Épée et bouclier (1e partie)
Antonio Barbato (Traduction par Isabelle Goury)

Notre intelligence est tendrement attachée à ses propres raisonnements comme des parents à leurs enfants. Et, comme c'est le cas chez beaucoup de parents, même si leurs enfants sont maigres et bornés, ils les voient adorables et beaux. De la même façon, même l'intelligence d'un idiot illettré considérera son propre raisonnement au-dessus de ceux de tous les autres, sans se soucier de son inanité.

Maxime le Confesseur (VIe siècle avant JC)

Dans l'article sur "Les Alibis de l'Ego" (Enneagram Monthly, Novembre 2002), j'ai décrit brièvement une partie du système complexe, grâce auquel notre personnalité trouve une explication logique à des expressions d'agressivité, typiques des humains, qui sont basées sur l'ego et non justifiables. Erich Fromm qualifie de "maligne" ce type d'agression et Rudolf Baenninger la définit comme "un comportement de prédateur". Dans cet article, je mentionnais le fait que l'agression avait deux composantes, une fonction défensive et une fonction agressive, qui opéraient comme le bouclier et l'épée de l'armure médiévale.

D'un côté, l'alibi fonctionne comme un bouclier, qui permet à notre ego de se dérober et d'échapper au sentiment de culpabilité que nous pourrions ressentir vis-à-vis des autres, et qui justifie nos actions comme une légitime défense raisonnable. De l'autre côté, l'agression est l'arme spécifique que chaque type utilise en réponse aux profondes impulsions de sa passion et de sa fixation, pour affronter et résoudre des problèmes existentiels non résolus.

L'agression : un sujet difficile

L'agression est un mot à la mode qui déclenche souvent une forte réaction, et qui est le sujet de nombreuses discussions passionnées entre des gens qui ont des visions différentes sur la nature humaine. Dans tous les domaines, la psychologie, la philosophe, la religion, l'anthropologie, l'éthologie, la neurobiologie et la paléontologie, les opinions sont partagées entre ceux qui pensent que l'homme est essentiellement "bon", et ceux qui croient que l'homme a un fond de destructivité instinctive qui le rend essentiellement "mauvais".

Entre le "bon sauvage" de Rousseau et l'homo homini lupus de Hobbes [en latin : l'homme est un loup pour l'homme], il y a plus que l'optimisme de l'espoir contre le pessimisme de l'expérience. Il y a aussi la considération politique sur comment guider au mieux, contrôler et "améliorer" la nature animale de l'homme et ses comportements. Comme le thème de l'agression est directement lié à l'instinctivité et à l'égocentrisme, je vais consacrer un paragraphe à discuter des rapports entre instincts et personnalité.

Agression et Ennéagramme

Dans la littérature de l'Ennéagramme, deux sujets semblent tabous : les problèmes sexuels et l'agression. Parfois, je pense qu'on évite ces sujets du fait d'une certaine pudibonderie psycho-spirituelle, vu que leur nature est tout sauf secondaire et qu'ils revêtent une grande importance dans la vie de beaucoup de gens. Bien souvent, quand je lis au sujet d'un type, j'ai l'impression que les auteurs sont principalement en train d'examiner des êtres spirituels, pratiquement sans corps, au-delà de l'humanité terrestre du commun des mortels. Et pourtant la force de l'Ennéagramme, c'est précisément sa capacité incroyable à défricher et à exposer les couches sous-jacentes, sous les comportements de surface, des gens à tous les niveaux d'évolution.

Le but de cet article

Chaque ennéatype privilégie son style d'agression qui est intimement relié à un style particulier d'alibi. Je voudrais illustrer cette dynamique, puisqu'elle se rapporte à la vie pratique, en utilisant comme exemple, l'agression au volant. Avant d'aborder ce sujet, il est nécessaire de se mettre d'accord sur une terminologie exacte, de telle façon que nous puissions différencier l'agression qui a pour base l'ego, et l'agressivité qui naît du besoin de s'adapter ou de parer aux forces de l'environnement, et qui est plus liée à l'instinct.

Cela m'a pris quelque temps pour tirer certaines conclusions concernant les dynamiques de ces processus que j'utilisais comme des sources séparées, quoique reliées, d'informations.

  • L'étude des principaux écrits psychologiques sur le sujet.
  • Une analyse approfondie sur une longue période, même si elle n'était pas basée sur des observations personnelles, de comptes rendus et d'histoires de vie réelles. Cette analyse s'est centrée sur des gens enclins à une agression confinant au sadisme et à la psychopathologie, et sur des exemples documentés dans la littérature, nous emmenant aussi loin que le génocide, les meurtres de masse et les meurtres en série.
  • Des observations personnelles et des interviews avec des gens qui ont eu des épisodes de conduite agressive, mais qui autrement se considéraient, et étaient considérés par les autres, comme "normaux". Ces gens ne présentaient pas d'aberrations mentales particulières et étaient de différents ennéatypes.

Pour éviter de perturber le flot de cet article, je listerai la bibliographie consultée et toutes les sources littéraires dont j'ai tiré des extraits, à la fin de l'article.

Qu'est-ce que l'agression ?

De nombreuses pages des Récits de Belzébuth de Gurdjieff sont consacrées à la condamnation de l'agression destructive des humains, qui contrairement à ce que l'on voit dans la plus grande partie du règne animal, trouvent un certain plaisir, soit à tourmenter et à tuer d'autres créatures sensibles, soit à diriger cette même énergie vers l'autodestruction ou la torture délibérée de soi-même. Cette tendance chez les humains est comme une tache indélébile qui contredit le rêve utopiste de créer un monde qui ne soit "pas contaminé par les larmes". Même dans les films futuristes, par exemple Blade Runner, cette agression est considérée comme un défaut permanent de l'espèce humaine, et Matrix 3 (Matrix Revolutions) va même jusqu'à citer un programme sensible qui porte ce jugement sur les humains : "Les humains ne sont pas de vrais mammifères, ils ne respectent pas leur environnement… Ils s'apparentent plus à un virus, un fléau, un cancer sur cette planète, qui a besoin d'être ôté chirurgicalement."

La première question à se poser est : "Qu'est-ce que cette agression qui cause tant de mal ?" La seconde qui découle naturellement de la première est : "Est-ce que c'est une part intrinsèque de l'être humain, la part que dans le langage commun nous appelons instinctive, ou est-ce que c'est un comportement acquis qui a pour origine une réponse à notre environnement et qui comme tel fait partie de ce que nous appelons l'ego ou la personnalité ?"

Pour répondre à ces questions, nous avons besoin en premier lieu de distinguer entre différentes nuances qui, par manque d'un meilleur mot, sont rassemblées sous le terme unique d'agression.

Confusion au sujet du concept d'agression

Erich Fromm, l'auteur du monumental La passion de détruire : Anatomie de la destructivité humaine, a parlé de la confusion née d'une utilisation équivoque des mots décrivant le concept d'agression. Si nous utilisons le même mot pour décrire l'impulsion qui est à la base de deux phénomènes totalement différents — d'une part l'impulsion déclenchée par le besoin de se défendre ou de défendre les autres, d'autre part la complaisance jubilatoire ou compulsive à infliger le mal à soi-même ou aux autres — nous allons avoir du mal à faire la distinction entre des conduites qui sont jugées différemment par notre sens commun, la loi et nos valeurs morales.

Comme Fromm nous l'a rappelé, cela n'est pas suffisant de qualifier d'agression tous les actes qui détruisent ou blessent une personne, un animal ou un objet inanimé. Pour éviter la confusion, il faut procéder à un examen attentif des motivations sous-jacentes. On doit par exemple, distinguer entre les cas où des 2 ou des 4 roulent trop près parce qu'ils veulent être proches de leurs amis qui sont dans la voiture de devant, et d'autres cas (y compris avec ces mêmes types 2 et 4 dans des circonstances différentes) où coller la voiture de devant est l'expression d'une hostilité ouverte.

Différence entre agression et hostilité

Dans cet article nous allons appeler "agression", l'énergie instinctive motivée par une nécessité biologique liée à la défense de notre besoin ou de nos moyens de survie. Toutes les autres formes d'agression qui ne proviennent pas d'une action défensive et qui ne sont pas une réponse directe à des menaces, je les appellerai "hostilité", parce qu'elles sont en partie générées par "le soi ou l'ego" et en tant que telles, tendent à être conduites plus par la soif de compensation, de gratification ou de complaisance de l'ego.

Pierre Karli et Erich Fromm ont fait des distinctions similaires entre deux variétés d'agression : une orientée vers la survie dont ils parlent comme étant "bénigne", et une autre dont ils parlent comme étant destructive et par conséquent "maligne". Je trouve tout compte fait moins confus d'utiliser deux mots différents, agression et hostilité, en gardant à l'esprit qu'un certain chevauchement est toujours présent, et que ni l'agression, ni l'hostilité n'existent à l'état pur.

Pour clarifier davantage les termes, pensez à l'agression comme étant assurée, dynamique, guerrière, vers l'avant, vigoureuse, énergique, insistante, volontaire, combative ou péremptoire. L'étymologie du mot agression vient du latin ad (vers) et gradus (pas) ou aggredi (faire un pas vers). L'agression est donc une force d'initiative qui opère toujours en nous, ce qui implique qu'elle est une expression de la volonté individuelle, même si l'individu est en train de réagir aux autres.

D'un autre côté, l'hostilité est plutôt une réponse au monde extérieur, ou est conçue pour provoquer une réaction de la part des autres qui va satisfaire une soif de satisfaction sadique, de vengeance, de pouvoir ou de contrôle. L'hostilité est donc moins une condition permanente, au sens de présence ou de réservoir d'énergie demeurant latent jusqu'à ce qu'il soit appelé par le sens de survie, que plutôt une blessure qui s'irrite quand elle est stimulée d'une façon particulière. Chaque ennéatype tend donc à répondre à une telle stimulation pour différentes raisons et exprime alors l'hostilité de différentes façons.

Les types d'agression

Sans trop rentrer dans les détails des différentes formes d'agression et d'hostilité, tel que cela est décrit dans la littérature psychologique, nous pouvons dans notre cas, nous limiter, en l'adaptant à l'Ennéagramme, à la classification plus familière de Karen Horney en agressif, dépendant et détaché (pour des exemples, voir "L'Ennéagramme et la typologie de K. Horney" de Fabien et Patricia Chabreuil, Enneagram Monthly, Décembre 1995).

Agression active : L'individu fonctionne en exprimant une volonté affirmative de soi.

Déni ou détachement : L'individu ne cède pas à la volonté des autres, en refusant d'obéir ou de participer.

Passif-agressif ou dépendant : L'individu renonce à sa propre volonté et suit passivement les pressions externes.

On trouve l'agression active plus fréquemment chez les types 8123, ainsi que chez les 47 et 6 de sous type conservation ou sexuel. Le déni ou le détachement sont plus courants chez le type 5, le sexuel et conservation et le 7 social. Le comportement passif-agressif ou dépendant est typique du 6 social et conservation, du 9 social et du 4 social. La résistance passive, comme on la trouve chez des individus hautement évolués, par exemple le Mahatma Gandhi, n'est pas incluse dans cette description, même si elle se réfère à l'équanimité ou à la non-résistance face à l'agression provenant de l'extérieur. La violence qui peut résulter de la non-violence de Gandhi ou de la non-violence de l'Aïkido a tendance à être plutôt une façon de rediriger l'énergie propre de l'agresseur dans un processus apparenté au "mirroring."

Nature humaine ou bouffonneries de l'ego ?

À ce stade, on se demande si l'agression et l'hostilité sont enracinées dans nos instincts, ou si elles font partie de la structure de notre caractère qui lui-même fait partie de notre ego. Je crois que même si l'agression est instinctive, l'hostilité résulte de la formation de l'ego. La portée de cet article ne me permet pas d'entrer dans les détails nécessaires, ou de lister le vaste corpus de travail qui existe sur le sujet. En bref, je veux dire que contrairement aux croyances populaires, la recherche a montré que les sociétés primitives sont en général moins agressives que les sociétés évoluées. [Note du traducteur : ces recherches sont de plus en plus contestées aujourd'hui.] Ceci a réfuté l'idée que l'agression et l'hostilité sont basées sur la part instinctuelle de la nature humaine. Un examen plus profond des fonctions et des réponses des instincts comparées aux fonctions et aux réponses de notre ego peut nous donner une image plus claire de ces deux composants fondamentaux de notre être.

Instincts

Dans "Instincts, centres et sous-types" (Enneagram Monthly, Novembre et décembre 2001), j'ai recommandé la description des instincts donnée par les biologistes à la fin du XIXe siècle : "… une disposition innée qui répond, grâce une variété de comportements à des nécessités particulières de la vie sans être consciente de son objectif." Cette vision considérait la survie comme l'instinct fondamental, sans analyser profondément le fait que cette définition considère les instincts comme des réponses ordonnées d'avance, des réponses déterminantes pour répondre aux besoins de la vie. Clairement, le plus élémentaire et fondamental de ces besoins est l'acquisition, la gestion et la conservation de l'énergie dont chaque être vivant a besoin. Ceci distingue aussi la matière organique de l'inorganique. Les organismes ont besoin de comportements et d'adaptations pour assurer un approvisionnement permanent, une utilisation et un échange de ressources avec l'environnement.

Un bon exemple de matière inorganique est le trou noir qui soustrait de l'énergie et de la matière à une étoile qui tombe dans son champ gravitationnel. Dans ce cas, il y a absence de comportement adaptatif ou de la recherche d'équilibre typique de la vie. À l'autre bout du spectre, on peut utiliser l'exemple d'une vigne parasite qui s'enroule autour d'une plante et siphonne un peu de lymphe vitale sans nécessairement aller jusqu'à assécher la plante hôte et la tuer. En même temps, la plante parasite fournit des matériaux qui peuvent être utilisés par d'autres organismes. Pour survivre le parasite accomplit clairement un acte d'agression sur son hôte, mais il est également évident que derrière cela, il n'y pas d'arrière-pensée autre que la pure survie.

Instincts humains

Sans répéter les concepts décrits dans l'article mentionné ci-dessus, on peut dire que chacun de nous a l'ensemble des trois instincts fondamentaux : la rétraction (préservation), l'adaptation (social) et l'expansion (sexuel). Ils fonctionnent d'une façon synchrone et réglée d'avance nous fournissant l'énergie nécessaire pour vivre. Cette "énergie" n'est pas seulement nécessaire pour assurer la survie physique, mais chaque niveau (physique, émotionnel, mental) a besoin de sa propre "nourriture." Héraclite le grand philosophe grec, considérait cette "nécessité" de nourriture à tous les niveaux comme l'essence même de la vie. C'est cette nécessité qui rend les humains complètement dépendants de leur environnement pendant les premières années de la vie. Pendant cette période, une série de réponses d'acceptation ou de refus forment la base du développement futur. Dans chaque cas, le résultat de cette "adaptation forcée " à l'environnement, que j'appelle la blessure ou le drame originel, est la structure autour de laquelle notre structure psychique relativement stable et rigide évolue. Nous l'appelons personnalité ou ego.

Qu'est-ce que l'ego ?

Une façon simple de comprendre ce qu'est l'ego consiste à le considérer comme une déformation ou une caricature de la conscience qui est l'essence originelle de notre être. Ceci en soi n'est pas une réponse suffisante et nous devons aussi nous demander de quoi est composée cette conscience et comment elle fonctionne. Je préfère les théories des pères de l'Église chrétienne occidentale du Ve, VIe et VIIe siècle, en particulier telles qu'elles sont décrites par Maxime le Confesseur. Elles donnent une bonne description de l'origine et des impulsions qui conduisent nos ego. De leur point de vue, chaque problème humain s'enracine dans trois phénomènes : l'oubli, l'ignorance et l'insouciance.

Ces trois phénomènes représentent trois réponses inappropriées aux questions fondamentales de la vie : la mort, la souffrance et la relativité (finitude) de nos existences. Suivant les pères de l'Église occidentale, l'oubli nous garde dans un état semblable à la transe, nous permettant d'être inconscient du caractère inévitable de la mort. L'ignorance restreint notre pensée à voir l'existence comme limitée et rigide. L'insouciance remplit notre temps de distractions visant à éviter de ressentir la douleur.

L'oubli nous fait perdre conscience d'être dans l'instant, l'ignorance rend aveugle notre capacité à reconnaître la vérité, et l'insouciance commande notre poursuite effrénée de recherche de satisfaction dans les choses matérielles.

Vous pouvez vous demander pourquoi il est si important quand on parle d'agression et d'hostilité d'entrer tellement dans les détails au sujet de l'ego ? Parce que suivant Saint Maxime, quand l'homme se détache de l'essence originelle, de la conscience et de la nature, dans son désespoir, il fait n'importe quoi : avide de satisfaction, oublieux de la mort, refoulant la douleur et sans considération pour les besoins des autres.

Même dans les formes extrêmes de comportement agressif, telles que le sadisme et la nécrophilie, les auteurs d'une façon distordue, éprouvent de la satisfaction en éludant la peine que l'autre ressent, et en évitant la mort. Ainsi, la violence et le fait de détruire ne sont pas comme Freud l'a dit 1500 ans plus tard l'expression d'un instinct, mais la réponse inconsciente et déviante d'un être qui, face au drame de se voir séparé (seul) et limité, est incapable d'accepter cette réalité fondamentale.

Dans la représentation des pères de l'Église, ce sentiment de séparation de la nature est survenu à un moment particulier dans le temps, un moment où l'homme "a quitté" le rôle que Dieu lui avait donné en faveur de l'amour de soi. Je préfère penser que la formation de l'ego est davantage conduite par des facteurs culturels et qu'on peut retrouver sa trace à une époque où la société matrilinéaire est devenue patriarcale. Je ne peux pas défendre cette opinion par manque d'espace, mais j'invite les lecteurs intéressés à étudier les travaux de Bachofen, Marija Gimbutas et Riane Eisler, qui figurent tous dans la bibliographie. Ils font bien comprendre que le sentiment d'isolation de l'homme moderne est profondément enraciné dans la rupture de son lien avec la terre mère.

Neuf styles d'hostilité de l'ego

Le mot moderne égotisme décrit un état exagéré d'égoïsme ou de suffisance que Saint Maxime appelait amour de soi-même. L'hostilité égotiste est donc le style dans lequel les neuf types cherchent tous à satisfaire les désirs de leur ego dans la vie de tous les jours. Bien que cette hostilité soit décrite dans des termes plutôt forts, nous devons garder à l'esprit que nous parlons de niveaux infinis d'intensité, allant du subtil à l'atroce. Cela aide aussi de ne pas oublier qu'à la fois, les alibis de l'ego et hostilité égotiste, fonctionnent en même temps.

Type 1 : Intransigeance

Les 1 expriment l'hostilité en n'accordant pas d'importance aux raisonnements et aux opinions des autres. Ils présument que la vison de qui que ce soit, autre que leur propre idée de ce qui constitue la vérité absolue ou la façon "comme il faut" de faire les choses, est imparfaite. L'intransigeance se manifeste de nombreuses façons et à des degrés divers : impatience, simple critique, sectarisme, intolérance extrême ou fanatique. À la racine de cette colère, il y a un "je me campe contre la réalité" au sens où les personnes qui souffrent de cette passion se refusent à accepter les choses telles qu'elles sont, et essaient obstinément d'imposer, de façon intransigeante, leur point de vue "supérieur" (polarité intérieure : sécurité ou supposition). Ils s'attendent à ce que l'autre accepte d'être corrigé et éduqué par le type 1, ou sinon l'hostilité entre en action.

Dans des cas extrêmes, on a pu voir l'intransigeance se manifester sous forme de dégoût vis-à-vis des besoins physiques, par exemple par l'adoption de techniques de pseudo-purification et même par la mortification de la chair, sans qu'il y ait là une once d'éléments sadiques ou masochistes. On trouve ce type de quête exacerbée de perfectionnisme comme une force motrice chez des groupes tels que les Cathares hérétiques, qui considéraient la discipline de l'endura comme du plus grand bienfait pour l'esprit ; ils imposaient des jeûnes aux mourants et dans de nombreux cas cette pratique accélérait la mort. Il n'est pas rare qu'un tel fanatisme puisse entraîner un clivage entre ce qui est considéré comme un comportement acceptable et ce qui est refusé par notre conscience ; comme dans l'histoire de Dr Jekill et Mister Hyde cela peut même aller jusqu'à l'homicide. Dans la classification des tueurs en série de Holmes et DeBurger, figure une catégorie à part de tueurs en série "missionnaires" qui tuent avec la justification implacable que le monde a besoin d'être purifié de certains personnages qui ne méritent pas de vivre.

L'intransigeance apparaît généralement conjointement avec le manque de fiabilité et le type 1 veut contrôler pour donner à son ego le sentiment d'une supériorité morale. Je pense que c'est une crainte profonde d'humiliation (la blessure originelle du 1) qui conduit son inconscient à éviter la douleur. Même si l'intransigeance peut facilement se transformer en dédain, exprimé verbalement ou par le langage du corps, la sensibilité du 1 (l'autre polarité) est toujours fortement présente au premier plan de sa conscience. Généralement, cela a pour effet d'empêcher le 1 d'être sans pitié ou de démolir complètement les gens sans leur donner une possibilité de recours.

Type 2 : Impatience

L'hostilité chez les personnes du type 2 résulte d'un sentiment d'indignation pour avoir été contrarié ou attaqué sans raison valable. Ils ignorent souvent complètement l'origine de leurs sentiments, ou échouent à sonder les motifs que les autres ont pu avoir pour agir comme ils l'ont fait. Les 2 n'expriment presque jamais l'hostilité par la brutalité ou en infligeant un mal physique ; ils sont mal à l'aise avec la souffrance visible, la violence excessive et la vue du sang. Leur terrain préféré pour l'hostilité est la communication.

Quand les 2 perçoivent un obstacle à leur liberté émotionnelle fondamentale, ils s'irritent et peuvent interrompre une conversation avec impatience, ayant recours à une franchise grossière, à l'impertinence, et même à l'insolence, tandis qu'ils accusent l'autre d'exactement cela. J'ai vu des 2 hurler contre une voiture qui ne démarrait pas ; ce foutu véhicule ne savait-il pas qu'ils étaient en retard ?

Le mot impatience suggère que le 2 a d'énormes difficultés à accepter et à gérer les frustrations. Il ne peut pas tolérer l'intervalle qui sépare l'instant où un désir surgit de celui où il peut être satisfait. Plus cet intervalle est long, plus le sentiment d'hostilité devient intense envers ceux qui sont responsables de ce délai. Un 2 gardera du ressentiment, souvent inconsciemment, très longtemps pendant qu'il se languit de regagner son pouvoir et de "gagner" contre l'autre. Cette victoire met fréquemment un terme immédiat à la relation, parce que les sentiments inconscients et agressifs et la longue période d'attente exaspérante ont fait s'accumuler tant de frustrations que cela génère des sentiments de vengeance. Même le classique désir d'aider ou de faire le bien, qui est si important dans l'esprit d'un 2, peut radicalement se transformer en penchant destructeur, sans violence physique, si sa patience est mise à trop rude épreuve.

Parmi les tueurs en série, les "anges de la mort," qui ne peuvent pas supporter de voir les malades souffrir, pourraient perdre patience et les aider avec une overdose de morphine ou de somnifères. Ils utiliseront simplement l'excuse qu'ils ne pouvaient pas rester là impuissants à regarder quelqu'un souffrir inutilement. La plupart du temps, ils sont convaincus qu'ils ont rendu service au malade et ne sont pas conscients d'un courant sous-jacent plus profond, qui les a fait agir, poussés par un sentiment distordu d'omnipotence et par l'impatience due au fait de perdre son temps à cause de quelqu'un qui ne peut pas être "sauvé" de toute façon.

Dans l'Allemagne nazie, l'argument avancé pour rassurer les familles de personnes mentalement retardées et de celles qui étaient sérieusement handicapées, était qu'ils souffraient inutilement et que les tuer serait un acte de miséricorde approprié pour tout le monde. De façon intéressante, pour promouvoir cette entreprise, les Nazis firent un documentaire pseudo-scientifique sur la sélection naturelle, plaidant en faveur de la survie de ceux qui avaient la meilleure santé. Après tout, clamaient-ils, la nature ne permet qu'aux personnes en bonne santé de survivre. Goebbels et Goering (un 3 et un 2) intervinrent dans la réalisation de ce documentaire et dirigèrent la "partie purement scientifique", de telle façon que seuls figuraient les cas les plus extrêmes, rendant évidente la conclusion qui ne pouvait être que "pourquoi les laisser souffrir davantage ?"

Un autre exemple d'impatience qui est allée trop loin est l'infanticide qui est commis, quand des problèmes avec un enfant causent la perte d'un amant, ou pour se débarrasser des enfants d'un partenaire issus d'un précédent mariage parce que le partenaire continue à les aimer. L'alibi de l'insensibilité offre un soutien supplémentaire à l'impatience, en présentant les autres comme incapables de comprendre les aspects positifs du 2. Par exemple, ceux qui irritent le 2 peuvent immédiatement devenir "des espèces de connards chiants qui racontent n'importe quoi parce qu'ils n'ont pas les couilles d'admettre tout ce que j'ai fait de bien", ou "des satanés menteurs qui racontent des mensonges sur mon compte par pure mesquinerie". Ces deux phrases ont été prononcées par des politiciens 2 pendant des débats quand à bout de patience, ils ont dû avoir recours aux injures verbales alors que leur adversaire était toujours en train de parler.

Type 3 : Invalidation

Invalider systématiquement ses adversaires potentiels, énergiquement et avec jubilation, tourner en ridicule leurs petites excentricités et faiblesses par tous les moyens disponibles, détruire leur image, leur crédibilité ou leur réputation morale, font partie des manières les plus évidentes qu'a un 3 d'exprimer son hostilité. Ces façons de faire ne sont pas juste des applications négatives de l'aptitude du 3 à la propagande, mais proviennent d'un besoin d'avilir les autres pour accroître comparativement l'idée de sa propre valeur personnelle et garder à distance le risque de devoir affronter ce que l'on appréhende, sa propre insuffisance. Généralement l'hostilité d'invalider les autres est déclenchée par une comparaison avec un résultat frustrant.

Le phénomène de se comparer à ce qui est autre, quand cela laisse à désirer, donne naissance à un profond sentiment de compétition et à un besoin à tout prix de prouver qu'on est "meilleur" que l'autre. Dans la psychologie classique, on définit cela comme du narcissisme extrême. On en trouve un bon exemple dans le personnage de Chad, un type 3, dans le film In the Company of Men. Chad est abandonné par sa fiancée et est frustré au travail. Il ne peut penser à rien de mieux pour restaurer son narcissisme meurtri que de proposer une compétition absurde et cynique à son ami Howard (un 7 social). Le marché est de trouver une fille qui est ignorée par les hommes, peu séduisante, sans défense et qui n'a pas l'habitude d'être courtisée. Ils doivent tous les deux faire croître ses espérances, l'attirer par des promesses, la séduire et ensuite la larguer sans aucune considération pour ses sentiments. Ils concluent le marché comme prévu, en dépit d'Howard qui tombe amoureux d'elle et révèle le complot, mais en pure perte, puisqu'elle tombe amoureuse de Chad.

Au début, le thème semble être centré sur de l'extrême narcissisme de Chad mais, en examinant le film de plus près, on peut distinguer deux tendances sous-jacentes. La première est l'invalidation des autres, comme une ruse défensive qui tue tout sentiment d'empathie pour l'innocente victime (Chad la décrit comme n'étant "rien qu'une garce qui vient de sa campagne") ; la seconde est la moins évidente, mais non moins significative de l'hostilité de Chad envers Howard. Chad s'est toujours senti un cran en dessous d'Howard à l'école et au travail. Le talent des 3 est d'en faire beaucoup efficacement sans se soucier de l'objectif. Ceci est également vrai quand un 3 recherche un développement intérieur, le succès dans le monde ou dirige mal son hostilité de façon désinvolte et à des fins viles.

Le FBI reconnaît une autre catégorie de tueurs en série appelés les "délinquants organisés", dont les traits de caractère s'accordent en grande partie avec ceux du type 3. Même dans ces cas, on peut reconnaître deux tendances précises de forte invalidation des autres ; dans le choix de la victime et dans l'attitude vis-à-vis des autorités enquêtrices. Le choix de la victime (99 % de femmes) est délibéré, comme dans le cas de Chad. L'apparence physique, la profession ou le style de vie peuvent être des choses qui rappellent au tueur une femme importante de son passé, qu'il éprouve le besoin de dévaluer psychologiquement et d'écraser.

Le délinquant organisé cultive soigneusement de bonnes relations avec les autorités, donnant fièrement des renseignements à la police. Derrière cela, il y a la forte envie de se moquer de ceux qui le recherchent et de montrer combien ils sont, non pas supérieurs mais incapables de déchiffrer assez bien les messages pour arrêter le responsable ou pour résoudre les crimes.

Dans des cas moins extrêmes, l'invalidation des autres s'exprime par des traits de langage vantards, en avilissant les autres par des comparaisons négatives ou en ignorant leur valeur et leur mérite. L'alibi de l'incapacité ajoute la conviction subtile qu'il n'y a rien de mal dans la façon qu'a un 3 d'agir, puisque les autres, si seulement ils en avaient la possibilité, agiraient de la même façon. Ceci va directement à l'encontre du précepte talmudique, qui affirme que quiconque humilie une autre personne en public doit être considéré comme l'assassin de cette personne. Pour un 3, une telle déclaration ressemble plus à une expression de faiblesse que de sagesse.

Comme c'est le cas pour de nombreux autres traits découlant de la passion du mensonge, les personnes ou les groupes qui s'engagent régulièrement dans de telles formes d'hostilité, finissent souvent par se retrouver du côté de ceux qui reçoivent, victimes de l'invalidation. Sur le plan historique, on a vu cette dynamique dans de nombreuses guerres et conflits, quand un dirigeant ou ceux qui faisaient pression en faveur de la guerre ont été battus parce qu'ils avaient sous-estimé la force de leurs adversaires.

À suivre… le mois prochain.