Neuf peintres, neuf types : E8 – Pablo Picasso
Valérie Lebouteiller

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Centre préféré

Les demoiselles d'Avignon, par Pablo PicassoPablo Picasso est un leader, colérique, impulsif et puissant. La colère, problématique de l'intelligence de l'action, est au cœur de son mode de fonctionnement, impactant de manière directe et frontale le monde extérieur, utilisant son expérience du passé pour agir dans le présent. Sa peinture exprime souvent cette colère face aux injustices. Il peint dans l'action, c'est elle qui guide l'avancement de ses tableaux. "Il en commençait un et finissait par un autre", nous rapporte Françoise Gilot dans le documentaire de Philippe Kohly, Matisse Picasso. Elle y explique encore que "la peinture de Picasso est expressionniste, en ce sens qu'elle nous met en garde : la vie n'est pas une plaisanterie, le monde est dangereux, c'est nous mettre en présence de la mort", seule et unique angoisse de Picasso, expression de survie du centre instinctif.

Pierre Daix y affirme aussi : "Picasso se fiche de la considération, il se considère comme un ouvrier, donc il va mettre des bleus d'ouvrier. En impulsif, il se collecte avec sa peinture, s'immerge complètement, il conduit les choses jusqu'au bout, jusqu'à la rupture."

"Picasso a offert au siècle les portraits de femmes les plus extraordinaires, passant et repassant du classicisme le plus absolu à la destruction la plus polémique n'écoutant que son instinct et son amour", commente encore son petit-fils, Olivier Widmaier Picasso, dans sa biographie Picasso, Portraits de famille.

Orientation

Ce qui frappe immédiatement dans la personnalité et la peinture de Picasso, c'est sa force, sa puissance, orientation du 8. Les qualificatifs et expressions qui le décrivent encore et toujours sont "impétueux, volcanique, enfant prodige qui n'a jamais rencontré de rival, massif, puissant, regard pénétrant, mots directs et percutants, séducteur et implacable, meneur et dompteur, capable du meilleur comme du pire."

Il recherche la domination et le pouvoir, notamment dans ses rapports aux femmes, comme le précise Olivier Widmaier Picasso : "Mon grand-père est un Roi-Soleil, un astre dominateur dont les femmes sont des planètes satellites tournant complaisamment sur elles-mêmes, s'approchant de l'étoile, s'écartant parfois, quand il ne décide pas de les envoyer s'étendre au fond de la galaxie." "Picasso est un artiste touche-à-tout, joueur, éternel gagnant, séducteur, volage, infidèle, amant polygame connu partout, il tient dans ses mains : amour, sexe, célébrité, argent, pouvoir et le don de l'artiste."

On connaît les mots tranchants de Picasso, à qui un officier Allemand demandait en visitant son atelier à Paris pendant l'occupation en observant Guernica : "C'est vous qui avez fait ça ?" Et le peintre de répondre sans l'ombre d'une hésitation : "Non, c'est vous !"

Il aime la provocation, la confrontation, comme un 8. En juin 1940, il choisit de rester à Paris, enfermé dans son atelier pendant toute l'Occupation. Pourtant, pour les nazis, il est un métèque, fleuron de l'art dégénéré. C'est sa manière de faire acte de résistance et d'exprimer probablement encore la puissance et le courage du 8.

Compulsion

Il teste en permanence la réalité de l'affection de ses compagnes, demandant des "preuves effectives et affectives", raconte Olivier Widmaier Picasso. Cette manifestation de la stratégie d'évitement de la faiblesse du 8 montre à quel point Picasso veut se montrer fort, même en amour, redoutant en permanence la trahison.

Il ne s'encombre pas de règles que ce soit celle du mariage, de la fidélité ou d'autres encore. Picasso s'en est fait un jeu ! Malgré son envie pressante de transgresser les règles, Picasso n'est jamais un amoureux démonstratif, une manière d'exprimer sa compulsion.

Mécanisme de défense

Le cœur de Pablo Picasso est brisé dès son plus jeune âge. Sa petite sœur Conchita est emportée par la maladie. Angeles Mendez Gil, son premier amour d'adolescent de 15 ans, lui est enlevé par un déménagement imprévu. Enfin, Eva, son grand amour lui est arraché par le cancer ! Ses expériences douloureuses renforcent le déni, mécanisme de défense du 8.

Picasso entretient rageusement toute sa vie sa répulsion pour la maladie, la souffrance et la mort, éléments incontrôlables donc à nier !

Passion

La femme-fleur, par Pablo PicassoLe parcours amoureux de Pablo Picasso est symptomatique de l'excès, passion du 8, autant en quantité qu'en intensité. "Initié à l'âge de quinze ans par Manuel Pallarès à la sensualité la plus crue, dont subsistera sa fascination pour l'amour physique, symbole de vie, de jeunesse dont son œuvre érotique retrace toute l'énergie et la fréquence" rappelle Olivier Widmaier.

Se sont succédées, Germaine, piquée à son camarade Casagemas, Jeanne, Blanche, Madeleine, Alice Princet, future épouse de Derain, Fernande, Eva "le grand amour de sa vie" qui décède d'un cancer à l'âge de 30 ans, Olga Khokhlova, Marie-Thérèse Walter, Dora Maar, Françoise Gilot et Jacqueline Roque, sa dernière compagne. "Picasso a aimé comme un fou, cherchant furieusement celle qui nourrirait son art, sa vie, son rêve d'éternité. À chaque nouvelle compagne, il faisait vivre un parcours initiatique, une épreuve affective et artistique pour la séduire, la rassurer, la contraindre, en tirer une source d'inspiration et de création qu'il épuisait avant de l'abandonner, inéluctablement recommençant le même jeu avec une autre… et une autre…" relate Olivier Widmaier

Vertu

Malgré les apparences, Pablo Picasso démontre, à de nombreuses occasions, son attachement pour la simplicité, la vertu du 8. À la suite d'une scarlatine, il se rend au village de Horta de Ebro de Sant Joan pour s'y reposer. Il y découvre une population empreinte de sacrifice et de solidarité, et fait sienne cette simplicité de bonheur de vie des habitants de ce village, malgré et le succès et la fortune qui arrivent tard.

De même, il n'oubliera jamais les années de vaches maigres de sa vie au bateau-lavoir : "Il demeura un homme simple et économe, il regretta souvent sa vie de bohème" détaille encore Olivier Widmaier.

Lors de sa rencontre avec Matisse, ce dernier lui demande de choisir un tableau comme cadeau. Son choix se porte sur le portrait de Marguerite, la fille de Matisse. Il le conserve toute sa vie par égard pour Matisse dont il admire la simplicité et l'innocence dans cette réalisation.

Picasso dit un jour "Je peins comme d'autres écrivent leur autobiographie, mes toiles sont les pages de mon journal", preuve de sa simplicité.

Fixation

La vengeance, fixation du 8, est souvent synonyme de notion de justice. Lorsque Picasso conquiert Germaine, qui est déjà la compagne de son camarade Manolo Casagemas, il communique la nouvelle dans une bande dessinée envoyée à Miquel Utrillo, où il se dessine au lit avec Germaine, illustrant la jalousie de Manolo, et la colère d'Odette, amie jalouse de Germaine. Picasso a le fruit de ses désirs, mais comme il a dû attendre, il s'est tout simplement vengé !

Plus tard, persuadé d'avoir été trahi par Fernande qui a posé nue pour Kees Van Dongen, un jeune peintre hollandais, il rompt avec elle, fou de jalousie. Trois mois plus tard, ils reprennent leur vie commune…

Après avoir épousé Olga, Picasso s'ennuie dans sa nouvelle vie mondaine. Olga fixe des règles de bienséance que Picasso adore transgresser. Il initie également son fils Paulo à la désobéissance, provocation et vengeance encore.

Alors que son couple part à la dérive, il rencontre Marie-Thérèse. Les visages d'Olga se dessinent alors, dans ses tableaux, sous les traits d'une monstrueuse mégère. Il parodie les odalisques de Matisse par pure provocation avec le Grand Nu au fauteuil rouge de 1929. Olga y est représentée dans une pose suggestive, une mâchoire aux dents aiguisées, une hystérique qui hurle et qu'il ne supporte plus.

En 1946, alors que sa compagne Françoise Gilot refuse encore de venir vivre à Paris alors que Picasso l'exige, elle raconte dans son livre Vivre avec Picasso : "Il prit la cigarette qu'il était en train de fumer, l'appliqua sur ma joue droite et la laissa là. Il devait s'attendre à ce que je l'éloigne, mais j'étais décidée à ne pas lui donner cette satisfaction. Après un temps qui me sembla long, il l'ôta. 'Non, dit-il, ce n'est pas une très bonne idée. Je pourrais encore vouloir vous regarder.'" Ce témoignage montre que Picasso peut agir avec une grande violence. Sous l'emprise de la contrariété, il se venge.

Dans ses relations avec les marchands d'art, Picasso est un talentueux négociateur. Profitant de sa cote ascendante, il fixe ses prix, ses conditions et les met toujours en concurrence de manière assez provocatrice : il les convoque à intervalle régulier afin de les faire se croiser et soupçonner d'avoir été trahis. C'est une belle manière de prendre sa revanche sur ceux qui dominent le marché de l'art.

Idée supérieure

Grand nu au fauteuilrouge, par Pablo PicassoPicasso fait preuve d'une grande altérité, idée supérieure du 8, pour ceux qu'il aime et veut aider ! Il prend soin de tous les membres de sa famille, même dans les moments de querelles. "Pablo estimait qu'il fallait toujours aider en visant l'épanouissement de l'autre et non pas par pitié passagère" explique Olivier Widmaier. Jean Leymarie, historien d'art, en témoigne aussi, en relatant que Picasso lui propose plusieurs fois de l'aider financièrement. Pablo Picasso fait spontanément cadeau d'un nouveau Rolleiflex à André Villers, photographe qui avait cassé son appareil. La générosité de Picasso sert également les causes "justes", le Comité d'aide à l'Espagne pendant la guerre civile, la Résistance… mais il ne veut pas que ça se sache. En 1960, il déclare dans une interview télévisée que l'essentiel est d'aimer et que s'il n'y avait plus personne à aimer, il aurait aimé n'importe quoi, même un bouton de porte.

Cette altérité, on la retrouve dans toute son œuvre, les autres ont nourri sa créativité malgré les faux-semblants de sa provocation.

Enfin, Picasso ne se rend pas à l'enterrement de Matisse, disparu en 1954. Il est très affecté par son absence, mais ne l'exprimera jamais, sauf dans L'atelier à la Californie peint en 1955, son hommage à Matisse : une vue de l'intérieur vers l'extérieur avec des palmiers, symbolisant l'ami tant regretté avec lequel il ne pourra plus jamais dialoguer.

Lorsqu'il peint son Temple de la Guerre et de la Paix en réponse à Matisse pour la Chapelle de Vence, il déclare : "Je voudrais que les visiteurs aient des bougies à la main, se promènent le long des murs comme dans les grottes préhistoriques. La peinture n'est pas faite pour décorer les appartements, c'est un instrument de guerre offensif et défensif contre l'ennemi." Pour expliquer sa peinture, il affirme : "Le spectateur doit être arraché de sa torpeur, secoué, pris à la gorge, qu'il prenne conscience du monde dans lequel il vit, et pour cela il faut d'abord l'en sortir."

Hiérarchie des centres

Son dialogue et sa confrontation artistique avec Matisse indiquent que Picasso a pour intelligence de support, la pensée. En tant que 8 α, il est un fin stratège malgré la prépondérance de l'action.

Son intelligence émotionnelle est abîmée dès sa naissance. Picasso est né inanimé. Après quelques minutes de tentative de réanimation, son petit corps est revenu à la vie "dans un rugissement de colère". Le décès de sa petite sœur Conchita, son amour d'adolescent enlevé par ses parents et enfin Eva, que le cancer lui a arrachée, ont parachevé sa répression de ses émotions. Picasso avait juré d'arrêter de peindre si sa petite sœur guérissait. Les émotions symbolisent la faiblesse et la vulnérabilité !

Sous-type

Picasso est un incorrigible Don Juan, empreint d'une jalousie possessive, de sous type sexuel : Possessivité. Il enferme Fernande dans son atelier pendant des mois, il montre sa jalousie maladive à Marie-Thérèse, et veut cacher Françoise Gilot dans un petit appartement au-dessus de son atelier de la rue des Grands Augustins. Il veut les garder pour lui tout seul ! Il a un pouvoir de séduction immense sur les femmes, et pourtant son physique ne fait pas de lui un Apollon.

Pablo est un artiste de génie. Il qualifie sa création de "travail", son art subversif force la réflexion, mais, paradoxalement, son œuvre ne cesse de se nourrir de l'existence des autres.

Quelques-unes de ses phrases célèbres

"Faire un tableau, c'est engager une action dramatique au cours de laquelle la réalité se trouve déchirée."

"Chez moi, un tableau est une somme de destructions."

"Au fond, le cubisme était une épouvantable affaire matérialiste, un matérialisme de bas étage."

"Je suis une femme, tout artiste est une femme."

"Dieu est un artiste comme les autres."

"Moi, j'ai le dessin et je cherche la couleur. Vous avez la couleur et vous cherchez le dessin." (parlant à Matisse.)

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Les citations et écrits  Pablo Picasso sont issus de la biographie de Olivier Widmaier Picasso, Picasso, Portrait de famille.

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