Une conversation avec Patricia Burbank (1e partie)
par Jack Labanauskas (Traduction par Alexandra Jacquemart)

Jack Labanauskas : Vous avez combiné depuis des années psychothérapie et Ennéagramme et récemment, vous avez commencé à former des thérapeutes. Beaucoup de personnes trouvent une valeur immense à l'Ennéagramme seul ; le joindre à d'autres techniques, comme la psychothérapie ou la méditation semble accroître son potentiel de manière exponentielle.

Patricia Burbank : Je dirais que l'Ennéagramme seul ne suffit pas, parce qu'il n'est pas supposé rester hors d'un contexte spirituel ou psychologique. Les deux sont imbriqués dans l'Ennéagramme et l'Ennéagramme est imbriqué à parts égales dans ces deux domaines. Si l'Ennéagramme n'est utilisé que superficiellement comme méthode pour typer certains traits de la personnalité, il n'est pas très utile et les gens finissent par s'en détourner. Ils disent : "Ah oui, je me souviens de l'Ennéagramme. Qu'est-ce que j'étais déjà ? J'étais ça ou ça ?" En fait, ils ne se rappellent même pas leur type de personnalité. Par contre, les découvertes faites en psychothérapie ou à l'aide des traditions spirituelles sont facilement intégrées dans l'Ennéagramme comme un moyen de croissance psychologique et d'ouverture sur l'essence. Il y a dans l'Ennéagramme une profonde connexion à la recherche spirituelle ; son cœur c'est l'essence, le Soi.

JL : Mais vous pourriez dire cela de beaucoup de systèmes.

PB : Peut-être, mais je ne le dirais pas de la plupart des systèmes.

JL : Je veux dire, est-ce que tout ne vient pas de l'essence ?

PB : Eh bien, oui, c'est vrai, tout vient de l'essence. Au fond, il n'y a que l'unité essentielle.

JL : L'Ennéagramme est assez clair pour en permettre un aperçu.

PB : Oui, c'est exactement là. Dans le symbole, cette unité est représentée par le cercle. Nous prêtons souvent attention au triangle intérieur et aux six points. Mais c'est le cercle qui représente la forme de l'unité ; en même temps, le centre du cercle désigne le vide. Vous pouvez regarder soit le vide, soit la totalité. Ils sont identiques.

JL : C'est exact. Nous avons eu des articles à ce propos dans Enneagram Monthly. Laleh Bakhtiar a écrit un article à propos du point selon la perspective soufie et il y a eu un article de Jean Hurd, en octobre dernier, à propos du cercle.

PB : Le symbole de l'Ennéagramme est puissant, tout comme le sont les enseignements qui l'accompagnent. Néanmoins, lorsque les enseignements sont sortis de leur contexte, beaucoup de choses sont perdues et leur étude ne va pas loin.

JL : Qu'est-ce qui vous a fasciné au départ ?

PB : J'ai commencé parce que l'Ennéagramme m'a apporté la pièce manquante à ce que je cherchais. Avant cela, j'étais en quête spirituelle depuis le début des années 1970 et j'étudiais le Vedânta. Mes professeurs étaient Swami Chinmayananda et Swami Dyananda Saraswati qui enseigne toujours aux États-Unis. Ils m'ont montré une manière de voir le monde qui m'a ouvert l'esprit. C'était merveilleux, mais j'étais une mère célibataire américaine et j'assistais à des réunions auxquelles participaient principalement des Indiens au style de vie différent. Ils étaient très accueillants, mais je ne pouvais pas construire de pont entre la réalité de ma vie et ce qu'on m'enseignait. Je pouvais tirer profit des enseignements, mais je ne me sentais pas intégrée dans la communauté. Alors, je me suis éloignée d'eux.

En 1976, j'ai obtenu mon diplôme en thérapie familiale et de couple. Auparavant, j'étais thérapeute par la danse et le mouvement. J'ai étudié de nombreux systèmes différents qui m'ont tous beaucoup apporté, mais c'est l'Ennéagramme qui m'a ramenée à ma vraie personnalité d'une manière que je ne pouvais pas ignorer. Lorsque j'ai découvert l'Ennéagramme, j'ai réalisé que c'était ce qui me manquait. Un homme qui appartenait au mouvement de Gurdjieff m'avait dit un jour : "Vous pensez être sur une montagne, mais vous ne la voyez même pas." Je n'avais pas compris ce qu'il voulait dire par là. Plus tard, j'ai réalisé qu'il disait : "Vous regardez encore à l'extérieur et vous ne voyez pas que le travail a besoin d'être fait à l'intérieur."

JL : Était-ce le moment décisif où vous avez réalisé que vous étiez conditionnée par un type ?

PB : Oui, j'ai réalisé que je cherchais l'amour dans tous les mauvais endroits ; je continuais à regarder à l'extérieur. Je pensais que si je pouvais arranger le monde autour de moi, je pourrais être heureuse et être aimée. Je n'avais pas pris conscience que l'attention a besoin d'être dirigée vers l'intérieur et que le travail était fait à l'intérieur.

JL : Je suis curieux de savoir quel aspect de l'Ennéagramme a été déterminant.

PB : Quand j'ai découvert que j'évitais mes propres besoins, j'ai dit "Alléluia !" Cette prise de conscience que je négligeais mes besoins pendant que j'essayais de faire plaisir aux autres a été si excitante. Je pensais que tout le monde réagissait en gros à la même motivation. Ça m'a vraiment ouvert les yeux de réaliser que nous avions fondamentalement des orientations différentes. C'était très libérateur.

JL : Ce qui était excitant dans cette prise de conscience, c'était l'espoir de connaître votre dilemme de base ?

PB : Exactement.

JL : Vous pouviez voir qu'il y a une sortie ?

PB : Oui, plutôt qu'il y a une entrée.

JL : D'accord. Ce n'est pas la lumière au bout du tunnel, mais au début.

PB : Oui, elle m'a ramenée à la maison. L'Ennéagramme n'est qu'une carte ; il ne doit pas être considéré comme le territoire. Mais c'est une carte phénoménale. Si je veux trouver le chemin qui me ramène chez moi, je dois avoir une bonne carte ; si je n'en ai pas, je continuerai à conduire en tournant en rond. Quand j'étais jeune et que je lisais des livres parlant de trésors cachés, il fallait toujours une carte au départ. Une fois que la carte vous a mené au trésor, elle n'est plus nécessaire.

JL : Exact.

PB : Mais elle est essentielle jusqu'au trésor. Pour moi, l'Ennéagramme est cette carte et il me guide tous les jours. Il me donne des jalons et m'indique des endroits auxquels faire attention. Il me prévient des dangers cachés et m'amène à prêter attention à ce qui est essentiel. L'Ennéagramme me rappelle que je suis la seule à pouvoir être vraie avec moi-même. Personne d'autre ne peut le faire à ma place.

JL : Diriez-vous que votre intégration de l'Ennéagramme est passée par différentes étapes au fil des années ?

PB : Je ne peux pas réellement dire cela. Je peux dire que j'ai plongé dedans. Je me souviens lorsque le premier livre est sorti en 1985. J'étais très excitée et j'en ai tiré le maximum que je pouvais. Je ne savais même pas qu'Helen enseignait à Berkeley et lorsque je l'ai su, nous [Patricia et son mari Michael Kilgroe (NDLR)] sommes allés suivre notre premier cours avec Helen Palmer.

JL : C'était juste avant que le premier livre d'Helen Palmer ne sorte n'est-ce pas ?

PB : Oui, son livre est sorti en 1988 et nous étions dans sa première formation professionnelle cette même année. C'était une excellente expérience. Elle nous a donné des bases solides pour travailler avec l'Ennéagramme à partir de témoignages de personnes du même type. Helen était toujours intéressée par le fondement spirituel de l'Ennéagramme. Son enseignement n'était jamais séparé de la connexion profonde avec l'essence.

L'année suivante, nous avons commencé à enseigner les bases de l'Ennéagramme ici à Palo Alto avec David Daniels, qui a également eu une forte influence sur ma compréhension de l'Ennéagramme.

JL : J'imagine que l'impact initial de l'Ennéagramme vient de la prise de conscience que beaucoup de comportements, de bizarreries et d'attitudes sont dus à l'appartenance à un type plutôt que d'être l'expression de notre individualité. Quelle a été l'étape suivante pour vous ?

PB : L'étape suivante a été la rencontre avec Gangaji en 1991. Nous étions dans un groupe de travail avec Eli Jaxon-Bear, son mari. Il a mis en évidence une dimension spirituelle de l'Ennéagramme qui m'a renvoyée à l'étude du Vedânta. Eli et Gangaji avaient rencontré l'année précédente HWL Poonja Papaji, en Inde et étaient rentrés en Occident pour proposer des enseignements dans la lignée de ceux Ramana Maharshi, le grand sage indien. Le message de Ramana est très simple. Par exemple, il nous enseigne à être calmes et ouverts à la plénitude de ce moment. Et aussi que ce que je suis n'est pas une personnalité construite, mais une conscience divine omniprésente sans début ni fin.

JL : Quel effet a eu cette rencontre avec Gangaji sur votre expérience avec l'Ennéagramme ?

PB : C'est Gangaji, plus que n'importe qui d'autre, qui m'a éveillée à l'acceptation du fait que ce que je cherchais était là, ici et maintenant et qu'il n'y avait besoin d'aucune de ces choses que la fixation essaye de créer. En d'autres termes, une bonne image, faire plaisir aux autres, être quelqu'un de bien, toutes ces choses sont des automatismes de l'esprit ; elles empêchent de lâcher prise dans le moment présent et de vivre la plénitude de la conscience. Croire en les automatismes de l'esprit, en la personne que je crois être, en la fixation, m'empêche de reconnaître mon Moi véritable.

JL : Pour nos lecteurs qui se posent peut-être la question, vous êtes de type 2.

PB : Oui, celle qui donne, qui aide, qui flatte. Le type qui est le plus concerné par le fait de faire plaisir aux gens et d'être vu comme aidant ou bon.

JL : Ces préoccupations se sont-elles affaiblies avec le temps ?

PB : Oui, bien qu'ils fassent toujours partie intrinsèquement de ma personnalité et que je doive faire attention à ne pas tomber dans le piège de la fixation. Après avoir rencontré Gangaji et intégré cette communauté, j'ai expérimenté un approfondissement de ma connexion au Soi et j'ai compris comment la connaissance de l'Ennéagramme nous guide à chaque étape de ce processus. Cela peut être très compliqué de distinguer l'apparence de l'essence. Je suis tombée amoureuse de Gangaji qui m'a révélé cette présence interne stupéfiante et alors, bien sûr, j'ai voulu être comme elle. Il y avait énormément d'humour dans cela, bien sûr.

JL : Vous voulez dire la présence intérieure personnelle de Gangaji ?

PB : Non, elle a révélé la présence intérieure essentielle commune à tous, pas la sienne personnellement.

JL : La présence universelle ?

PB : Oui, celle qui appartient à chacun de nous.

JL : D'accord. Donc elle a démontré que cette présence était accessible à la connaissance.

PB : Oui, et qu'on peut la vivre. La communauté de gens qui l'entourent, les shanghas, démontre aussi cela.

JL : J'imagine que puisque le centre émotionnel a ses références à l'extérieur, c'est difficile d'être soi-même dans un groupe.

PB : Il y a une image de moi, construite entre moi et le monde. Le monde semble relié à cette image et je tente de la garder intacte. Je ressens un sens de la réalité, de la sécurité et de l'amour qui vient de ce monde et a un impact positif de cette image. Je peux alors me reposer derrière ça, ici, en espérant ne pas être découverte mais en voulant, en même temps, être découverte à tout prix. Un peu comme dans Le Magicien d'Oz, lorsque le magicien est finalement découvert.

JL : Le petit bonhomme dans la statue ?

PB : Oui, celui qui apparaît d'abord comme un genre de type repoussant. La crainte est que cette personne intérieure qu'on ne peut pas aimer soit découverte si je laisse partir l'image.

JL : Qu'est-ce qui peut neutraliser cette crainte ?

PB : Il est plus important de reconnaître que ce qui doit être su et découvert est là, derrière l'image. L'Ennéagramme le nomme d'une manière que je n'aurais pas pu trouver par ma seule expérience personnelle. Découvrir que ces aspects inconnus de soi sont communs à beaucoup de gens permet de s'ouvrir à un territoire inconnu. J'ai besoin de m'ouvrir à ce à quoi j'avais résisté et que j'avais rejeté et déclaré n'être pas valable. Le dire toujours et encore semble simpliste, mais c'est ce qui est au cœur. Cela décrit le retour à l'essence, que j'avais ardemment désiré. C'est au cœur de l'étude de l'Ennéagramme et la reconnaissance de ce que je suis.

JL : C'est bon de revenir au cœur de temps à autre parce qu'on a tendance à dériver.

PB : C'est exact et reconnaître que c'est ici et maintenant. Rien n'a besoin d'être changé, d'être amélioré, tout est comme il doit être et l'a toujours été comme en ce moment. Je ne dois même pas attendre un moment avant cette reconnaissance…

JL : À condition de le savoir.

PB : Oui, c'est le fait de le savoir qui importe. Le Soi dans sa plénitude d'amour, de paix et de conscience est déjà là, est toujours là, que je le sache ou non.

JL : Notre travail est de le reconnaître.

PB : Oui, notre défi, notre gloire, tout, oui, c'est la reconnaissance.

JL : De votre point de vue de 2, qu'est-ce qui vous aide à être au mieux dans vos relations avec le monde extérieur ?

PB : Une attitude d'acceptation. M'accepter telle que je suis, vouloir connaître la totalité de ce que je suis, ne pas être satisfaite de l'image extérieure. C'est très puissant d'avoir quelqu'un qui vous arrête et dit "Parlez-moi de vous." Vous faites tout pour éviter cette question, mais il insiste "Non, j'ai dit vous. Qui êtes-vous ? Qu'est-ce que vous aimez ? Parlez-moi de vos chagrins." Simplement avoir quelqu'un qui écoute réellement, qui vous accorde cette attention qui fait la différence. Cela interrompt notre "habitude d'attention" traditionnelle. Je pense qu'on appelle les 2 "Ego-flatterie" à cause de la manière dont nous utilisons l'attention, dont nous la donnons dans l'espoir de voir les autres nous la retourner.

JL : Mais la flatterie et l'attention ne sont pas toujours la même chose.

PB : Permettez-moi d'insister un peu là-dessus. Certains 2 font beaucoup de compliments flatteurs, mais beaucoup n'en font pas. C'est plus la manière dont nous donnons l'attention qui est une sorte de flatterie. Cette forme d'attention est pleine d'une volonté de manipuler les autres et soi-même. Cela peut être très déplaisant lorsque c'est dirigé vers vous.

À l'inverse, le genre d'attention que nous cherchons tous est ouverte et inconditionnelle. Recevoir cette forme d'attention est une expérience étonnante. Mais même cela peut être inconfortable au début, tellement nous sommes habitués à donner notre attention aux autres.

JL : C'est déplaisant au début, puis vous dépassez cela et enfin vous l'appréciez ?

PB : Oui, ce genre de sensation.

JL : Pouvez-vous être plus précise sur le changement entre le sentiment d'inconfort vis-à-vis de l'attention et lorsque vous l'appréciez ?

PB : Il y a quelque chose qui vous grandit lorsque vous dirigez l'attention là où elle doit aller. Cela me rappelle à moi-même et je l'apprécie. Cela dit qu'il y a quelque chose de valeur ici, à la maison, qu'il n'y a pas besoin de sortir de soi pour connaître l'amour et être en paix. La passion de fierté et l'impression que vous avez besoin de moi mais que je n'ai pas besoin de vous alimentent la fixation. Recevoir l'attention des autres interrompt cette habitude fondamentale de la fixation.

JL : Est-ce dur de changer la focalisation de votre attention des autres vers vous ?

PB : Oui, au début, puis ça fait du bien finalement. Interrompre notre habitude soulage. L'habitude est épuisante. C'est très fatigant de vivre une vie où l'attention sort sans cesse de cette manière, inconsciemment.

JL : Quelles sont quelques-unes de vos observations sur ce changement chez les autres types ?

PB : Le changement d'attention ?

JL : Oui.

PB : Travailler sur l'attention est au cœur du travail sur l'Ennéagramme. Souvent, lorsque l'attention est détournée de son objet habituel, il y a malaise. Les 9 qui veulent éviter l'inconfort et le conflit en sont un bon exemple. Leur attention tend à être globale, à vouloir tout absorber en essayant désespérément d'apporter l'harmonie au monde intérieur et extérieur. Ils ont besoin de laisser aller ce modèle inconscient d'attention et de se demander : "Qu'est-ce que je veux ? Qui suis-je ?" En redirigeant l'attention vers l'intérieur, ils doivent se confronter à ce conflit qu'ils ont tant essayé d'éviter. C'est à la fois libérateur et terrifiant. Cela aboutit à la sortie d'une énorme quantité d'énergie refoulée et bloquée en essayant de tout garder en place. Comme me l'a dit un 9 : "Cette sortie d'énergie laisse parler ma vie."

Chaque type a un schéma habituel d'attention qui enferme le flux naturel d'énergie dans des chemins connus. Apprendre à reconnaître comment l'attention se fixe, à l'élargir et à la déplacer consciemment est une part importante de l'utilisation efficace de l'Ennéagramme.

JL : Comment utilisez-vous les points de stress et de sécurité ?

PB : La plupart du temps, je les gère comme leurs noms les décrivent. Le point de stress identifie les caractéristiques qui arrivent naturellement lorsque je suis stressée, le point de sécurité identifie les caractéristiques qui arrivent naturellement lorsque je me sens en sécurité, quand je me sens aimée.

Je ne considère pas que l'un des points est mauvais et l'autre bon. Mais je pense que je peux aller sur les aspects positifs et négatifs des deux.

Aller dans le point de stress est utile si on est conscient de ces caractéristiques. Je suppose que le bien, le mal, le positif, le négatif, c'est une question de conscience. Si mon identité est trop étroite pour que je voie ces caractéristiques dans ma personnalité, j'ai un gros désavantage et, même si c'est indirectement, tous ceux autour de moi en seront également affectés.

JL : Donnez-nous un exemple.

PB : Je dirais que les 7 sont un bon exemple parce qu'ils sont considérés comme des gens faciles à vivre, qui acceptent tout le monde, ne veulent pas de hiérarchie, qui sont amusants et s'intéressent à beaucoup de choses. Mais lorsqu'ils sont trop dispersés ou que quelque chose doit être fait, les caractéristiques du 1, le point de stress, commencent à émerger. La plupart des 7 que je connais n'ont pas conscience de leur colère et de leur ressentiment sous stress. Ils peuvent être très critiques et créer une tension palpable dont tout le monde est conscient et qui est difficile à supporter. Toute la dichotomie supérieur-inférieur commence à se manifester.

Je pense que cela fait une grande différence pour les 7 de reconnaître que ces caractéristiques apparaissent sous stress. En prendre conscience permet aux 7 de réaliser que les qualités des 1 leur sont accessibles ; alors peuvent arriver l'attention aux détails, la capacité à travailler dur pour terminer un projet, le sens des grandes valeurs et cette qualité de rigueur. Quand on est conscient, on vit des mouvements positifs, quel que soit le type. Mais pour quelqu'un qui n'est pas conscient, cela peut être perçu comme un mouvement négatif.

JL : Nous pourrions dire que c'est neutre.

PB : C'est neutre. Il est utile de penser à ces mécanismes comme décrivant quelque chose et non pas comme prescrivant quelque chose. Cela décrit quelque chose qui se fait naturellement plutôt que d'être la définition de la manière dont une personne devrait être.

JL : Hélas, certains ne réussissent pas à se connecter à la signification profonde de l'Ennéagramme et finissent par laisser tomber.

PB : Exact, je dirais que l'Ennéagramme est conçu pour nous emmener très profondément et alors, c'est étonnant. Mais pour les gens qui ne savent pas l'utiliser et lui donner vie, il disparaît.

JL : Vous pouvez conduire un cheval au bord de l'eau…

PB : Il est offert, mais les gens ont aussi besoin d'être guidés pour voir quelle différence il peut faire dans leur vie. Dans ce but, Michael et moi avions proposé des groupes durant plusieurs années et appelés "Neuf Chemins vers un Cœur Ouvert". Nous avions des représentants des neuf types et nous nous sommes rencontrés plusieurs heures chaque semaine. Nous avons passé beaucoup de temps à développer l'observateur intérieur à l'aide de techniques de méditation et d'attention. Nous avons utilisé la Psychologie Orientée vers les Processus (POP) et d'autres techniques psychologiques pour travailler sur les émotions et les relations. Nous avons intégré les concepts de conscience du corps, le travail du mouvement et nous nous sommes concentrés sur le développement de l'énergie des centres. Les gens en arrivent à se connaître mutuellement en profondeur. Travailler en groupe dans la durée est une bonne manière de donner et obtenir le soutien qu'il faut pour intégrer l'Ennéagramme dans la vie de l'individu et de la communauté.

JL : Un environnement qui nous soutient ou alors une bonne dose de grâce.

PB : Oui. Beaucoup de gens essayent de dire qu'il faut que ce soit comme ci ou comme ça. Mais la grâce est bien plus mystérieuse que cela. Ce n'est pas quelque chose d'impalpable. Nous avons des cas d'éveil spontané au Moi, comme ceux décrits par Eckart Tolle dans The Power of Now. Une ouverture se produit et semble provenir purement de la grâce. Qui peut dire pourquoi cela arrive ? Peut-être que beaucoup d'entre nous connaissent ces moments de grâce, d'éveil et ensuite ne savent pas quoi faire. Ce qui se passe après l'éveil peut être aussi important que l'éveil lui-même. Beaucoup tentent de recréer cet instant, en se souvenant de l'expérience fabuleuse, mais en ne sachant pas la revivre. L'Ennéagramme peut être très utile ici, puisqu'il pointe les habitudes d'attention qui nous permettent de garder notre identification à l'ego. Lorsque les habitudes d'attention sont exposées à la conscience, on a alors l'occasion de s'ouvrir à la pure conscience qui sous-tend toute chose.

JL : Comment aidez-vous les gens dans ce processus ?

PB : Je travaille beaucoup avec la présence, avec l'ici et le maintenant. En étant simplement avec la personne, quoi qu'il arrive. Lorsque je commence à m'intéresser à ce qui arrive, quoi que ce soit, elle voit également que sa propre expérience a de la valeur.

JL : Qu'entendez-vous par "ce qui arrive, quoi que ce soit" ?

PB : Tant d'éléments de la fixation sont là pour essayer de conserver ce qui est vécu en dehors de la conscience. Beaucoup ont à voir avec les sentiments de peur, de colère, de déception, de blessure et de douleur. Quand ces sentiments sont inconscients, ils pilotent littéralement la vie de la personne. J'essaye de porter ces sentiments à la conscience et d'aider les gens à apprendre à tolérer leur ressenti. J'encourage aussi les gens à apprendre à tolérer la paix, la joie et la sérénité. Il n'y a pas que les sentiments négatifs qui sont difficiles à vivre ; certains types de personnalité peuvent se sentir vulnérables quand des sentiments positifs sont exprimés. Même si les sentiments négatifs sont habituellement ce qui amène une personne à suivre une thérapie, les sentiments positifs sont également une gageure.

JL : Est-ce que rester conscient de ses sentiments suffit à les faire disparaître ?

PB : Cela apporte une certaine qualité d'attention à la vie intérieure et aide à y rester connecté sans vouloir y échapper. C'est très important. Me soutenir moi-même ou soutenir les autres pour trouver le courage de supporter tout ce qu'on vit peut être libérateur. Cela interrompt l'habitude d'attention qui est notre perception de la réalité et crée une ouverture à ce qui pourrait arriver d'autre. Il peut y avoir énormément de peur horrible, de résistance et l'impression qu'il sera impossible de tolérer tel sentiment ou telle expérience. Hormis certains cas de traumatismes extrêmes, ce n'est pas vrai. Les gens peuvent tolérer ce qui semble intolérable, mais ils ont besoin de soutien et de guides.

Si je ressens de la colère, je crois qu'exprimer ce sentiment va lui permettre de se guérir tout seul. Les gens ont peur que s'ils exprimaient cette colère, ils agiraient de manière à se blesser ou à blesser les autres et alors ne seraient pas quelqu'un de bien. Ils n'ont pas l'impression qu'il existe des distinctions ; il y a la colère que je ressens, celle que j'exprime verbalement et celle que je mets en action. Si je suis consciente, je peux choisir la manière de la gérer. Si elle reste dans mon inconscient, j'y suis soumise. L'Ennéagramme décrit ce à quoi je m'identifie, mais décrit aussi de quoi je suis inconsciente et dont j'ai besoin de devenir consciente. Je peux commencer à m'intéresser à ma propre expérience, plutôt que de seulement y réagir.

JL : Quels sont les types les moins enclins à supporter ces sentiments, ceux des centres mental, émotionnel ou instinctif ?

PB : Je pense que c'est une problématique générale. Chaque type a des sentiments qu'il considère OK et ceux qu'il considère comme n'étant pas OK. Ceux qui vivent dans le centre émotionnel peuvent penser qu'ils sont à l'aise avec les sentiments, mais il y a quand même des sentiments qui ne sont pas permis.

JL : Pouvez-vous donner un exemple ?

PB : Je pense que beaucoup de 4 sont poursuivis par leurs sentiments, parce qu'il y a beaucoup de peur autour du vécu de la douleur, de la tristesse et de la honte. Souvent, on dit que les autres personnes ne peuvent pas tolérer l'intensité de leurs émotions, mais en réalité, les 4 ne se permettent pas de ressentir pleinement ce qu'ils éprouvent. Bien que les 4 soient identifiés à leurs sentiments, ils ne se permettent pas toujours de les ressentir réellement.

JL : Parlez-vous des émotions de base associées au type ?

PB : Oui, mais je pourrais parler aussi d'autres sentiments, comme la colère, la peur ou la joie. On peut résister à toutes les émotions.

JL : Vous voulez dire à toute émotion, quelle qu'elle soit ?

PB : Oui. Ça peut être aussi une pensée ou une sensation physique. Connaître quelqu'un, cela revient, en partie, à apprendre à connaître son territoire. Quel est le terrain ? Où est-il à l'aise, chez lui ? Qu'est-ce qui est rejeté et a besoin d'être intégré ?

JL : Pouvez-vous détecter cela assez rapidement ?

PB : Parfois. Et parfois, cela prend du temps. La connaissance de l'Ennéagramme peut être très utile pour dénicher ce genre d'informations. Les 8 peuvent ne rien révéler de la vulnérabilité qui est derrière leur force, mais l'Ennéagramme nous dit que la vulnérabilité est là. De même que l'on sait que les 6 ont des problèmes de peur et de doute, on sait que les 8 essayent d'éviter leur vulnérabilité. Connaître la problématique commune aux personnes d'un même type la rend moins personnelle et permet d'approche plus facilement cet espace interdit.

JL : Est-ce plus facile pour vous de déterminer à quel centre appartient une personne avant de pouvoir dire son type ?

PB : Parfois oui, parfois non. Par exemple, certains 1 semblent être de centre mental. Certains 6 semblent être du centre instinctif. Les 6 et les 4 sont parfois difficiles à distinguer parce que certains 4 ont tellement peur et certains 6 ont tellement de souffrance. Certains 3 peuvent passer pour des mentaux parce qu'ils répriment leurs émotions.

Pour nous les 2, notre passion est la fierté et à l'opposé de la fierté, il y a la vertu d'humilité. Mais à côté de la fierté, il y a aussi l'humiliation qui est très proche de la honte. Identifier les types requiert l'humilité de prendre les choses doucement et d'accepter de ne pas savoir. C'est dur quelques fois, parce que le souci de l'image crée une pression et fait souhaiter être considérée comme celle qui sait.

JL : C'est un processus délicat, mais heureusement il y a bien plus à apprendre que notre type dans l'Ennéagramme.

PB : Je pense que l'Ennéagramme affirme que nous pouvons tous contribuer. En plus de décrire le côté négatif de qui nous croyons être, l'Ennéagramme décrit aussi comment chacun d'entre nous peut participer à la globalité, à l'hologramme de la vie. Chaque type a un rôle d'importance égale à jouer. Pour pouvoir jouer ce rôle, nous avons besoin de nous libérer du joug des schémas automatiques de notre type.

À suivre… le mois prochain

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Patricia (Savitri) Burbank, a une pratique privée de psychothérapeute à Palo Alto en Californie depuis 26 ans et propose actuellement une formation de trois ans pour intégrer l'Ennéagramme dans la thérapie. Elle propose également toutes les semaines des réunions "Heartsang" où les gens se rassemblent pour approfondir et faciliter leur reconnaissance du Soi. Elle peut être jointe à psavitri@aol.com.