à la naissance de l'ego (1e partie)
Antonio Barbato (Traduction par Jérôme Fleury)

Cet article est le pendant des réflexions développées dans un article précédent, "La Structure des passions" (Enneagram Monthly, Mars-Avril 2000). Bien que je me réfère à cet article, mon objet est de présenter ici une perspective différente pour comprendre la naissance de l'ego et de proposer des suggestions pratiques pour ceux désirant travailler sur eux-mêmes.

Je souhaiterais intégrer ensemble dans une seule vision l'Ennéagramme et deux autres concepts psychologiques :

  • la loi de l'expansion/contraction qui explique la corrélation entre les instincts et la personnalité (telle que proposée par les psychiatres français Louis Corman et Claude Sigaud),
  • les découvertes relatives à la blessure originelle et au drame émotionnel, telles que présentées par la psychologue suisse Alice Miller.

La Loi de l'Expansion-Contraction

Cette loi explique très clairement ce qui se produit lorsqu'un organisme vivant est affecté par l'environnement dans lequel il est né et se développe. Commençons par l'hypothèse que dans chaque organisme vivant, il y a trois instincts distincts en permanence en action : l'instinct d'expansion (sexuel), l'instinct d'adaptation (social) et l'instinct de conservation (autoprotection). Mais, contrairement au point de vue biologique classique qui considère que l'instinct de conservation est primordial, cette interprétation suppose que l'instinct fondamental est celui d'expansion, dans la mesure où cet instinct guide la croissance des êtres vivants.

Par exemple, la pression de l'instinct d'expansion provoque la croissance de l'embryon et du nouveau-né en utilisant tout ce que son environnement peut offrir. La dynamique est de croître rapidement, non seulement en étendant la forme et la taille de l'organisme lui-même, mais aussi en termes d'espace occupé et d'influence exercée. Nous pourrions comparer cette force avec celle qui provoqua l'expansion de l'univers lors du big-bang. Le potentiel vital de chaque être vivant cherche à s'exprimer par une action directe sur son espace environnant, non seulement du point de vue du corps, mais aussi dans le domaine des émotions et des idées. C'est donc l'instinct d'expansion qui pousse chaque enfant à s'exprimer et à évoluer dans le monde.

D'un autre côté, l'instinct de conservation s'exerce en utilisant la rétraction, un processus qui pousse tout organisme vivant exposé à une situation dangereuse à chercher à s'affranchir d'un environnement perçu comme menaçant. Pendant cette phase, la même énergie vitale qui s'exerce pendant l'expansion, est utilisée pour ériger une barrière défensive aux aguets de signaux de danger. Par conséquent, nous pouvons émettre l'hypothèse que les personnes avec un instinct d'expansion dominant seront toujours disposées à "se dépenser" dans le monde, tandis que celles pour lesquelles l'instinct de conservation prévaut, favoriseront leur monde intérieur. Nous pourrions aller un peu au-delà en disant que les premières seraient plus probablement hyposensibles, alors que les secondes seraient plutôt hypersensibles.

Nous pouvons généralement constater que l'attitude d'expansion est plus dominante dans les types de l'Ennéagramme situés au sommet du symbole, tandis que les types situés dans la partie inférieure du diagramme favorisent la rétraction. Il est nécessaire d'être vigilant ici et de ne pas donner l'impression qu'un instinct est meilleur que l'autre : les deux sont également nécessaires dans la vie.

Un simple exemple suffit à expliquer ce concept. Si nous considérons un organisme monocellulaire, tel qu'une amibe, et que nous le plaçons dans un milieu fertile, nous remarquons que cette cellule étend son cytoplasme et augmente sa dimension jusqu'à ce qu'elle atteigne sa limite ; à ce point elle se multiplie en se divisant. Toutefois, si nous introduisons un élément "dangereux", tel qu'un acide faible, l'amibe se contracte en réduisant ses dimensions afin de minimiser le danger ou d'y échapper.

Ceci est une forme essentielle de défense qui permet à une créature de fonctionner et d'exister, même sans ego ni compréhension de la différence entre soi et les autres. C'est la forme à partir de laquelle une connaissance consciente de l'autoconservation va se développer.

Nous avons également besoin de comprendre le rôle que l'instinct d'adaptation joue dans cette interaction. Un enfant autiste (qui a complètement exclu la communication avec le monde extérieur) est quelqu'un en qui l'instinct d'adaptation ne peut s'exercer, parce que la force de rétraction est complètement dominante par rapport à la force d'expansion. Nous supposons qu'une telle condition pourrait avoir été causée par une perception du monde comme étant dangereux et hostile. Chez nous, personnes "normales", l'adaptation est mieux développée, grâce à l'usage de diverses passions nées du besoin de nous défendre des blessures émotionnelles.

Je voudrais démontrer que Freud avait raison quand il disait que la névrose (le résultat du mélange de notre passion et de notre fixation) est principalement le résultat d'une "mauvaise" adaptation pendant la phase de développement. Je souhaiterais par conséquent répéter le développement fait dans l'article "La structure des passions", qui est que chaque passion est née et se développe par le biais de l'influence qu'ont nos instincts sur notre capacité émotionnelle, et que la pensée tient seulement un rôle mineur dans ce processus. La recherche neurologique a démontré que jusqu'à l'âge de six ou sept ans, notre pensée n'a pas la capacité d'échafauder une défense logique à nos perturbations émotionnelles qui conditionnent notre futur développement. Le domaine des émotions est, par conséquent, ce qui détermine le développement de notre ego. Nous devons travailler avec et sur nos émotions si nous attendons des changements réels dans notre développement.

La blessure originelle (Drame émotionnel)

Alice Miller affirmait catégoriquement que tout au long de sa vie professionnelle, elle n'avait jamais rencontré un patient chez qui l'aptitude à vivre de manière authentique ses propres sentiments n'était pas sérieusement altérée. Sans le savoir, elle faisait écho à des termes similaires utilisés par Gurdjieff : "Étudier nos expériences passées au niveau de la pensée ne se traduit pas en changement authentique." En dehors de cela, ce qui la frappa le plus fut l'inaptitude de certaines personnes à avoir une "réelle" compréhension d'eux-mêmes.

Ses termes sont si frappants qu'ils méritent d'être cités. [Note de l'éditeur : la traduction anglaise du livre d'Alice Miller, Le drame de l'enfant doué, faite à partir du texte original en allemand est inexacte et ne transmet pas l'impact total de ses découvertes. Incapables de trouver le texte original en allemand, nous avons traduit les termes d'Alice Miller de la traduction italienne de qualité supérieure.] "Je ne peux pas aider à moins de me demander si nous sommes simplement capable de concevoir la profondeur de la solitude et de l'abandon auxquels nous avons été exposés en tant qu'enfants et auxquels notre vie psychique continue à être exposée en tant qu'adultes. Je ne pense pas ici à l'abandon stricto sensu, à la séparation matérielle avec les parents qui, bien sûr, peut avoir des conséquences traumatiques ; je ne pense pas non plus aux enfants qui ont été évidemment négligés ou dont on a même abusé ; ils savent au moins ce qui les a blessés. Je pense au nombre considérable de personnes qui portent les cicatrices de leur blessure et qui ont très souvent eu des parents qui étaient tout sauf indifférents ou cruels, des parents qui les ont toujours soutenus. Nous parlons ici de patients qui étaient dotés de nombreuses possibilités et de talents, qui n'ont pas manqué leur développement, dont on faisait souvent l'éloge pour leurs dons naturels et leurs réalisations, de patients qui dans la plupart des cas arrêtèrent l'incontinence nocturne à l'âge d'un an ou un an et demi, de patients qui à cinq ans, avaient la capacité de prendre soin de leurs frères et sœurs plus jeunes. En étant la fierté de leurs parents, ces enfants auraient dû ressentir le sentiment solide d'être méritant. Et pourtant, la réalité est presque opposée. En dépit de tout cela, ils vivaient la dépression, un sentiment de vide, l'auto-aliénation et l'absurdité de leur propre existence. Quelles sont les raisons d'aussi sévères désordres pour des personnes aussi douées ?"

Je suis de tout cœur d'accord avec la réponse apportée par Miller : l'enfant s'est adapté à l'environnement immédiat et a appris à survivre en excluant certains sentiments inacceptables. Pour citer à nouveau Miller : "L'enfant peut vivre ces sentiments seulement s'il y a une personne qui l'accepte avec ses sentiments et dans sa globalité, avec compréhension et soutien. Si une telle condition est absente, si l'enfant a un risque de perdre l'amour de la mère, ou du substitut de la mère, en exprimant un certain sentiment, et si l'enfant doit réagir 'personnellement' et en secret à des sentiments parfaitement naturels, alors l'enfant préférera ne pas les ressentir du tout. Et ainsi… quelque chose demeure. Pendant sa vie entière d'adulte, l'enfant essaiera de jouer, inconsciemment, des situations qui peuvent lui permettre de revivre des sentiments qui furent étouffés dans un passé lointain, mais sans être au courant du contexte originel."

Chacun d'entre nous, que nous le sachions ou non, porte en lui la blessure originelle. Cette blessure est notre drame émotionnel, enfoui dans la profondeur de la psyché comme un matériau radioactif émanant de manière continue une influence silencieuse, lourde et toxique qui conditionne tous les aspects de notre vie. De ce point de vue, il importe peu que l'"abus" soit causé par des circonstances réelles ou qu'il soit essentiellement le fruit de l'imagination de l'enfant. Ce qui importe est que l'enfant ait vécu effectivement des situations dans lesquelles il a dû s'adapter afin de survivre, en renonçant à certains sentiments.

Intégration de cette vision avec l'Ennéagramme

Je propose que chaque type ait sa propre blessure originelle et que les passions de l'Ennéagramme ont été formées par l'interaction de l'expansion et de la contraction. Cette approche peut aussi approfondir notre compréhension des sous-types instinctifs.

Dans ce contexte, nous devons rappeler que lorsque nous parlons d'instinct sexuel (tête-à-tête ou intime), cela représente le stade final de l'instinct primitif d'expansion. En d'autres termes, les personnes chez lesquelles cet instinct est dominant tendent toujours à avoir une bonne dose de passion pour l'action et pour se manifester dans le monde. Tandis que ceux pour qui le sens de conservation domine seront plus réceptifs aux préoccupations liées à leur santé et à leurs moyens de survie. Les personnes avec un instinct d'adaptation prédominant révéleront plus ouvertement leurs réactions à la blessure originelle dont ils ont souffert.

Le Drame de l'enfant 9

Dans ma propre expérience, j'ai remarqué que les 9 se souviennent souvent combien ils étaient pleins de vie et d'énergie dans leur enfance. Dotés d'un fort instinct d'expansion, ils étaient curieux, extravertis et ouverts sur le monde. Alors, qu'est ce qui a causé ce phénomène étrange qui fait qu'ils se sentent être des personnes bien et qu'ils vivent cependant une vie dans laquelle il n'y a pas de place pour leurs besoins, leurs désirs et leurs attentes ? La réponse se trouve dans l'environnement familial qui leur a demandé de renoncer à tout cela. Il y a toujours eu quelqu'un d'autre qui apparaissait plus nécessiteux et auprès duquel l'attention et les soins se portaient. L'enfant 9 était obligé de se mettre de côté et de ne rien demander. En échange de l'acceptation de cette règle, le 9 était autorisé à continuer à avoir proximité émotionnelle et approbation. Comme s'il était nourri de poison caché dans du miel, l'enfant a appris ce qui était permis et requis pour avoir un bon comportement, tout en ne se sentant pas autorisé à demander quelque chose pour lui-même. C'est ainsi que l'enfant a pris l'habitude de renoncer complètement à la satisfaction de ses besoins. Une rétraction aussi forte n'est supportable que s'il y a simultanément une forte dose d'oubli de soi, une sorte d'état de non-être tout en continuant à exister comme dans le sommeil.

L'enfant 9 doit s'adapter, pris entre l'incitation à s'étendre qui provoquerait de l'hyperactivité et l'incitation à se rétracter qui provoque la léthargie. Bien sûr, le résultat est l'indolence, ce qui est une manière d'être dans le monde sans réellement y participer. L'enfant reste très petit du point de vue émotionnel et dans la peur constante de perdre ses parents s'il agissait mal ou demandait trop. Plus tard dans la vie, la même peur se projettera sur toutes les relations émotionnelles.

Afin de continuer à se développer, les 9 ont besoin d'abandonner (au moins émotionnellement) l'environnement familial, de rentrer en contact avec leur colère et leur profond sens de leur solitude, et de cesser de vivre dans le monde comme un mendiant demandant la charité qui serait dans son cas des miettes d'affection parentale. Les 9 doivent comprendre que leur aptitude à nier leurs propres besoins ou à préférer répondre aux besoins des autres, les rend similaires aux 2 et que cette approche de la vie est réellement une piètre défense cognitive à leurs besoins profonds.

Dans le sous-type sexuel, la progression de l'expansion a été altérée par la passion qui prend la forme d'union avec un autre, pas nécessairement le partenaire. De telles personnes vivent de manière totalement symbiotique, parce qu'en tant qu'enfants, ils ont ressenti qu'ils ne pourraient grandir qu'en étant "incorporé" dans un autre.

Le sous-type conservation est plus assertif parce que la rétraction oblige la personne à prêter plus d'attention à ses propres besoins. Ce sous-type se défend instinctivement des dangers extérieurs en essayant de devenir plus imposant physiquement, en mangeant davantage et en "épaississant sa cuirasse". Le terme appétit décrit cette position existentielle, qui est plus un remplacement compensatoire afin d'éviter de ressentir ses propres besoins qu'un désir fort pour une chose particulière.

Dans le sous-type social, la blessure originelle est plus visible parce que c'était essentiellement le besoin de participation qui faisait penser à l'enfant qu'il lui était nécessaire de renoncer à ses propres besoins pour être autorisé à faire partie de la vie familiale.

À la lumière de ce qui a été dit, il serait de bon conseil aux 9 de diriger vers eux le même type d'attention qu'ils accordent aux autres. Ce processus est simplifié s'ils réussissent à utiliser leur sens de la justice qui les fait combattre toute forme de trahison.

Le drame de l'enfant 1

Dans les nombreuses conversations que j'ai eues avec des 1, ils se sont souvent plaint que, dans leur enfance, ils n'étaient jamais "vus". Je préférerais dire qu'ils ont été trop vus… et contrôlés par leurs parents. Nous sommes tous d'accord qu'une bonne éducation et le respect envers les autres est important pour la socialisation d'un enfant. Ceci dit, peu de gens se demandent si les critères qu'ils utilisent pour transmettre une "éducation" sont objectivement valides ou s'ils ne sont que le fruit d'une vision personnelle conditionnée par des traumatismes douloureux du passé.

Alors, il arrive que des parents qui ne sont ni stupides, ni indifférents infligent presque inconsciemment une série d'humiliations qui tendent à blesser les aspects émotionnels de l'instinct naturel d'expansion de l'enfant. Quoique ces parents n'appliquent généralement pas de châtiments corporels et puissent même trouver l'idée de violence physique répugnante, ils sont néanmoins convaincus que seule la sévérité peut être bonne pour leurs enfants. Partant de ce principe, ils font de leur mieux en proposant à leur enfant un modèle d'irréprochabilité.

L'enfant 1 est ainsi doté d'un code comportemental clair qui offre l'avantage de lui permettre d'éviter les humiliations et de maintenir l'amour parental. Alors, quand ce "code" est complètement assimilé, il forme la base sur laquelle l'enfant développera sa confiance dans la droiture et le jugement moral, base qui alimente aussi l'instinct d'expansion. En d'autres termes, l'instinct d'expansion sera inspiré dans le domaine de l'action concrète par une insistance à faire les choses de manière droite et par un effort continuel visant à l'amélioration de soi-même. Cependant, des besoins irrépressibles et naturels et des sentiments d'être "inadéquat", "sale", "mauvais" ou "avide" survivent chez l'enfant, même après des périodes de forte rétraction.

Ces dynamiques sont les raisons pour lesquelles les 1 développent souvent une formidable sensibilité qui est potentiellement leur partie la plus vivante et la plus empathique ; mais cette sensibilité est en même temps perçue comme un ennemi redouté à cause de ses liens étroits avec les souffrances passées. Il est logique que l'adaptation du 1 implique de la colère, une tentative désespérée de retenir l'amour parental tout en maintenant un contrôle anormal de toutes les parties de soi qui ne se conforment pas au "code parental". Ainsi, l'enfant 1 a sans cesse peur d'être rejeté, humilié et abandonné au cas où il se permettrait de perdre le contrôle, d'accepter ses imperfections ou de devenir spontané et naturel.

Je crois que ce point illustre pourquoi les 1 se plaignent de ne pas être "vus" ou "acceptés". La sensibilité du 1 pose effectivement cette question : "Pourquoi n'avez-vous pas remarqué combien j'ai souffert, combien je me suis senti humilié, et à quel point j'ai été désespéré d'avoir été jugé par vous ?"

Les 1 ont besoin d'avoir le courage de poser ces questions et d'affronter la frustration et la douleur qu'ils expérimenteront initialement. C'est seulement en faisant cela qu'ils pourront s'affranchir de leurs démons intérieurs et trouver leur chemin vers la sérénité qui, autrement, serait un rêve inaccessible.

Le sous-type sexuel manifeste la force d'expansion dominante en incorporant émotionnellement les personnes dont il se soucie. Sous la pression de la colère, il essaye de contrôler ceux qu'il aime de la même manière qu'il se contrôle. Saint Jean de la Croix faisait presque certainement référence à ce sous-type quand il déclarait avec une grande perspicacité : "Certains souhaiteraient devenir saints en un jour et, non content de se mettre sous pression… ils observent les autres avec une sorte de zèle incessant et intrusif." L'attribut de jalousie qui est utilisé pour décrire ce sous-type signifie que la personne est en permanence soucieuse du fait que l'autre puisse faire quelque chose mal et est par conséquent obligé de se tenir constamment aux aguets pour qu'une telle chose ne se produise pas. En approfondissant, nous pourrions conclure que l'"erreur" potentielle d'une personne proche et aimée est perçue comme sa propre erreur, ce qui bien sûr causerait la perte de l'amour.

Avec le sous-type conservation, l'autre n'est pas incorporé, mais devient "l'allié", quelqu'un sur qui se reposer et permettant de mieux se défendre. Sa propre bonne santé et celles de ses proches et aimés tranquillisent ce sous-type de la même manière que la présence de ses parents le faisait. La préoccupation est par conséquent une attention constante vis-à-vis d'éventuelles "inadvertances" qui pourraient créer un risque.

Le sous-type social porte la blessure de manière plutôt évidente, parce que l'inadaptabilité n'est rien d'autre que le moyen de s'adapter pour un enfant qui a peur d'être humilié et amené à se sentir inadéquat s'il échouait à suivre scrupuleusement le "code".

Pour un 1, le chemin vers la libération de la colère peut être facilité par quelque chose de si évident qu'il passe inaperçu : les 1 peuvent être appréciés pour leur vertu et leur droiture, mais ils ne seront aimés qu'après avoir vraiment permis à leur sensibilité de s'accepter et d'accepter les besoins des autres.

Le drame de l'enfant 2

Étant donné que la peur de l'abandon est un élément commun à tous les enfants, je n'ai jamais prêté suffisamment d'attention au fait que les 2 mentionnaient fréquemment des préoccupations liées à l'abandon. Cela a changé subitement pour moi quand un de mes amis de type 2 me raconta une série d'événements survenus dans son enfance. Il avait un souvenir très vif d'une scène qui a conditionné le déroulement de sa vie entière. La mère de mon ami était veuve et travaillait en tant qu'infirmière dans un hôpital de leur voisinage. À la suite d'une série de circonstances incluant le besoin de gagner davantage d'argent, elle devint très occupée dans son service ; très souvent, elle était appelée la nuit. Mon ami se rappelait très clairement la souffrance qu'il ressentait chaque fois qu'il était abandonné, mais il se souvenait également qu'il avait le sentiment que sa mère semblait se réjouir de son désespoir. Je connais sa mère et je peux vous assurer qu'elle n'avait pas une once de méchanceté. Son plaisir provenait de voir l'attachement de son fils et de la validation émotionnelle que cela lui procurait, parce qu'elle-même avait grandi sans recevoir suffisamment d'attention. Cette histoire m'a fait comprendre qu'un enfant 2 est autorisé, même encouragé, à exprimer ses sentiments. Mais ceci n'est qu'une partie de l'histoire.

La suite de l'histoire se produit quand mon ami était âgé de cinq ans. Un jour où son grand-père paternel était présent, mon ami se sentit encouragé à laisser ses vrais sentiments s'échapper. Il se tourna vers sa mère alors qu'elle était en train de partir et lui cria : "Si tu ne veux pas être avec moi, vas-t'en et ne m'embête pas à revenir." Sa mère, qui était dans l'encadrement de la porte, se tourna avec une telle expression de souffrance dans les yeux que mon ami se sentit pétrifié par l'idée qu'elle aurait pu mourir sur le coup. Un mélange de peur et de culpabilité le transperça et par la suite, il apprit à réprimer sa tristesse (de la même manière que le font les enfants 7). Il eut aussi à réprimer son besoin désespéré d'intimité. En engourdissant ses sentiments, il était capable de maintenir l'illusion de n'être pas touché par la douleur et de donner à sa mère ce qui manquait dans sa propre vie. Il grandit et devint un "homme au foyer" conciliant, mais émotionnellement engourdi.

Il m'apparut que l'orgueil n'était autre chose qu'un mensonge se cachant derrière un autre mensonge : l'adaptation au déni du fait que le sentiment d'abandon était repoussé au moyen d'un faux sentiment de liberté permettant de se sentir supérieur. Cette hypothèse fut confirmée par d'autres 2 racontant des situations familiales dans lesquelles ils étaient autorisés à exprimer leurs sentiments, tout en déniant qu'ils étaient découragés d'exprimer des sentiments considérés comme menaçants pour leurs parents.

Beaucoup de 2 n'ont aucun problème à se souvenir de leurs peurs d'être abandonnés par leur mère, mais ne peuvent admettre qu'avec difficulté que ceci peut avoir été causé par leur trop évident désir d'intimité avec leur père. Ce que les 2 trouvent particulièrement difficile est de concilier les images de leur mère en tant que complice qui leur a donné la liberté et en tant que rivale qui s'est sentie menacée par l'enfant. Quand je leur demande pourquoi ils se sentaient abandonnés, ils répondent que la liberté dont ils ont profité était payée par leur désir plus profond d'être compris, acceptés et aimés sans avoir à faire quoi que ce soit en retour.

Avec l'aide de Louis Corman, j'en suis venu à comprendre que se retirer de ses sentiments n'est pas la même chose que les éliminer. Parce que quand les sentiments demeurent cachés, ils maintiennent leur pleine puissance, comme une potentielle bombe à retardement attendant la "situation" appropriée pour se déclencher. Il est évident que les 2 cherchent désespérément un environnement émotionnel dans lequel ils peuvent prendre soin de leur besoin d'intimité, originellement négligé (aussi bien avec la mère qu'avec le père), sans peur d'avoir à renoncer à une partie d'eux-mêmes dans cette transaction. Réaliser cela signifie laisser s'exprimer les besoins profonds de l'enfant intérieur et évidemment mettre de côté la prétention de "grandeur et d'indispensabilité" avec lequel les 2 masquent leurs profondes vulnérabilités. De ce point de vue, il semblerait que l'amour des 2 pour les enfants soit d'une grande aide, à condition qu'ils s'arrangent pour s'appliquer à eux-mêmes des sentiments similaires.

Le sous-type sexuel, dont la tendance à agir est alimentée par l'instinct d'expansion, les fait ouvertement manifester cette ambivalence. L'attitude de séduction envers les autres est la plus évidente expression de l'effort pour être aimé des personnes qui sont considérées comme étant émotionnellement importantes. Cependant, la contrepartie de cette "prévenance" à tout prix est la frustration que ressent un 2 quand il réalise que séduire l'autre ne répond pas à ses besoins les plus profonds. Il n'est par conséquent pas étonnant que ce sous-type soit celui qui change le plus souvent de partenaires ou d'amis, parce que demeure au fond un problème irrésolu d'abandon. Comme cela est arrivé à mon ami, il voudrait déchaîner sa colère et sa frustration, qu'il n'était pas capable d'exprimer en tant qu'enfant, sur les personnes qu'il considérait comme inaccessibles ou ceux qu'il suspectait inconsciemment de vouloir le quitter.

D'un autre côté, le sous-type conservation a appris tôt à ne pas risquer d'être abandonné et à se mettre dans des situations où son désir d'intimité est moins évident. La position de privilège est typique d'une personne qui, afin de ne pas apparaître menaçante au parent du même sexe, demande au parent de sexe opposé une attention et un traitement particuliers.

Comme c'est le cas avec les autres passions, le sous-type social révèle sa blessure originelle. L'ambition n'est rien d'autre qu'un moyen pour l'enfant de s'adapter quand il est menacé par l'abandon. Il le fait par ses actions, en jouant désespérément des pieds et des mains pour se rendre indispensable et augmenter en conséquence son niveau d'importance dans la famille.

À suivre… le mois prochain