Ennéagramme, image et styles vestimentaires
Myriam Hoffmann

"L'être et le paraître", "le corps et l'esprit", "l'enveloppe et le contenu" ; combien de philosophes et de grands penseurs se sont penchés sur ces notions et ont multiplié ces expressions apparemment contradictoires ? L'histoire de l'humanité ne révèle que trop bien à quel point elles sont imbriquées les unes dans les autres. Qui désire offrir une image flatteuse de lui-même et faire une bonne impression, au quotidien ou ponctuellement, doit prendre des décisions intellectuelles, émotionnelles ou sociales — que porter, que dire, comment se tenir ? Son intention implique aussi de devoir se positionner face à des sensations psychologiques : confiance en soi, affirmation, réserve, timidité, reconnaissance, etc.

En touchant à ces aspects profonds et intimes de notre personne, nous ne pouvons que nous rendre à l'évidence que l'image n'est peut-être pas aussi futile qu'il y paraît au premier abord… Tant et si bien que l'on finit par en déduire que l'apparence est à la base de tout lien social, et réciproquement. Depuis la nuit des temps, l'homme est animé par des aspirations aussi constantes qu'antinomiques : créer l'illusion pour embellir le réel, affirmer la vérité de l'être à travers le support charnel. Embellir son corps, affiner son image est aujourd'hui à la portée de tous. Il est important d'essayer de relier ce rapport narcissique, frivole et pourtant essentiel que nous entretenons avec le vêtement à nos motivations inconscientes plus profondes. Cette seconde peau n'est-elle pas davantage en réalité, une première peau ?

Le style vestimentaire

Notre personnalité a une influence certaine sur tous les choix que nous effectuons en matière de vêtements et d'image. Notre style vestimentaire, apparaît tel un prolongement de notre personne et une incarnation de notre identité. À côté des angles pratiques et esthétiques de la couleur et des formes du vêtement, le style représente la part non tangible du vêtement. De par son côté impalpable relevant presque du psychologique, le style dévoile notre attitude vis-à-vis de notre image, il agit en révélateur de notre tempérament et de notre mode de vie. Il parle, à découvert ou à notre insu, un langage relevant de la communication non verbale. Quel message avons-nous envie de transmettre au monde extérieur ? En quel langage souhaitons nous exprimer ? Qu'avons-nous envie de révéler de nous-mêmes ? Que trahissent nos goûts ? Notre personnalité est aussi unique qu'une empreinte digitale. Elle s'exprime à travers nos choix de couleurs, de coupe et de style vestimentaires, de tissus, d'accessoires, de maquillage ou de coupe de cheveux. Il n'existe pas deux personnes ayant les mêmes attentes de leurs vêtements et de leur image. Précisément, le vêtement devrait refléter nos besoins, à quelque niveau que se trouvent ces besoins. Le style est ainsi censé fusionner notre image et notre personne.

Nos choix vestimentaires, qu'ils paraissent anodins, fortuits ou sciemment calculés sont fondamentalement déterminés par une multitude de facteurs plus ou moins importants et plus ou moins conscients :

Les centres

  • Le centre instinctif en réponse à notre survie, à notre bien-être physique, à notre sensualité ou à notre action créative — il s'agit du vêtement au service de l'action.
  • Le centre émotionnel en réponse à nos besoins, à nos désirs et à nos émotions, ainsi que ceux des autres — le vêtement au cœur des émotions.
  • Le centre mental en réponse à nos raisonnements et analyses logiques des situations, à notre imagination créatrice ou à notre sens de la planification — le vêtement se retrouve comme choix de pensée.

Les ennéatypes

L'ennéagramme met le doigt sur nos motivations inconscientes, sources des automatismes à la base de notre personnalité apparente. Comment ne pas penser que notre image et par-delà, nos choix vestimentaires ne sont pas liés à la fierté, à la peur, au désir, à la croyance de base, à l'orientation, à la compulsion et au mécanisme de défense de notre type — quel que soit notre niveau d'intégration ou de désintégration ?

Les sous-types

Lieu de notre énergie, de notre contrôle et de notre pouvoir, le centre instinctif est ainsi destiné à préserver notre être : il assure notre sécurité et notre survie à partir des trois instincts fondamentaux. Notre image et nos vêtements sont dès lors l'expression révélatrice de nos relations, de nos attitudes et de nos peurs : celles de ne pas survivre, de ne pas appartenir ou bien encore de ne pas être désirable.

Comparaison des types de l'ennéagramme et des styles vestimentaires Première Impression®

Nous pouvons définir huit styles, huit attitudes, huit atmosphères reflétant chacun des individus et des personnalités différents. Chacune de ces ambiances est rattachée à un état d'esprit spécifique. Comme dans l'univers de l'ennéagramme, rien n'est figé, nous passons constamment de l'une à l'autre en fonction du stress, des émotions, des événements rencontrés. Toutefois, même si les situations de la vie nous poussent parfois — parfois même pour longtemps, dans l'une ou l'autre des directions, notre véritable personne finit toujours par refaire surface. Autrement dit, il reste toujours une direction fondamentale et quasiment immuable qui nous fait davantage appartenir à tel ou tel style.

Je vous propose de découvrir un exemple de comparaison entre ennéatype et style vestimentaire, à partir du 1, associé au style Classique.

Style Classique

L'énumération d'adjectifs dans l'encadré correspond à un descriptif de la personnalité sous-jacente à chaque style, propre au concept pédagogique Première Impression®. Ces descriptions correspondent à des tendances générales, des grandes lignes donnant un penchant global à la personnalité. Ils ne sont pas une liste exhaustive et limitative du caractère de la personne. Les adjectifs ci-après sont classés par ordre alphabétique et non d'importance.

Style Classique – institution, retenue, ordre

Tempérament : conformiste, consciencieux, conservateur, constant, contenu, conventionnel, discipliné, digne, distant, droit, effacé, éthique, exemplaire, fiable, formel, honnête, industrieux, introverti, méfiant, méticuleux, modéré, ordonné, organisé, perfectionniste, pointilleux, poli, puritain, raisonnable, rangé, réfléchi, réservé, respectueux, responsable, rigoureux, sérieux, stoïque, suspicieux

Elle n'est pas une personne : exubérante, flamboyante, dissolue

"Une image réservée et conservatrice vient se greffer sur une personnalité particulièrement posée et confiante. Le sens de l'organisation est exemplaire ; la personne de style classique semble toujours avoir le contrôle d'elle-même, comme de n'importe quelle situation. Elle n'hésite pas à s'engager fermement dans tous ses projets, de manière à ne pas manquer à ses exigences, qu'elle a en général grandes. Elle va au fond des choses, car elle a besoin de bien les comprendre et les cerner."

Valeurs sous-jacentes : sécurité, confiance, discipline

Style vestimentaire élégant, discret, coordonné, classique, intemporel, mesuré, anglais

"Son élégance, tout en demeurant discrète, semble innée et réside dans la qualité plutôt que dans la quantité. Elle préfère la simplicité intemporelle aux modes éphémères. Elle est attirée par tout ce qui est (co)ordonné, soigné, formel, si bien que s'habiller pour des circonstances décontractées et pour les loisirs peut parfois constituer un véritable défi. De plus, elle a besoin de se savoir impeccable et dans une tenue appropriée à la circonstance, au risque de se sentir terriblement empruntée et mal à l'aise. Un style rangé, sobre, B.C.B.G. lui permet d'avoir cette image "classe", digne et indémodable qui lui sied comme un gant. D'ailleurs, un rien ne l'habille et, sur ses épaules, toute pièce semble sortie d'un atelier de couture alors qu'elle paraîtrait ennuyeuse et bon marché sur quelqu'un d'autre."

La croyance de base du 1 qu'il y a quelque chose d'incorrect en lui, ainsi que sa fierté en grande partie basée sur la droiture lui infligent un sens aigu de la conformité – conformité à son orientation et respect de ses valeurs que sont ses idéaux élevés et une rigueur personnelle.

Comment quelqu'un qui a pour préoccupation majeure d'être quelqu'un de bien, ne le serait-il pas en projetant une image soignée, rangée, élégante et discrète comme l'est celle du style classique ? L'image consciencieuse, disciplinée, digne, exemplaire et responsable qui se dégage de ce style conforte le 1 dans son orientation. Le fait de se savoir dans une tenue impeccable et adaptée à la circonstance apaise ses peurs de base qui sont d'être mauvais, immoral ou corrompu. De même que le 1 a du mal à se laisser aller, le classique se sent désemparé dans les moments où l'on délaisse en général ses tenues formelles de journées de travail pour afficher une image plus souple et décontractée : le week-end par exemple. Ainsi, est-il rare de trouver des jeans dans sa garde-robe.

Son mécanisme de défense, la formation réactionnelle peut alors transparaître sous l'angle de la retenue et de la mesure de son image – la façade du sourire au lieu de la colère par exemple.

De même que le 1 fonctionne à deux vitesses au niveau instinctif, une personne classique prend d'abord tout le temps nécessaire avant de se lancer dans ses achats, en comparant le rapport qualité/prix, en inspectant la qualité et toutes les meilleures options possible. Une fois certaine de ses choix, elle n'hésite pas à investir dans de la très bonne qualité dont elle saura tirer le meilleur parti, y compris à long terme. Sa garde-robe se compose essentiellement de tons neutres et de quelques couleurs claires portées en camaïeux, car d'une part, les tons vifs et les imprimés audacieux lui semblent quelque peu déplacés et d'autre part, les tons neutres présentent l'avantage d'être interchangeables et faciles à coordonner. Prévus pour durer dans le temps, ses tissus sont de grande qualité.

Le 1 éprouve de la difficulté à gérer ses émotions ; la personne de style classique, dans son sérieux et sa circonspection n'est pas non plus du genre à s'esclaffer ou à éclater en sanglot en public. Tous deux considèrent les grosses émotions comme peu convenables, si bien qu'ils trouvent plus approprié de les exprimer dans l'isolement, loin des regards. Leurs émotions sont là, mais réprimées.

Qu'il soit de sous-type conservation (anxieux de ses moindres faux pas), social (inadapté à la vie sociale) ou sexuel (jaloux des plus "parfaits" que lui), l'aspect intemporel du style classique est à même de répondre à ses préoccupations de par le fait que ce dernier satisfait le plus grand nombre. L'essence même du style classique est en effet de ne pas se démoder, donc de ne pas se mettre en marge et de rester dans le droit chemin de la rigueur pour ne pas faillir aux normes. Il colle au plus près de ce qui est convenable et de la "perfection B.C.B.G.".

L'impression d'autorité du 1 se retrouve dans sa gestuelle : son écoute apparemment superficielle donne un sentiment de supériorité, comme si rien ne pouvait l'atteindre — lui, ou ses sentiments. Son regard est perçant. Ses gestes et sa voix sont mesurés dans le rythme et le volume.

La façade du style classique peut par ailleurs être perçue comme froide et distante — faut-il incriminer le fait que le 1 a pour filtre intuitif de percevoir ce qui ne va pas dans une situation et qu'il ne manque pas de vous faire ressentir tout ce qu'il perçoit comme le plus petit manquement ? — à percevoir selon lui, comme une marque d'attention ! Quant à son côté suspicieux, il ne peut s'expliquer autrement que par sa difficulté à accorder sa confiance…

Tout comme le 1 en désintégration dévoile une personnalité intolérante et obstinée, le risque d'excès du style classique se situe dans l'enfermement d'une image outrageusement retenue, terne et figée absente de décontraction. De par leur tempérament strict et leur allure conservatrice et conventionnelle, ces deux modèles méritent d'apprendre à penser de manière plus nuancée vis-à-vis d'eux-mêmes comme des personnes affichant une image différente de la leur.

L'intégration leur apporte en revanche une détente propice à une plus grande ouverture envers les nouveautés. Tout comme le 1 découvre la patience du côté des émotions et la perfection du côté mental, le classique apprend à témoigner d'une plus grande flexibilité et indulgence, sans que son élégance et son minimalisme soient affectés.

Associations entre les autres ennéatypes et les autres styles

  • Le style "Romantique" du 2 : sophistiqué, suggestif et glamour
    Comment ne pas associer la croyance de base du 2 d'être sans valeur ou son désir de base d'être aimé, à la volonté de séduction et de flamboiement du romantique qui en fait beaucoup, voire trop pour attirer les regards ? Le 2 est un séducteur, il cherche à plaire ; l'image glamour, sensuelle et éblouissante du romantique répond à ces besoins.

Style Romantique

  • Le style "Parisien" du 3 : distingué, formel, opulent
    Méconnaissant ses émotions profondes et par conséquent ses besoins, le 3 préfère manifester l'émotion du moment ou celle appropriée à la situation ou à la relation. Il en est de même du fonctionnement du parisien qui se choisit une image (de marque) en réponse à son manque d'identité et d'affirmation de soi — en arborant du Dior ou du Chanel, les autres pourront en déduire la réussite (sa fierté), et tout ce que cela sous-entend : son statut professionnel, social ou en tout cas financier. Son besoin de reconnaissance sociale en est ainsi flatté.

Style Parisien

  • Le style "Artiste" du 4 : rebelle, fantasque, expressif
    Préférant le centre émotionnel, le 4 attache une grande importance à son image. Guidé par sa fierté d'être différent, sa peur de base d'être dépourvu d'identité ou son désir d'être lui-même, le 4 trouve dans le style artiste tous les moyens d'assouvir son besoin d'originalité et d'expressivité.

Style Artiste

  • Le refus de tout style du 5
    La distance, l'isolation et le détachement propres au 5 sont naturellement propices à susciter de la méfiance vis-à-vis de cet outil de communication qu'est le vêtement ? Parlant à son insu, n'est-il pas alors susceptible de trop révéler son être ou de trahir ses émotions — qui l'apeurent et/ou qu'il refoule. Par ailleurs, la superficialité et la futilité de la mode et le "look" sont peu susceptibles de satisfaire la soif de connaissances et la supériorité du 5.
  • Le style "Naturel" du 6 : sobre, passe-partout, fonctionnel.
    Partie intégrante du triangle, le 6 réprime également son centre mental et a ainsi tendance à la confusion et à une certaine dépendance envers les autres. Le 6 réconcilie ces deux tendances et son besoin de sécurité instigué par sa peur en cherchant à s'intégrer dans un groupe stable et bien structuré. Une image aussi passe-partout, facile et digne de confiance que celle du Naturel est promise de lui assurer l'ouverture de bien des portes. Une fois son clan identifié et sa loyauté établie, sa compulsion vise à éviter la défiance. L'authenticité du style Naturel, au plus près de l'essence du vêtement dans son rôle purement fonctionnel lui permet d'être fondamentalement lui-même, à l'écart de tout artifice et de toute empreinte subjective. L'aspect éphémère et mouvant de la mode tend également à dérouter et à déstabiliser le 6.

Style Naturel

  • Le style "Gamin" du 7 : jeune, frais, humoristique
    Comme la personne de style gamin, généralement gaie, voire radieuse, le 7 ne peut s'empêcher de séduire et de jouer. De même que le gamin se caractérise par son côté charmeur, espiègle et enthousiaste, le 7 apporte au monde sa joie et son optimisme. Tous deux affichent un amour de la vie où ni inhibitions ni interdictions ne semblent trouver leur place. Grâce à leur spontanéité craquante, ils ont l'art d'exprimer librement, voire naïvement, tout ce qui leur passe par la tête. Tous deux ont l'art de communiquer cette félicité à leur entourage.

Style Gamin

  • Le style "Dramatique" du 8 : strict, imposant, structuré
    La fierté du 8 d'être fort et juste transparaît dans un style strict et imposant offrant la particularité d'être remarquable, voire saisissant. Comment le 8, qui a pour croyance de base qu'il est impuissant ne saurait-il opter pour une image lui permettant tout à la fois de camoufler sa peur d'être utilisé et de manifester son orientation que sont la puissance et le courage ? Persuadé que les autres sont une menace et que la vie est une lutte en faveur de la justice, sa vêture prend les traits d'un uniforme rigide de combat : la sobriété de l'affirmation, l'audace de la transgression, la dureté de l'agressivité.

Style Dramatique

  • Le style "Actuel" du 9 : fluide, neutre, confortable
    Le 9 est régi par le centre instinctif. Son positionnement dans le triangle le fait préférer et réprimer ses instincts. Alors que sa grande énergie demande des tenues vestimentaires dotées d'ampleur pour faciliter l'action et le mouvement, sa passivité s'accommode de lignes au caractère coulant, fluide ou mou.

Style Actuel

Mise en relation des centres, des sous-types, des styles et des registres vestimentaires

L'ennéagramme utilise le concept des trois centres, par lequel l'ego de l'être humain possède trois moyens fondamentaux de s'exprimer.

Prenons comme principale illustration, le sous-type sexuel pour mettre en image le "look" des divers types du symbole.

Sous-type sexuel : la peur de ne pas être désirable

Alors que l'être humain se voit bien souvent tiraillé entre son conformisme au groupe (sous-type social) et son besoin d'individualisme, ce second mouvement prend toute son ampleur au niveau du sous-type sexuel. L'individualisme nous plonge dans le désir de nous constituer un "look" personnalisé : vêtements, coloris, matériaux, associations, maquillage, coiffure, tatouages, etc. bref un style et une esthétique individuels qui soulignent notre spécificité, notre unicité et notre originalité.

J'aime bien l'expression qu'avait utilisée Achille, l'un de mes clients lorsque je lui avais demandé pourquoi il était venu me consulter : "Je souhaite maîtriser mon image afin qu'elle soit un moyen de convaincre et non pas de vaincre." avait-il répondu. Voilà qui en dit long. Même si le terme "vente" s'assimile naturellement en premier lieu au monde commercial, c'est délibérément que je souhaite élargir cette notion pour y inclure celle de la séduction. Toutes deux ont divers dénominateurs communs : la mise en relation de deux êtres humains, l'audace, la confiance en soi, la "désirabilité".

Ce que l'on essaie de dévoiler et d'imposer à l'autre, ce n'est pas ce que l'on est. C'est une image valorisée de soi. Par opposition à la beauté qui est une qualité plastique figée, la séduction est un comportement et une manière d'être à la vie : passion, sensualité, humour, authenticité, charme, charisme. Qu'est ce que la vente, si ce n'est la victoire de notre pouvoir de séduction sur notre interlocuteur ? Comment parler de vente sans parler de carte de visite, celle en papier cartonné et celle faite de tissu ? Comment parler de séduction sans parler du vêtement ? Le vêtement occupe une fonction relationnelle trop fondamentale pour ne pas remplir un rôle dans ce processus. Personne ne peut parler de vêtement sans parler de soi-même, de son corps et souvent… de ses rêves ! La séduction ne peut pas ne pas passer par le vêtement qui alimente alors le désir et l'estime de soi. La représentation du séducteur en arrive même à faire cliché puisqu'il est irrémédiablement présenté comme une personne élégante et bien habillée.

Le simple fait, pour toute personne de sous-type sexuel, de se poser la question "Suis-je attirant ?" place l'image au cœur de ses préoccupations. Il y a de fortes chances que les critères de confort (sous-type conservation) ou d'intégration (sous-type social) n'aient plus cours et laissent place à ceux du charme, de la beauté et de la séduction. Sans pour autant dénigrer totalement la mode, le sous-type sexuel sait l'utiliser à bon escient, non pas en se mettant au service de la mode, mais plutôt en la mettant à son service. Il est acteur de sa propre mode : au lieu d'acheter sans discernement et sans considération pour lui, il achète en se mettant sur un piédestal. Il est au cœur de son image, il en est le pilier, l'épicentre même.

Ainsi, peut-on affiner notre comparaison de base en introduisant des critères communs de séduction, de beauté et de besoin d'attraction chez les types ayant pour sous-type la fonction sexuelle. Selon le facteur de promiscuité (séduction agressive 2, masculin/féminin 3, compétition 4, confidence 5, force/beauté 6, possessivité 8, union 9) ou d'abstinence (jalousie 1, imagination 7), le sous-type sexuel se profile différemment sur l'image de l'individu.

En termes de niveau vestimentaire, on peut ainsi constater que les registres vestimentaires "sport chic " et "occasion spéciale" correspondent à ces mêmes critères d'attraction et de beauté, de part leur aspect de soin et de recherche intrinsèques.

À côté du sous-type sexuel, la fonction conservation correspond à l'intégrité physique et psychologique. Les individus rentrant dans ce sous-type plébiscitent le confort, comme qualité première de leur vêtement. Leurs tenues doivent assurer, par le biais de l'aisance, l'harmonie d'une silhouette naturelle, plaçant ainsi le bien-être, la protection et la commodité en pole position au moment du shopping. À travers une ampleur et un aspect fonctionnel, les vêtements doivent leur laisser toute la liberté de bouger et de vivre sans freins, tout en répondant à des critères de fonctionnalité et de défense contre le monde extérieur. Le sous-type conservation positionnant l'individu entre lui et lui-même, les personnes de ce sous-type sont relativement insensibles au regard extérieur de l'autre. Les pressions de la mode, sociales et mondaines n'affectent donc pas directement leurs choix.

Enfin, le troisième sous-type social. Parce que chaque être humain ressemble à tous les autres et ne ressemble à aucun autre, nous sommes animés par deux mouvements apparemment contradictoires de l'image et de la mode : afficher notre ressemblance pour mieux nous intégrer, ou affirmer notre différence pour nous démarquer. Les personnes de sous-type social sont particulièrement touchées par ce dilemme et sont souvent déchirées entre conformisme et individualisme.

Centre émotionnel et image : le vêtement au cœur des émotions

Le besoin de séduction et la générosité du 2 vont de pair avec le côté glamour, la sophistication et la sensualité du style vestimentaire Romantique — dont les notions raisonnées de bien-être, de commodité et de bienséance font parfois défaut.

Guidé par son besoin de reconnaissance sociale et en recherche d'un statut, le style Parisien correspond à l'usage du centre émotionnel du type 3 : il préfère se rabattre vers une image (de marque) soignée, chic, griffée, opulente et distinguée, sous-tendant sa réussite professionnelle et sociale — mais peu révélatrice de ses goûts vestimentaires réels…

Le centre émotionnel du type 4 est étayé par les divers aspects du style Artiste lui correspondant : expressivité, originalité, marginalité, créativité, sens du beau, authenticité, symbolisme font ainsi de son image, un atout sur mesure pour exprimer l'immense palette de ses émotions, contribuant ainsi à le faire se sentir plus vivant !

Centre instinctif et image : le vêtement au service de l'action 

La pureté et la sobriété du style dramatique facilitent le déploiement de l'énergie et de la puissance du 8, qui n'a besoin de rien d'autre pour s'exprimer. Animé par sa volonté de contrôle et de puissance, lui qui appréhende la vie comme une lutte déploie des tenues se rapprochant le plus de la tenue de combat, conçue pour l'attaque comme pour la défense.

Les particularités du style actuel soutenant la théorie de la comparaison avec le centre instinctif propre au 9 sont multiples : l'ampleur, la neutralité, la fonctionnalité, l'intemporalité, la coordination et la sobriété sont tous des critères propices à favoriser l'action — et son contraire !

Le style classique présente lui aussi un certain nombre de points ayant pour particularité de servir le centre instinctif du type 1 : sobriété, coordination, mesure, retenue, prudence, discipline, dignité font de son image une alliée parfaite lui permettant de se concentrer sur l'action tournée vers lui-même, en vue d'un perfectionnement possible…

Centre mental et image : le vêtement comme choix de la pensée

Les valeurs de savoir et de connaissance du 5 placent ce type au-dessus de toute considération frivole, esthétique et/ou matérielle. L'objectivité et la logique de ses choix se manifestent alors par une indépendance vestimentaire totale, se traduisant souvent par un rejet pur et simple du sujet.

Les aspects de fonctionnalité, de facilité, de simplicité, de neutralité, d'intemporalité et de conformisme propres au style naturel sont des critères vestimentaires convenant au 6 : en écartant toute considération physique et esthétique, ils favorisent la mise en œuvre du mental — en réduisant par ailleurs à néant toute créativité !

Le centre mental du type 7 soutient par bien des aspects le style gamin lui correspondant : imagination, créativité, innovation, vivacité, spontanéité font ainsi de son image, une complice idéale pour charmer son entourage et véhiculer de la sorte, joie et optimisme — sans asservissement nécessaire au conformisme ambiant.

Concluons cet article sur une note spirituelle. Le vêtement se positionne dans le registre du corps physique ; l'image se situe au niveau de l'ego. L'objectif de l'ennéagramme est de percevoir les automatismes de l'ego et y renoncer pour se diriger vers l'essence. La raison d'être du conseil en image est d'accompagner l'individu avec harmonie, dans son mouvement d'intégration vers l'essence.

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Myriam Hoffmann est consultante en image et directrice de l'école de conseil en image Première Impression. Pour plus d'informations, vous pouvez visiter son site à premiere-impression.com ou la contacter : +41 (0)32 724 22 32, e-mail : premiere.impression@worldcom.ch, adresse : Rue des Moulins 21, CH-2000 Neuchâtel.