Essence et Ennéagramme : redécouvrir qui nous sommes
Andrew H. Hahn, Psy.D. avec Joan T. Beckett, M.B.A. (Traduction par Isabelle Goury)

Au cours de l'automne 1994, vingt personnes vinrent étudier l'Ennéagramme avec moi. J'avais demandé à chacune d'entre elles d'apporter quelque chose d'important ou de sacré pour elle. Nous avons utilisé cet objet, cette photographie, ce texte ou cette histoire, comme une porte d'entrée pour découvrir les mystères de l'âme de chaque point de l'Ennéagramme.

Ce fut un partage très riche et profond. Lors de la dixième et dernière séance, j'ai demandé aux membres du groupe s'ils désiraient continuer.

Un des participants, comme on pouvait s'y attendre une femme 3, dit que bien qu'elle eût aimé nos dix séances, elle connaissait maintenant assez bien les histoires de l'Ennéagramme et avait envie d'arrêter. Toutefois, si je pouvais enseigner au groupe à utiliser l'Ennéagramme comme un "outil de transformation spirituelle", elle serait heureuse de revenir pour une autre série de dix séances. Dans un moment de naïveté et d'orgueil démesuré, je répondis : "Bien, revenez dans deux semaines et nous apprendrons ensemble à utiliser l'Ennéagramme comme un outil de transformation spirituelle."

À ce moment-là, je dois reconnaître que je n'avais aucune idée de comment faire cela… Cependant, je me rappelais une phrase énigmatique de mes professeurs : "Le chemin vers l'Essence passe par la Personnalité." Toutefois, malheureusement, je n'arrivais jamais à trouver une réponse satisfaisante à ce que cela signifiait. Mais comme j'avais étudié l'Ennéagramme intensivement pendant quatre ans, ainsi que la Psychologie des Profondeurs, la Conscience et les Mystères, je croyais être capable de trouver quelque chose. Le dimanche, qui précédait le mardi où notre groupe devait se rencontrer, finit par arriver, et bien que je me sois creusé les méninges et que j'aie étudié, rien n'était venu. Je repensais au fait que je savais vraiment bien agir sur le moment, mais dans le cas présent cela ne paraissait pas fonctionner. Tandis que j'étais étendu sur mon divan dans un état semi-onirique, je demandai : "Source, je t'en prie, aide-moi" et je m'enfonçai dans un état un peu plus profond. Dans cet état, quatre idées me vinrent, qui formèrent la base du Processus Essence… Tout d'abord, l'Essence, la conscience unique, réclame la vérité ; si nous pouvions prendre conscience de la peur que nous avons le plus honte d'admettre à notre sujet, et ensuite l'admettre et l'accepter, nous pourrions tout accepter, être toute chose.

Deuxièmement, aucune vérité particulière ne peut être la vérité complète sur qui nous sommes. C'est juste une vérité, pas le tableau en entier. Nous avons donné trop de pouvoir à la peur que nous avons le plus de honte d'admettre ; nous avons cru être cette peur et nous ne pouvons pas nous empêcher de passer notre vie à tenter de la compenser. Une vérité plus profonde serait que nous avons cette peur, mais que ce n'est pas qui nous sommes véritablement.

Si nous avons cette peur et que nous ne sommes pas la peur elle-même, alors nous pouvons en être le spectateur. Le spectateur saurait que la peur n'est qu'une perspective, au sein d'un nombre infini de perspectives possibles dans l'ensemble de la conscience. Le spectateur pourrait extérioriser la peur, en utilisant sa propre conscience ; c'est-à-dire qu'il pourrait utiliser sa conscience pour amener hors du Soi, la peur qu'on a le plus de honte d'admettre, nous permettant d'en faire l'expérience et de l'imaginer là, à l'extérieur. Elle aurait alors autant de pouvoir que la chemise que l'on porte. Donc, si la première étape consiste à devenir conscient, à admettre et accepter la vérité qu'on a le plus de honte d'admettre, la deuxième étape est de dire que nous avons cette peur, avec la honte qui l'accompagne, et que ce n'est pas qui nous sommes véritablement. Nous pourrions utiliser notre conscience pour extérioriser cette peur, de telle sorte qu'elle ne soit simplement qu'une vérité/perspective dans un univers de vérités/perspectives ; ce n'est pas la vérité.

Troisièmement, une fois que nous acceptons la peur que nous avons le plus honte d'admettre, nous pouvons alors tout accepter, nous pouvons tout être. Nous pourrions donc utiliser notre conscience pour nous étendre en avant et en arrière, à droite et à gauche, en haut et en bas et devenir l'Unique, la Conscience Unité. Notre peur la plus profonde pourrait devenir la porte d'entrée vers notre Moi essentiel. D'où une appréciation plus profonde de l'expression, "les 'clés du royaume' résident en nous-même".

Quatrièmement, de cet endroit élargi, nous pourrions dialoguer à nouveau avec notre honte/peur ancienne. Nous pourrions traiter cet aspect de nous-même avec acceptation, honneur et respect. Nous pourrions lui demander : "Quel est ton plus grand espoir pour moi ? Qu'aimerais-tu par-dessus tout, que j'apprenne dans cette vie ? M'aideras-tu sur le chemin ?" Nous pourrions découvrir que l'aspect de nous-même que nous avions le plus honte d'admettre pourrait, en fait, être notre meilleur ami et notre meilleur guide.

Le processus enseigné est donc très simple :

  1. Admettez - Devenez conscient, admettez et acceptez la peur que vous avez le plus honte d'admettre.
  2. Réalisez et Extériorisez - Réalisez que bien que vous ayez honte de cette peur, elle n'est pas qui vous êtes. Utilisez votre conscience pour amener la peur en dehors de vous, pour l'extérioriser. Réalisez que c'est de l'Énergie tout comme vous, et tout comme toute autre chose dans l'univers.
  3. Étendez - Étendez-vous dans les sept directions et soyez la conscience unique qu'en réalité vous êtes déjà.
  4. Réintégrez - Réintégrez l'Énergie que vous considériez auparavant comme la peur que vous aviez le plus honte d'admettre, en la traitant, non pas comme quelque chose que vous haïssez, mais comme un guide auquel vous accordez gratitude, respect et amour.

Le processus a évolué au cours des dix dernières années, tout comme ses applications. Toutefois, la base est demeurée intacte.

Le Processus

I. Prise de conscience

Devenez conscient, admettez et acceptez la peur que vous avez le plus de honte d'admettre. Expérimentez toutes les croyances et les sentiments, ainsi que les sensations concomitantes qui s'élèvent conjointement à ces croyances et à ces sentiments.

1. Croyances – Nos croyances ont tendance à se concentrer sur nos limites et sur les conséquences douloureuses de ces limites. Il peut y avoir plusieurs catégories de croyances :

  1. La première catégorie regroupe les croyances nous concernant. Ce sont nos "Peurs Centrales".
    1. Je suis mauvais. J'ai fait quelque chose de tellement mal.
    2. Je suis sans intérêt, je n'existe pas, à moins que je ne prenne soin de toi.
    3. Je suis un échec ; je ne crée rien, je ne fais rien.
    4. Je suis ordinaire et dans cet état ordinaire, je suis défectueux ; il y a quelque chose de fondamentalement mauvais en moi.
    5. Je suis insuffisant (énergiquement et mentalement).
    6. Je ne suis personne.
    7. Je suis insatisfait.
    8. Je suis incontrôlable, je suis impuissant.
    9. Je suis non-amour et chaos.
  2. La deuxième catégorie regroupe les croyances sur la façon dont nous sommes arrivés à cette situation inacceptable.
  3. La troisième regroupe les croyances sur la Source qui est perçue comme inexistante ou cruelle.
  4. La quatrième regroupe nos croyances négatives sur Gaïa, l'Univers, la vie elle-même.

2. Sentiments – Quatre types de sentiments difficiles ont tendance à s'élever quand nous acceptons la honte associée à nos peurs. Quand nous admettons que notre peur est la vérité, nous ressentons de l'anxiété. Quand nous envisageons la possibilité que les circonstances ne changent jamais, nous nous sentons désespérés. Nous ressentons de la colère à l'encontre de la Source, pour nous avoir mis dans cette situation, et nous ressentons de la frustration à l'idée de n'avoir jamais vraiment eu l'occasion de partager nos dons, parce qu'ils sont filtrés par notre honte. Être incapable de partager nos dons et d'apporter notre contribution, nous empêche de nous relier véritablement à nous-mêmes et de nous sentir à notre place.

3. Sensations – Chacune des croyances qui nous limitent et chacun des sentiments qui nous abattent sont associés à une sensation. Cette sensation est ressentie comme de la gêne, de la douleur, du malaise, de la torpeur… Quand nous autorisons complètement ces sensations, quand nous leur apportons toute notre conscience, et que nous laissons tomber en elles toute notre conscience, elles partagent avec nous des croyances et des états de sensibilité encore plus profonds.

II. Compensations

Nous avons quatre façons d'essayer d'éviter l'anxiété qui accompagne la honte associée à nos peurs les plus profondes.

1. Ce que nous nous racontons – Les choses que nous nous racontons, pour éviter l'anxiété associée à nos peurs, ont une qualité automatique, compulsive et arrogante. Chaque Peur Centrale a une Identité Contrepoids associée :

  1. Je suis bon.
  2. Je suis digne d'estime.
  3. Je suis une réussite.
  4. Je suis spécial.
  5. Je suis indépendant.
  6. Je suis quelqu'un.
  7. Je suis satisfait.
  8. Je suis responsable / je suis puissant.
  9. Je suis amour.

Nous remplaçons une qualité d'être par l'être lui-même. Les 1 dans leur fixation diraient "Je suis bon, donc je suis", plutôt que "Je suis, et une de mes qualités est d'avoir de la bonté (ainsi que de la méchanceté)."

Parce que nous utilisons cette qualité comme un moyen d'éviter l'anxiété qui accompagne la honte associée à notre peur, nous n'avons jamais l'occasion de faire vraiment l'expérience de cette qualité elle-même. Par exemple, les points 3 de l'Ennéagramme ne seront capables de faire l'expérience du succès et de tout ce qui s'ensuit qu'en mesure de leur capacité à faire l'expérience de l'échec et de tout ce qui s'ensuit.

Selon la perspective de l'Essence, la Peur Centrale et l'Identité Contrepoids sont un couple d'opposés, qui quand ils sont réunis, servent la vie (cf. Ragini Michaels : Facticity). Voyons, par exemple, à nouveau le point 3 du point de vue de son développement. Réaliser a certainement des avantages comme la création, l'accomplissement, l'animation. Cependant, cela peut aussi avoir un coût, par exemple l'épuisement, le durcissement du cœur. Être (ne pas réaliser) a un coût, le fait que rien n'arrive, la paresse, l'ennui. Cependant, cela peut aussi avoir des avantages, peut-être un approfondissement du processus créatif, l'adoucissement et l'ouverture du cœur, l'espoir inhérent au fait d'accepter qui on est.

2. Comment nous utilisons les autres – Quand nous essayons de ligoter l'anxiété qui accompagne la honte associée à notre peur, nous ne sommes pas dans une relation moi-toi avec l'autre. Nous sommes dans une relation moi-cela. On peut le faire de deux façons. Premièrement, nous pouvons séduire les autres ou les laisser nous séduire, afin de nous sentir moins anxieux. Nous pouvons arriver à ce qu'ils nous disent que nous sommes bons, dignes d'estime, que nous avons réussi, etc. Deuxièmement, nous pouvons les utiliser par association ; nous pouvons nous associer à eux pour faire la preuve de notre bonté, de notre mérite, de notre réussite, etc.

3. Évitements – Dans cette catégorie, il y a toutes les façons qu'on a de ligoter l'anxiété qui accompagne la honte associée à nos peurs. Il peut y avoir notre façon d'agir, la maladie et les addictions, les compulsions, les histoires que l'on se raconte, etc. Comme toutes les autres compensations, elles essaient de nous être utiles en nous protégeant de l'anxiété, bien qu'elles nous y invitent en même temps.

Pour donner un exemple : je travaillais avec un cadre dynamique et compétent qui, quand il vint me voir, avait déjà été en cure de désintoxication plusieurs fois. Nous découvrîmes que sa déclaration, "Je suis un alcoolique", était surtout une compensation, une histoire qu'il se racontait pour ne pas éprouver l'anxiété qui entourait la honte d'une peur. Je l'invitai à faire l'expérience "Je suis un alcoolique" et à faire attention à ce qu'il ressentait dans son corps. Il ressentit une forte oppression au niveau de la poitrine. Je l'invitai à amener toute sa conscience, à laisser tomber sa conscience dans l'oppression, à l'être, et à laisser cette oppression utiliser sa bouche pour répondre à nos questions. Je demandai : "Profonde oppression au niveau du cœur, comment essaies-tu de servir cet être ?"

Au cours des vingt minutes qui suivirent, l'oppression nous raconta les façons par lesquelles elle essayait de l'aider à réussir, à la fois professionnellement et personnellement, comment elle essayait de l'aider à se détendre, à arriver à en faire plus, à être plus social et malgré tout, elle avait honte parce qu'elle échouait. Elle poussait l'homme à être trop détendu et à tomber ivre mort. Il pouvait abattre plus de travail, mais la qualité de celui-ci était douteuse. Il devint clair que le cadre était un 3 et que l'identité "Je suis un alcoolique" essayait de le protéger de l'échec, tout en l'y invitant. Notre travail avec cette identité d'évitement devint pour ce cadre, la base qui lui permit d'admettre sa peur de l'échec. Dans ce cas particulier, quand il fut capable d'admettre cette peur, de s'en désidentifier et ensuite de réaliser un Soi plus vrai, sa façon de boire redevint normale, et il n'eut pas besoin de retourner en désintoxication.

4. Le mot du sous-type – Le mot de notre sous-type est notre façon la plus automatique de nous assurer que nous n'éprouverons pas l'anxiété associée à la honte d'une peur (en la ligotant). Quoique ceci s'applique aux peurs du sous-type et aux peurs du centre, comme on le verra dans un prochain article, concentrons-nous maintenant sur les peurs de notre ennéatype.

Je suis un 4 sexuel. Le mot de mon sous-type est compétition-haine (une expérience pas spécialement agréable, ni pour moi, ni pour ceux qui m'entourent). Comment le fait de vivre la compétition-haine me permet-il de ne pas éprouver l'anxiété associée à mon point de vue de 4 ? Cela le fait, en extériorisant le problème, de telle façon que je puisse me concentrer à l'extérieur de moi. Chacune des 27 expériences de sous-type fait ce genre de chose.

Supposons que je sois un professeur (ce que je suis) et qu'un autre professeur arrive, que moi-même et d'autres étudiants percevons comme meilleur que je ne le suis, et qu'ils soient tous attirés vers lui. Si je rivalise avec lui et que je le hais, je n'ai pas à faire l'expérience de mon propre sentiment intérieur de banalité, avec ses sentiments concomitants de déficience et d'erreur.

III. Transformation

Une fois que nous avons pleinement accepté toutes les peurs et les compensations et que nous les avons éprouvées dans notre corps, nous pouvons les transformer, soit en les extériorisant avec notre conscience, en nous étendant jusqu'à devenir le tout, soit en canalisant ce qui représente toute chose, typiquement sous forme de lumière à l'intérieur de notre corps, en particulier là où nous avons ressenti l'énergie dense que nous associons à la peur. Cette étape consiste vraiment à dire : j'ai un problème et cela n'est pas qui je suis.

IV. Réintégration des peurs et des compensations

Nous pouvons réintégrer l'Énergie que nous considérions comme la peur la plus honteuse à admettre, en la traitant non pas comme un paria haï, mais comme un guide qui mérite gratitude, respect et amour. En lui demandant "Quel est ton plus grand espoir pour moi ?", nous nous apercevons que nous ressentons cet espoir tout de suite comme l'espace infini. Nous lui demandons : "Que souhaites-tu que j'apprenne au sujet de l'espoir, du but de cette vie ?" ; et d'après mon expérience, quand on écoute activement et de façon ouverte, les conseils peuvent être extraordinaires. Quand on lui demande"M'aideras-tu ?", invariablement la réponse est oui, et on se sent rempli d'un sentiment de paix, d'espoir et de foi. Parfois l'énergie, qui autrefois était notre peur la plus profonde, se transforme de manière alchimique en un cadeau qui va nous guider pendant notre voyage. À mesure que nous approfondissons ce processus, nous en venons à réaliser une vérité, à savoir que même les aspects de la vie que nous détestons le plus servent la vie, et ceci renforce notre capacité à être la manifestation d'un amour inconditionnel.

Un exemple

Revenons maintenant dix ans en arrière. Le travail sur l'Essence m'était venu un dimanche et, comme par un "heureux hasard", le lundi, j'avais rendez-vous pour voir un nouveau client. Rick, artiste professionnel, me raconta qu'il se sentait très agité et déprimé. Il avait eu une relation pendant de nombreuses années, et son ami avait récemment rompu, s'apercevant du caractère critique de Rick et de son besoin obsessionnel que tout soit toujours juste. Rick se jugeait maintenant d'une façon extrêmement négative, ayant même quelques idées suicidaires, bien qu'il nia très vite envisager de les mettre en application.

Je sentis que j'étais appelé à utiliser le processus qui m'était venu le jour précédent. J'invitai Rick à partager ce qu'il avait le plus honte d'admettre à son sujet. Il me dit qu'il avait honte d'être aussi critique et vertueux, et qu'il pensait au fond être une personne mauvaise.

Je lui demandai ce qu'il ressentait dans son corps au moment où il admettait ce sentiment de méchanceté. Il me dit qu'il avait très mal au cœur. Je l'invitai à porter toute son attention sur ce "très mal au cœur", d'y laisser tomber sa conscience, d'être ce mal au cœur. Puis je m'adressai directement à la sensation : "Sensation de 'très mal au cœur', est-ce qu'il y a quelque chose que tu as encore plus peur d'admettre, outre le fait d'être critique, vertueux et au fond mauvais ?"

Tandis que Rick commençait à pleurer, il dit : "Je suis si mauvais que je devrais être en enfer, sauf qu'il y a d'autres gens en enfer, et que je ne suis même pas digne d'être avec eux." Et il éclata en sanglots, disant : "Rien de ce que je ne ferai jamais ne sera assez bien ; je ne m'en sortirai jamais. Je me hais." Il semblait avoir touché le fond.

J'invitai Rick à prendre conscience que, tandis qu'il semblait y avoir deux "je", celui qui haïssait et celui qui était haï, il y avait aussi autre chose, le spectateur. Celui qui haïssait, celui qui était haï et la méchanceté ne pouvaient pas être tout ce qu'il était ; dans ce cas, il en ferait l'expérience partout dans son corps et il ne pourrait pas en être le témoin.

J'invitai ensuite Rick à admettre que, bien que ce soit des perspectives qu'il avait de lui-même, elles ne pouvaient pas être qui il était véritablement. Comme Rick comprenait cela, je l'invitai à prendre le point de vue du spectateur, et en utilisant sa conscience, à amener à l'extérieur de lui la sensation dense qu'il appelait "le mal au cœur" de façon à pouvoir l'observer.

Quoiqu'il me regarda d'abord d'un air interrogateur, il me fit un léger signe d'assentiment de la tête qui laissait penser qu'il me comprenait, et ensuite il amena la sensation à l'extérieur de lui. Il dit que cela ôtait une couche, qui auparavant paraissait être qui il était, mais qui semblait être maintenant plus un revêtement. Il la décrivit comme un nuage sombre qu'il pouvait imaginer en face de lui.

J'invitai Rick à remarquer que le nuage était dans un espace qui était en face de lui, derrière lui, au-dessus et en dessous de lui, à sa gauche et à sa droite. Cela l'incluait, incluait le nuage, toute chose, toute énergie, tout espace. Je l'invitai à s'étendre dans toutes les directions, à devenir l'espace infini.

Il commença à paraître radieux et paisible. Il dit qu'il ressentait une telle sérénité. Puis son visage prit une expression qui, pour moi ressemblait à de l'émerveillement. Il dit : "Je me suis déjà senti ainsi une fois dans ma vie. Quand je terminais la seule peinture, dont je me sois senti pleinement satisfait, mon unique chef-d'œuvre. Je ne pensais pas que je pourrais à nouveau me sentir ainsi." Et il commença à pleurer, cette fois des larmes de joie.

Nous avons demandé à l'énergie, qui autrefois était sa plus grande peur, quel était son plus grand espoir pour Rick. Elle lui dit que tout ce qu'elle avait jamais voulu faire était de l'amener, à partir de ce lieu de passion, à l'expérience de ce sentiment de création plein de vie. Rick s'aperçut qu'il ressentait cette vitalité et cette passion, en cet instant même. Il paraissait stupéfait et heureux que cette partie de lui-même qu'il avait tellement fui puisse être son amie et son guide le plus profond.

Après cette séance, je continuai à voir Rick pendant plusieurs mois. Il me dit que sa vie avait changé. Bien qu'il puisse se sentir malheureux et névrosé parfois, il se sentait plus détaché. Il pouvait choisir, à chaque fois qu'il y pensait, de revenir à l'état d'être qu'il avait redécouvert pendant la séance, même si les sentiments pouvaient ne pas être aussi vifs. Il me dit que tout le monde avait remarqué un changement en lui, même son précédent petit ami. Il dit que bien que cela sembla subtil, il se sentait vraiment plus léger.

Conclusion

J'ai maintenant fait ce Processus Essence avec des centaines de personnes, individuellement et en groupe. Bien que tout le monde n'ait pas eu une expérience aussi immédiate et aussi durablement puissante que celle de Rick, pratiquement tout le monde en a retiré des bienfaits : un sens approfondi de qui on est et une diminution simultanée de l'attachement. Beaucoup de clients et de participants aux ateliers font ce Processus Essence comme une pratique psycho-spirituelle continuelle, allant vers, et se désidentifiant, de niveaux de plus en plus profonds de peur. Je sais que pour moi, cela a été un chemin pour m'ouvrir à une acceptation plus profonde et pour être une personne plus inconditionnellement aimante.

Merci de vous être joint à nous sur cette partie du voyage. Dans la prochaine partie, nous explorerons certaines des idées qui sont derrière le travail de l'Essence. Nous l'appliquerons aux centres et aux peurs associées à nos modes fondamentaux de perception, aux sous-types et aux peurs associées à nos pulsions instinctives les plus profondes et finalement, à l'anxiété la plus profonde de toutes, l'anxiété existentielle de la non-existence elle-même.

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Je souhaite manifester ma profonde gratitude à ma collègue Joan Beckett, pour sa contribution à cet article ; sa compréhension en a clarifié l'écriture et la structure, et par conséquent en a fait un document bien meilleur.

Vos commentaires et vos réactions seront les bienvenus : info@GuidedSelfHealing.org – Lexingon, MA 781-274-6633