Les raisons inconscientes de choisir le « mauvais » type
Elizabeth Wagele (Traduction par Isabelle Goury)

Il y a de nombreuses théories sur la définition du type dans l’Ennéagramme et sur son origine. Je crois que quand nous venons au monde, nos cerveaux sont câblés pour un certain type de caractère et de style. Ceci inclut nos talents potentiels, nos forces et nos faiblesses. Si nous pouvions donner un numéro de l’Ennéagramme à cette combinaison, la plupart d’entre nous continueraient probablement à exprimer ce numéro, y compris les stratégies d’adaptation qui s’y rapportent, tout au long de la vie. Un petit nombre cependant serait inconsciemment forcé par des pressions environnementales d’adopter une façon différente d’être dans le monde, surtout si ces pressions étaient accompagnées d’un manque de modèle. Je crois que les vestiges et les souvenirs du numéro originel de l’Ennéagramme resteraient sous-jacents sous celui adopté, attendant la libération. Ceci peut vous concerner, spécialement si vous avez remarqué chez vous de nombreux comportements en contradiction avec votre type.

Bien que notre type d’origine dans l’Ennéagramme soit d’habitude suffisamment fort pour l’emporter, des situations stressantes apparaissant tôt dans la vie peuvent contraindre une personne à adopter inconsciemment un style différent de l’Ennéagramme. Parmi ces situations, on trouve :

• La compensation d’un ego faible

Meg se sentait une « moins que rien », le résultat d’une intrusion et d’une critique extrêmes de la part de sa mère. Adopter en tant que petit enfant une position forte « Je ne ferai rien. Je ne veux pas faire », qu’elle identifia par la suite au type 8, lui permit de sauvegarder son ego en grandissant. Dans la trentaine, elle observa que sa position de 8 avait pu être une réponse saine à son environnement à ce moment-là, mais qu’elle ne se sentait pas aussi à l’aise dans son état de 8 que la plupart des autres 8 qu’elle connaissait. Elle commença alors à explorer la possibilité d’être un 2.

• Le fait qu’on vous ait dit une contre-vérité sur vous-même

Les parents de Prudence réussirent à la convaincre qu’elle était désagréable et fondamentalement mauvaise. Quand elle prit connaissance des traits du sous-type social "honte" du 4, ils lui semblèrent correspondre parfaitement à sa perception d’elle-même. Après une longue psychothérapie et beaucoup de travail sur elle-même, elle développa assez de confiance en elle pour voir par-delà la honte et se rendre compte qu’elle était vraiment un 5.

• L’opposition à un parent

Jake, le fils d’une 6 nerveuse qui voulait tout contrôler, avait éprouvé de l’aversion contre à peu près toutes les femmes 6 qu’il avait rencontrées. Bien qu’il ressemblât à un 6 contrephobique INTJ, il s’était typé lui-même 5. Jake balance d’un extrême à l’autre : un jour il est pour le contrôle des armes, le suivant il est contre ; un mois il condamne un certain mouvement politique, le suivant il est son plus fidèle partisan. Il est mielleux, « contrôleur », antiautoritaire et a une perspective paranoïde sur la vie. Je n’ai jamais vu un 6 plus convaincant, mais son besoin de nier toute ressemblance avec sa mère l’empêche de se voir lui-même.

• Le sentiment de culpabilité envers un frère ou une sœur

Larry était né heureux 7. En tant qu’enfant, il se réveillait heureux et se couchait heureux, mais ses parents lui envoyaient déjà le message, principalement par des expressions faciales, que son attitude radieuse peinait son frère Milt sévèrement retardé. Avant la naissance de Larry, ses parents avaient essayé et presque réussi à nier à quel point Milt était retardé et inadapté, mais avec Larry comme point de comparaison, cette dénégation n’était plus possible. Larry commença à se retirer et à développer des centres d’intérêt qu’il pouvait exercer dans sa chambre. Il fut typé 5 dans sa première année de collège. Être loin de chez lui permit de retrouver son caractère rayonnant d’origine et il décida qu’il était vraiment un 7.

• La pression culturelle

Certains types très stricts d’éducation maintiennent les enfants occupés et en compétition du matin jusqu’au soir. Après l’école, ils vont aller par exemple à un programme obligatoire d’athlétisme. Un athlète fortement motivé pourrait s’épanouir dans un tel environnement, mais sans temps libre, il est difficile de s’engager dans les activités personnelles, introverties pratiquées par beaucoup de 4 et de 5. Moi-même en tant que 5 à aile 4, je ne peux pas m’imaginer sans accès libre à un piano et sans avoir plein de temps pour explorer la musique toute seule.

Quand les adultes s’identifient au « mauvais » type, cela a souvent une utilité (comme c’est le cas pour les enfants). Dans les motivations inconscientes qui vous font aller à l’encontre de votre type intrinsèque en tant qu’adulte, on trouve :

• Compenser la culpabilité

Hubert se sentait déloyal vis-à-vis de ses parents parce qu’il avait choisi une religion différente de la leur, qu’il était plus éduqué et qu’il gagnait plus d’argent qu’eux. Il essayait tellement de prouver qu’il était loyal dans les autres domaines de sa vie, qu’il se présentait comme un 6. Quinze après qu’un enseignant de l’Ennéagramme l’eût typé 6, il dépassa suffisamment son sentiment de culpabilité pour se rendre compte qu’il était en fait un 3.

• Prendre ses désirs pour des réalités

* Un homme handicapé présentant les signes distinctifs d’un 1 se convainquit qu’il était un 8 parce qu’il voulait se voir comme un porte-parole protecteur et puissant de la communauté des handicapés.

* Alvah, une 9 désintégrée et mollassonne, qui passait sa vie devant la télévision ou à faire des collections, avait accepté l’opinion d’un enseignant certifié de l’Ennéagramme suivant laquelle elle était une 9. Quelques années plus tard, elle remarqua qu’elle se sentait plus heureuse quand elle était occupée et changea de type, s’identifiant comme un ; elle n’avait jamais aimé l’idée qu’elle pût être un type du centre de la colère de toute façon. Non analysée et incontrôlée, cette colère de 9 l’avait éloignée à la fin de sa vie de tous ceux qu’elle connaissait.

* Dorothy était une 4 dont la vie était caractérisée par la dépression, l’envie et un fort besoin de se prouver qu’elle était importante. Cependant, elle était très religieuse et voulait s’imaginer elle-même comme quelqu’un qui fait le bien dans le monde. Dorothy se typa 2, ce qui renforçait sa certitude d’être spéciale à la manière du Christ.

• &Rcirc;tre induit en erreur par le rôle que l’on tenait dans l’environnement dans lequel on a étudié pour la première fois l’Ennéagramme

John, un psychologue avait adopté un rôle de boute-en-train et de blagueur pour gérer le stress induit par la conduite d’un groupe de thérapie. Quand l’orateur lui présenta l’Ennéagramme, il supposa qu’il était un 7. Cela lui prit longtemps pour réaliser qu’il était en réalité un 5.

• Les changements de la deuxième moitié de la vie

En termes jungiens, dans la deuxième moitié de leur vie, les profils T-Pensée font souvent attention à leur fonction F-Sentiment et les types F-Sentiment à leur fonction T-Pensée. Les types S-Sensation et N-Intuition s’intègrent aussi de cette façon. Des changements de cette sorte peuvent être si irrésistibles que les gens croient parfois que leur choix originel du type de l’Ennéagramme était faux. Un athlète 8 ESTP (S-Sensation) commença à s’intéresser à des activités intuitives après 40 ans et se mit à étudier les mathématiques abstraites. Il se retypa de façon erronée comme un 5.

• La crainte de surpasser un membre de la famille ou d’empiéter sur le domaine d’un parent

* La mère célibataire de Linda avait tout sacrifié pour elle. Quand Linda se lança toute seule pour poursuivre des études supérieures, sa mère lui fit clairement comprendre que cette indépendance de fraîche date l’effrayait, ce qui aggrava la dépression déjà considérable de Linda. Cependant, à la mort de sa mère, sa dépression diminua et elle commença à la voir comme une réaction à la culpabilité d’avoir trahi sa mère. Linda pense maintenant qu’elle est une 1.

* Le père de Buck n’avait ni les compétences, ni le tempérament qu’il faut pour faire un bon homme d’affaires, mais il continuait à se battre avec son magasin sur l’insistance de sa femme. Buck, d’un autre côté, montra dès son jeune âge des capacités d’entrepreneur. Sa mère en était consciente, mais dans le but de protéger son mari d’un complexe vis-à-vis des aptitudes supérieures de son propre fils, elle poussa Buck hors du monde des affaires. Et donc Buck, pour faire plaisir à sa mère, mit toute son énergie à être un artiste. Après la mort de son incompétent de père, il hérita du magasin et en fit une réussite formidable. Il réalisa aussi qu’il était un 3 énergique plutôt qu’un 4 artistique.

Mes raisons de douter

J’ai aimé découvrir que j’étais membre d’un groupe appelé les 5. C’était la première fois que je me sentais reconnue.

Mes traits typiques de 5 comprennent la curiosité, une forte préférence pour l’introversion et un besoin presque irrésistible de dire "Je sais…" Une forte aile 4 fait de moi un type 5 type F-Sentiment (INFP), plutôt que l’habituel type 5 T-Pensée (INTP). J’étais trop effrayée pour admettre mon aile 6. Des années plus tard, cependant, je reconnais désormais mon côté craintif 6.

Mis à part le 5, le 9 est le type auquel je ressemble le plus. J’évite le conflit et j’ai en moi beaucoup de colère étouffée, ce qui peut s’appliquer à la fois au 9 et au 5, mais je suis plus franche sur ce que je veux et plus irrévérencieuse, cynique et négative que la plupart des 9. Mon lien fort aux flèches du 5, le 7 et le 8, renforce aussi ma conviction d’être une 5, alors que la flèche 3 du 9 m’est complètement étrangère. Pendant les premières décennies de ma vie, y compris avant que je n’entende parler de l’Ennéagramme, je redoutais les 8. Puis je me suis rendu compte que je désirais avoir plus de ce qu’ils possédaient. Qu’en est-il des deux autres types du centre mental : le 6 et le 7 ? J’aurais pu naître 7 et être effrayée au point de devenir un 5, mais je ne me vois pas comme un 6. Cependant, je m’identifie beaucoup plus avec le centre tête/peur qu’avec celui des tripes ou du cœur.

Est-ce que je suis entrée dans le monde comme un 5 ou est-ce que je m’identifie comme un 5 parce que l’histoire de ma famille m’a programmée pour vouloir être un 5 ?

Mon père INTJ-5, qui domina ma famille et qui était souvent reconnu comme un « cerveau » (même par d’autres gens), reçut à l’âge de 22 ans un doctorat en physique-chimie du California Institute of Technology et il fut embauché par l’Université de Californie comme professeur à plein-temps. (Je ne dis pas cela pour me vanter, mais pour vous donner une idée de ce à quoi je devais faire face). Il lisait beaucoup, se souvenait de tout, et nous montrait comment il pouvait multiplier des grands nombres mentalement. Quand les gens n’étaient pas d’accord avec lui, il les cataloguait "soit stupides, soit égarés", et bien qu’il ne me réservât pas ce traitement ouvertement, je supposais qu’il devait penser que j’étais également stupide ou égarée. Ailleurs qu’à la maison, papa était plein d’esprit, une combinaison du 5 et de sa flèche 7. Dans le confort de son château fort, il faisait étalage de sa flèche 8 autoritaire et protectrice. Dans sa recherche, il était complètement 5. Son aile 6 s’exprimait par son agitation et son inquiétude, qui me semblaient bizarrement irrationnelles pour un type aussi rationnel. Mon intérêt dévorant pour la musique et mon désir de grandir, de m’échapper et d’acquérir un certain pouvoir par moi-même, m’empêchèrent de me sentir complètement écrasée.

Maintenant, il est temps de tirer quelques conclusions. Puisque je me sentais stupide par rapport à mon père et que j’aurais aimé avoir son cerveau, je me demande souvent si j’ai cherché à me convaincre moi-même que j’étais intelligente en essayant de m’identifier à lui. Suis-je vraiment ma flèche 7 ? J’aime les 7. Ça ne me dérangerait pas d’être un 8, mais ce serait constitutionnellement impossible. Peut-être suis-je un 9 basé sur la colère ? Qui sait ? Qui s’en soucie ? Qu’importe

Ce que je veux dire, c’est que j’ai examiné objectivement toutes les preuves et que je sais sans équivoque possible que je suis un 5, mais je garde l’esprit ouvert, juste au cas où.

Quelques tendances à mal se typer

Notez que beaucoup des types suivants sont catalogués de façon erronée comme un autre type du même centre ou comme une de leurs flèches ou de leurs ailes.

  • Les 1 qui se sentent coupés de leurs émotions peuvent essayer de les revendiquer en s’identifiant avec des types émotionnels 42 ou 9. Certains, surtout parmi les extravertis, compensent leur tendance coincée en prenant les caractéristiques enjouées du 7.
  • Les hommes 2 honteux de leur côté doux et gentil peuvent se forcer à agir comme des 8. Les femmes 2 ont moins tendance à imiter un autre type, puisqu’elles sont souvent bien acceptées, et même soutenues par leur famille.
  • Les 3 qui ont des parents avec de grands principes peuvent se prendre pour des 1 ou des 6 énergiques. Certaines femmes 3 peuvent se prendre pour des super-mamans 2. Un manque de connaissance de l’Ennéagramme conduit certains 3 à s’étiqueter 7.
  • Les 4 reconnaissent souvent leur souffrance et leur envie et s’acceptent pour ce qu’ils sont, surtout les femmes. Les hommes 4 ressentent souvent une pression sociale qui les pousse à nier leur vrai soi. Des pressions familiales fortes pour réussir dans certains domaines peuvent pousser les 4 à nier leurs vrais penchants. Les familles qui ne sont capables d’accepter qu’un seul 4 peuvent forcer l’enfant 4 d’un 4 à se trouver une autre place.
  • Les 5 qui sont sensibles au fait d’être vus comme des pauvres types peuvent prétendre être des types mentaux 7 ou 1 socialement plus acceptables.
  • Les 6 parfois essaient de se débarrasser de leur anxiété en se percevant comme des 9 sereins. Les 6 artistes, surtout ceux du sous-type sexuel (« Force-Beauté »), peuvent se typer 4.
  • La plupart des 7 pensent qu’il est gratifiant d’être qui ils sont, à moins qu’ils ne succombent par exemple à la pression d’une famille de 1 pour être sérieux ou à celle d’une famille de 4 pour être portés à l’introspection et philosophes.
  • Les 8 peuvent avoir honte d’être « trop » et se convaincre qu’ils sont plus comme il faut, comme le type 1, par exemple. Les femmes 8 qui sont poussées à nier leur force agissent parfois comme des 2 ou des 9. Une femme 8 que je connais est mieux acceptée en se présentant comme une 7.
  • Les 9 qui s’inclinent devant la pression familiale peuvent se voir comme pratiquement n’importe quel autre type. Les 9 mentaux pensent souvent qu’ils sont 5. Un 9 que je connais avait une petite amie qui aimait les hommes forts. Elle décida qu’il était un 8 et il fut d’accord avec elle.

Il y a de nombreuses raisons de choisir le "mauvais" type de l’Ennéagramme, y compris une connaissance insuffisante de l’Ennéagramme, un besoin inconscient de se valoriser et une aversion inconsciente contre sa véritable nature. Bien que nous disions à ceux qui découvrent l’Ennéagramme que c’est important qu’ils connaissent leur type, ceux qui ont été mal typés, qui se sont mal typés, ou qui ne sont pas sûrs de leur type peuvent quand même bénéficier énormément de ses enseignements. Le 9 en moi dit, pourquoi ne pas essayer périodiquement chaque type, juste au cas où nous verrions quelque chose demain que nous sommes incapables de voir aujourd’hui ?

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Elizabeth Wagele est l’auteur "L’éducation des enfants par l’ennéagramme" et du CD, "The Beethoven Enneagram", et est le coauteur de "L’Ennéagramme facile" et "Are You My Type, Am I Yours ?"