Les 4 en psychothérapie
Carolyn Bartlett (Traduction par Jannik Hagen)

Présentation en thérapie

  • Les 4 peuvent se présenter comme des marginaux.
  • Ils peuvent être de mauvaise humeur, introspectifs ou discrètement réservés, ou au contraire cultiver un style artistique dramatique.
  • Ils peuvent demander de l'aide pour une dépression et un chagrin irrésolus.
  • Ils peuvent avoir une faible estime d'eux-mêmes et avoir le sentiment d'être imparfaits.
  • Ils peuvent être en colère, provocants ou intentionnellement choquants.
  • Ils sont souvent à la recherche d'authenticité, tout en refusant l'ordinaire ; ils peuvent avoir des difficultés à structurer leur vie quotidienne.
  • Une distorsion de l'image corporelle et l'impression d'être défectueux peuvent induire un trouble de l'alimentation.
  • Les 4 qui abusent de drogues fonctionnent souvent à partir d'une image romantique, autodestructrice de « l'artiste drogué ». S'ils sont attachés à cette identité, cela peut contrecarrer leurs efforts de sobriété. La toxicomanie augmente aussi la dépression, déforme la réalité et alimente de dangereux fantasmes et des comportements à risque.

Les 4 intégrés sont à l'écoute de la beauté, de la créativité, de la profondeur et des paradoxes de l'existence. Quand ils sont au mieux, ils équilibrent naturellement le matériel et le spirituel de la vie, et ils s'autorisent d'être à la fois productifs et heureux.

Quand ils sont sous l'emprise du mauvais côté de leur personnalité, les 4 peuvent être anéantis par ce qui ne va pas en eux, et même se retirer honteusement dans le désespoir et la dépression. Ils peuvent également avoir la croyance qu'ils sont plus spéciaux que les autres et qu'ils ne sont donc pas soumis à des attentes normales, surdramatisant leur vie comme une entité distincte et plus difficile à vivre que pour les autres.

Le type d'attention des 4 fait qu'ils sont souvent attirés par ce qui manque. Ils sont attirés par la profondeur et sont prêts à demeurer dans la tristesse et le côté sombre de la vie. En fonction de l'individu, ceci peut être authentique ou plus orienté sur l'image. Les 4 sont attirés par ce qu'ils perçoivent comme authentique. Beaucoup ont des manières particulières, gracieuses et artistiques.

Les personnes 4 illustrent à la fois les aspects idéalisés et dévalorisés par la culture américaine. Les thèmes idéalisés qui promeuvent une vie romantique dramatique à une vie ordinaire, se retrouvent dans les arts, la musique et les fantasmes hollywoodiens. Des photographies, des chansons et des livres sur les personnages charismatiques et cependant tragiques comme James Dean, Elvis Presley, Marilyn Monroe et Jim Morrison continuent à se vendre des années après leur décès. À l'inverse, la culture américaine axée sur les valeurs du travail et des réalisations ne valorise pas facilement les gens qui sont à la recherche des significations plus profondes de la vie et qui adoptent un style esthétique poétique.

Les 4, et spécialement les adolescents, peuvent fortement s'identifier à des idéaux romantiques, mais se sentent mal d'être décalés par rapport aux normes culturelles. Ce conflit renforce parfois le sentiment des 4 d'être à la fois spéciaux et imparfaits. Il intensifie aussi leur tendance à être habités par des fantasmes exotiques au lieu de la réalité ordinaire.

Expérience de l'enfance et défenses de l'âge adulte

Les 4 sont, par nature, doués d'une conscience à l'égard de leur inconscient, leur donnant une profonde créativité et la capacité de reconnaître le sacré dans l'ordinaire. Ils se sentent également aimés et acceptés, et pensent qu'ils ont une place essentielle dans le monde.

En tant qu'enfant, toutefois, les 4 se sentent souvent abandonnés et lorsque les clients 4 racontent leur histoire, ils décrivent généralement un modèle de perte. Ils se souviennent souvent d'avoir été particulièrement aimés et ensuite rejetés ou abandonnés. Comme les enfants 4 tentent de donner un sens à cette expérience, ils développent une image de soi d'une personne imparfaite. Pour compenser, ils imaginent qu'ils sont spéciaux et uniques de telle sorte que personne d'autre ne peut les comprendre. Cette stratégie permet à l'enfant de se séparer des autres — considérées comme banals et ordinaires — et d'appartenir quand même à la vie d'une façon différente des autres.

Ceci met en place un schéma d'envie et de nostalgie. Les 4 évitent un présent douloureux en imaginant ce que sera l'avenir ou auraient pu être le passé — les deux étant maintenant indisponibles. Riche, séduisant et irrésistible, voilà un fantasme de vie apaisant pour le 4. Cependant, pour le maintenir, le 4 doit garder les autres personnes à l'écart. Lorsque le 4 est dans cet état émotionnel, les efforts des autres pour se connecter interrompent le plaisir de leur envie secrète et fait que le 4 se sent plus vulnérable à l'abandon.

L'enfant 4 apparaît généralement sensible, créatif et unique. Certains peuvent sembler ouvertement troublés, soit provocants et en colère ou repliés sur soi et lointains. Un 4 décrit ainsi son adolescence : « Dans ma famille, l'intensité de mon expérience intérieure n'était pas encouragée. J'ai appris au fil du temps à garder secrets mes sentiments et à garder le cap, à m'astreindre à vivre une vie très extérieure. Malheureusement, cela me donne la sensation d'être invisible et, comme j'ai une expérience intérieure très différente de l'extérieure, parfois un peu schizophrène ».

Un autre 4 parle du comportement de sa famille à son égard et à sa réaction : « En tant que gamin, la manifestation de mon malheur interpellait les adultes, leur attention me faisait du bien, mais ensuite je me sentais comme cassé, et j'avais honte ». À cause des messages du 4 « rapproche-toi-éloigne-toi », les personnes qui partagent la vie du 4 peuvent saisir l'allusion et se distancer émotionnellement. Cet apparent rejet renforce ainsi le sentiment du 4 d'être un étranger. Les 4 deviennent souvent le bouc émissaire de la famille parce qu'ils sont susceptibles d'absorber et parfois de mimer les tabous et les angles morts affectifs du système familial.

L'envie et la nostalgie du 4 sont entretenues par le mécanisme de défense de l'introjection, qui, à l'inverse de la projection, est la prise en soi symbolique d'une personne aimée ou détestée ou d'un objet externe. Il est facile de comprendre comment une introjection positive pourrait protéger un 4, mais introjecter une personne négative ou un objet négatif semble paradoxal. Un 4 a expliqué comment le mécanisme de défense fonctionne chez lui : « Je me promène dans un café et quatre personnes que je connais me saluent chaleureusement, mais je perçois une personne comme me rejetant. Je me concentre sur cette personne, et cela change toute la situation. J'absorbe toutes les énergies négatives dans la salle et je ressens ces sentiments alors que je prends le café avec mes amis. Cela m'aide à rester bloqué et à l'aise, et me donne une excuse pour ne pas prendre des risques. Quand je suis comme ça, l'envie d'une relation indisponible est plus sûre que d'avoir une relation avec une personne réelle et disponible ». Ainsi, l'introjection négative amène une protection psychologique d'un abandon potentiel, tout en maintenant un isolement dans lequel la convoitise et l'envie peuvent prospérer.

Ce qui amène les 4 en thérapie

Parce les 4 ne rentrent pas facilement dans le statu quo, leur expérience intérieure est souvent incompatible avec ce qu'ils pensent être d'apparence « normale ». Cela renforce leur sentiment d'être mauvais : « Ma faible estime de moi est à l'origine de la thérapie que je recherche. J'ai besoin d'être reconnu comme étant spécial par le thérapeute, pas plus spécial que d'autres, mais juste d'apporter quelque chose d'unique au monde ». La promesse d'être compris et considérés comme spéciaux peut amener les 4 vers une relation thérapeutique. « J'aime me sentir compris », dit l'un, « c'est si rare ».

Ce qui ne marche pas

Les 4 signalent deux erreurs communes faites par les thérapeutes :

  1. en proposant des interprétations trop rapidement, ils laissent le client 4 avec le sentiment d'être invisible ou jugé ;
  2. en étant trop impliqués dans les récits intéressants introspectifs du client 4, ils ratent ses problèmes sous-jacents.

Plusieurs 4 se souviennent de thérapeutes qui semblaient impatients n'écoutant pas assez longtemps avant de proposer des solutions : « Il y a des choses que je voudrais avoir expérimentées davantage dans la thérapie. Naturellement, il y a les choses que j'aurais voulu avoir vécues dans ma famille d'origine. J'aurais voulu avoir mes sentiments, expériences et perceptions validés avant qu'on me dise ce que je pouvais faire autrement. J'ai du mal à être ouvert à des conseils si je ne me sens pas d'abord entendu. J'aurais aimé avoir plus de feedbacks positifs. »

Certains 4 disent que les thérapeutes semblaient mal à l'aise avec leur sensibilité émotionnelle et sont intervenus trop rapidement, en renforçant le sentiment d'aliénation du 4 : « Je pense que les thérapeutes doivent comprendre que les 4 sont assez sensibles, il faut donc qu'ils soient, eux, un peu plus sensibles que d'habitude pour travailler avec nous. Un bon conseil serait : ne vous précipitez pas à essayer les dernières techniques astucieuses pour une solution rapide ; écoutez simplement pendant un moment, jusqu'à ce que vous soyez sûr que vous compreniez. J'ai été plutôt retourné lorsque les thérapeutes ont fait hâtivement sur moi des diagnostics personnels, ou ont tenu un langage critique, avec un manque d'empathie et ont souligné mes faiblesses, comme si j'étais une mauvaise personne. »

Une autre erreur commune que les thérapeutes font est de normaliser prématurément et de contextualiser le sentiment des clients 4 d'être des « outsiders aliénés ». Le client réagit généralement avec mépris pour le thérapeute et a honte d'avoir été si difficile à comprendre. Les approches thérapeutiques qui se limitent à prescrire un nouveau comportement « sain » ou un changement cognitif sont généralement considérées comme trop superficielles : « Les thérapeutes conjugaux sont juste restés à la surface, ils voulaient que mon conjoint m'apporte des fleurs. Le vrai problème n'était jamais abordé. »

Les thérapeutes peuvent aussi se laisser prendre au piège de vouloir gérer les émotions et les drames des clients 4 et oublier de les aider à changer. Même si cela peut paraître irrésistible, se concentrer sur des souvenirs toujours-plus-intéressants ou des traumatismes, et sur une analyse introspective, peut renforcer le faux moi du client. Bien que parfois les 4 sollicitent cette réponse, si le thérapeute tombe dans le piège, le client peut se sentir en fin de compte invisible : « Ne soyez pas impressionné par la profondeur de ma créativité, expliquait un 4, demandez-moi ce qui se passe en dessous. » Il est parfois difficile pour les 4 de savoir comment ils se sentent vraiment parce qu'ils semblent à la fois rendre la vie romantique et éviter leur part d'ombre. Un thérapeute pourrait trop fixer son attention sur l'image de son client 4, ou devenir impatient et interrompre prématurément un moment important du traitement. Alors que les 4 veulent être compris, ils ont aussi peur d'être exposés et jugés. Pour se protéger, ils peuvent créer une distance en étant éloignés, vagues ou théâtraux, en rejetant inconsciemment tous les efforts que font les autres pour les comprendre. Évidemment le paradoxe est que le 4 ne pouvant être ni exposé ni jugé, il ne peut pas non plus être véritablement compris.

Ce schéma est parfois exprimé dans la relation au traitement. Un thérapeute pourrait donner au bon moment à son client 4 un feed-back honnête sur ce que c'est que d'être attiré, puis repoussé. Le client pourrait alors voir son rôle dans la création des déceptions dans ses relations, identifier ses motivations internes et faire des changements conscients.

Dans la relation de transfert/contre-transfert, le thérapeute peut se sentir spécial, dévalorisé, voire les deux. Déçus, les clients 4 mélancoliques peuvent implicitement amener le thérapeute à être trop aidant, créant ainsi un sauvetage dramatique infructueux.

Les 4 disent que, quand ils se sentent soutenus en thérapie, ils peuvent intellectualiser, se retirer tranquillement, être émotionnellement intenses, verbalement cinglants ou projeter un air de supériorité :

  • « J'ai tendance à être tourné vers l'intérieur, à devenir très calme et paraître émotionnellement comme une pierre. À l'intérieur, je ressens comme une forme de choc, mais vu de l'extérieur cela ressemble probablement à de la retenue, peut-être à un retrait dû à la colère. Après avoir compris comment réagir (ce qui peut être quelque chose d'excessivement calme ou qui peut-être très émotionnel), puis être passé à la réaction, je tremble souvent, je pleure beaucoup. Comme à ce moment-là je ne veux pas le montrer, je voudrais alors être suffisamment isolé et avoir de l'intimité. »
  • « Je montre du dédain et du mépris, et j'estime que j'en sais plus sur les émotions que le thérapeute. Quand je fais cela, je compense de ne pas être normal et de ne pas convenir. C'est une bonne indication de la terreur. »
  • « Parler des émotions peut être une manière de ne pas les ressentir. »
  • « Je suis le plus sur la défensive quand je sens que quelqu'un ne m'accepte pas ou ne m'aime pas. Je prends beaucoup de choses personnellement alors qu'elles n'ont aucune raison de l'être. »

Ce qui marche

Les 4 soulignent qu'ils ont besoin de se sentir en sécurité dans la relation thérapeutique : « La sécurité qui vient en premier est de savoir si le thérapeute ne va pas m'abandonner ou me juger. Cela peut prendre beaucoup de temps, et il y a des moments où vous ne croyez pas que vous êtes en sécurité, quelle que soit la réputation positive du thérapeute. »

Plusieurs 4 ont apprécié des thérapeutes authentiques : « C'est plus la santé psychologique du thérapeute, sa disponibilité émotionnelle et sa volonté de reconnaître toute erreur qu'il pourrait faire qui est utile pour moi. Je ne pense pas qu'il y ait eu un seul mode thérapeutique qui ait été bénéfique. Je pense que ce qui est important, c'est la relation qui se développe entre le thérapeute et son client, le sentiment de confiance, l'absence de jugement, la validation des sentiments, les bonnes limites, le professionnalisme et l'insaisissable alchimie. Il est également important pour moi de sentir que le thérapeute m'aime vraiment et s'intéresse véritablement à mon bien-être. »

Une autre 4 voulait être certaine que le thérapeute puisse habilement l'amener vers l'intensité dont elle avait besoin : « Quand je vais en thérapie, ce n'est pas pour un petit truc. C'est comme si pour traiter le vertige, j'allais regarder au bord du Grand Canyon. Si le thérapeute me dit : “OK, regardons”, je vais paniquer, je voudrais parler de la raison de mon mal des hauteurs, et comment on se sent d'avoir le vertige, et d'ailleurs ne sont-ils pas magnifiques ces nuages, etc. Donc s'il dit, commençons par regarder du haut de cette chute d'un mètre, et quand vous pourrez le faire, nous allons continuer, cela m'aide. Et s'il monte à une hauteur de trois mètres et y reste — faisant la même chose encore et encore — je vais m'ennuyer. Je veux aller au cœur du sujet pour en modifier le noyau, et je suis aussi terrifiée à l'idée que le noyau puisse être affreux et que le thérapeute puisse s'en aller. J'ai besoin de faire vraiment confiance au thérapeute et de ne pas être poussée trop fortement au début. »

Les 4 peuvent être des intellectuels, mais fondamentalement ils vivent leur vie à travers leurs émotions : « Quand j'ai eu à faire à des personnes factuelles et des théoriciens, je me suis senti désavantagé, parce que mes convictions proviennent de mes sentiments, pas de ma tête. Je ne suis même pas doué pour retenir des informations factuelles, mais je retiens fermement les émotions relatives à l'information que j'ai recueillie. Je suis une sorte de tamis pour les faits, mais un piège d'acier pour l'information émotionnelle. Cela m'aide vraiment si le conseiller avec qui je travaille a gagné ma confiance en donnant véritablement l'impression de comprendre avec empathie l'intensité et parfois la singularité de ma façon d'opérer. Parfois mon thérapeute a réagi à ce que j'ai dit avec un tel élan du cœur que cela m'a secouée et m'a amené à comprendre ce qui s'était vraiment passé. »

Un thérapeute peut avoir besoin de voir à l'intérieur des 4 afin de travailler avec les questions sous-jacentes : « Je sais assez bien m'exprimer, mais je peux dissimuler mon intérieur, mon moi vulnérable. Je n'arrive pas à en parler, même si au moment où je demande de l'aide, il peut sembler que je sache exactement ce qu'est mon problème et ce dont j'ai besoin. Je pense qu'en temps que 4, on m'a enseigné à ne pas afficher ce moi intérieur, et j'ai donc besoin de me sentir vraiment compris à un niveau profond. J'ai besoin d'un thérapeute qui peut m'aider à mettre des mots sur mes vrais sentiments et à savoir que ces sentiments sont OK ; il peut ainsi gagner ma confiance. Ne pas avoir été correctement perçu et avoir été étiqueté comme étant trop intense pendant des années, m'a entraîné à alternativement me cacher, puis m'exposer. Si je ne partage tout simplement pas mon moi intérieur, j'ai l'impression d'avoir disparu, et cette fausse personne se met en avant, et tout le monde y croit. Ensuite, je me sens incompris, et c'est ça l'état d'esprit spécial et défectueux. »

Pour les thérapeutes, la compréhension de la honte est essentielle, et il s'agit d'un domaine particulièrement délicat pour les 4. Dans les moments difficiles, les clients 4 recommandent que le thérapeute offre un équilibre entre un silence thérapeutique et une interprétation prudente : « Le plus utile, c'est quand quelqu'un en qui j'ai confiance m'accompagne dans mes retranchements sans chercher à me brusquer, mais peut-être en m'aidant à mettre des mots sur mes sentiments. Le temps m'aide beaucoup, me donne une perspective et me permet de vivre la situation d'un autre point de vue. Il est bon pour moi de ne pas attendre trop longtemps, parce que j'ai parfois mal placé mon énergie en rejouant sans arrêt la situation dans ma tête. »

La thérapie aide les 4 à apprendre à s'auto-observer et à faire des choix conscients : « Après environ six mois de thérapie, j'ai commencé à “entendre” des voix critiques dans ma tête et à me rendre compte de quelle manière je m'organise. » Certains 4 disent que la réussite de la thérapie ne tient pas à une méthode particulière qui marcherait mieux qu'une autre, mais plutôt à un accompagnement thérapeutique empathique et habile : « Toute une variété de “trucs” thérapeutiques standards pour aider les clients à entrer en contact avec leurs sentiments peut être utile, comme rire avec moi de mes mots compliqués, ou me demander comment je me sens, ou encore en utilisant une technique Gestalt, ou une légère curiosité suivie d'une simple mais véritable compréhension empathique. »

S'ancrer dans le présent

Quand les clients 4 s'engagent dans des cycles de convoitise, d'envie et de fantaisies, il est préférable de les aider à s'ancrer dans le présent avant qu'ils ne touchent de nouveaux fonds émotionnels. La honte et la douleur peuvent submerger les 4 à différents moments et utiliser uniquement la thérapie de l'insight peut en fait intensifier leur envie défensive. Des activités extérieures comme le jardinage, la cuisine, la garde d'enfants, le soin des personnes âgées et les métiers pratiques et terre à terre peuvent les aider. Au cours de l'une de nos discussions à propos de l'Ennéagramme avec des 4, tous les participants ont dit qu'ils avaient travaillé dans des maisons de soins vers la fin de l'adolescence et au début de la vingtaine. Être utile à des personnes vulnérables les a sortis d'eux-mêmes et leur a donné une vue sur leur propre vie à un moment où ils en avaient le plus besoin.

Quand les 4 ne réussissent pas à tenir leurs engagements de la vie ordinaire, ils portent tort à leurs relations, se causent à eux-mêmes plus de pertes et renforcent leur honte : « En ce qui me concerne, je dois faire un effort conscient pour fonctionner dans la vie ordinaire ; il y a la haine des tâches quotidiennes, mais je dois me souvenir que je me sens mieux quand ma vie est en ordre. J'éprouve aussi de l'empathie pour les autres sur la façon dont ils sont affectés lorsque je ne fais pas des choses ordinaires. » L'imagination et les fantasmes non fondés peuvent éloigner les 4 de la vie réelle ; l'utilisation de boissons et de drogues peut augmenter le risque de comportements dramatiques et autodestructeurs : « Je suis conscient du fait que dans la partie désintégrée de mon type, j'ai du mal à trouver le contentement dans le présent. Mon désir d'expériences plus profondes m'empêche de voir la beauté dans l'ici et maintenant. Un thérapeute devrait m'aider à rester dans le quotidien. »

Quand les 4 sont en voie de guérison de leur toxicomanie, apprendre à trouver de la valeur dans ce qui est ordinaire est particulièrement important. Il est tentant de se retirer dans les fantasmes et l'envie quand la pénible réalité n'est plus traitée médicalement. Les 4 toxicomanes doivent généralement travailler sur leur envie envers ceux qui utilisent des drogues sans problème ou sans conséquences. Il est très important de travailler et de reconnaître le complexe de la « défectuosité » des 4 afin d'éviter la rechute.

Une 4 disait que dans les premières étapes de la thérapie elle s'attendait à ce que sa thérapeute lui prouve qu'elle — la cliente — était spéciale, en allant au-devant d'elle et en la sauvant. Les saines limites de sa thérapeute ont aidé : « Plusieurs fois j'ai abandonné la partie et j'ai attendu de voir si la thérapeute rappellerait et me supplierait de revenir en thérapie. Puis je me suis rendu compte qu'elle ne le ferait pas, que c'était à moi de le faire, la relation seule ne me sauverait pas. »

Un client 4 peut avoir différents besoins en thérapie en fonction des différentes étapes de la vie. Un 4 de 28 ans a déclaré : « Étant enfant, j'étais en colère, j'avais d'horribles accès de rage. Le fait d'être envoyé chez une conseillère a renforcé mon sentiment d'imperfection. Je n'étais pas prêt. Toutefois maintenant je vois la même conseillère et elle est merveilleuse. » Un soutien thérapeutique conversationnel peut être suffisant pour un adolescent qui a besoin de connaître la confiance et de se sentir écouté. Un travail plus intense peut être trop effrayant ou perturbateur. Comme base pour une future thérapie, un thérapeute pourrait envisager de communiquer à ses clients 4 un message du genre : « Je ne minimise pas l'importance d'un traitement des questions de fond, mais développer d'abord certaines techniques concrètes pour se débrouiller permettra de le faire plus sûrement et plus facilement. »

Travailler avec l'introjection et la honte

Un 4 décrit ainsi l'interaction entre son image imparfaite et la partie de lui-même qu'il croyait spéciale : « J'avais des tendances suicidaires quand j'étais un adolescent, et toute mon énergie allait dans le sens d'empirer les choses parce que j'étais tellement hypnotisé par le côté obscur. Mais j'avais aussi des fantasmes d'être secouru par quelqu'un d'autre qui m'aurait reconnu comme spécial. » Quand les 4 sont pris dans une telle spirale dépressive, ils donnent le contrôle à des êtres imaginaires. À moins que les 4 apprennent qu'eux seuls peuvent se sauver, ils vont rester coincés. Les 4 cités ci-dessus ont recommandé que les thérapeutes encouragent les clients comme eux à apprendre à utiliser délibérément l'introjection pour internaliser les expériences positives et les qualités. Les sources pourraient être dans la nature, la belle musique, l'art ou tout ce qui est sain et utile pour la personne. Un autre 4 a expliqué : « J'ai appris à être dans de beaux endroits et à demander de l'aide. Chaque fois que je l'ai fait, j'ai trouvé qu'on m'avait donné ce dont j'avais besoin. »

Une 4 disait que son thérapeute l'a aidé à surmonter ses introjections négatives et sa honte en lui donnant des messages de soutien pendant l'hypnose : « Vous n'avez rien à changer en vous… Vous êtes exactement la personne que vous devez être… Vous commencez à vivre la vie que vous étiez censé avoir. »

Les 4 ont aussi besoin d'apprendre qu'en se comparant aux autres ils renforcent leur complexe « je suis mauvais et spécial ». Un thérapeute qui révèle quelque chose sur lui au bon moment pourrait ainsi rassurer le client 4 en lui montrant que tous les êtres ont des failles et partagent une humanité commune : « J'idéalise les thérapeutes comme ayant tout, mais quand mon thérapeute partage quelque chose sur son histoire, je ressens moins la honte d'être qui je suis. »

Plusieurs 4 ont mentionné qu'au début, leur honte a bloqué les feedbacks du thérapeute : « J'avais besoin d'apprendre à accepter les commentaires. Même si c'était douloureux, travailler avec des visualisations m'a aidé parce que ça me ramène à ressentir la tristesse ou la douleur, même si je n'en veux pas, et puis je les décris à mon thérapeute. C'est aussi contenu, je ne ressens que la douleur que je peux tolérer. Cela me donne un éclairage sur les schémas et la façon dont différentes personnes ont réagi par rapport à moi et au rôle que je joue. Je peux accepter cela et avoir moins honte, et rapporter les découvertes que j'ai faites à la relation avec mon petit ami. »

Envie et connexion créative

Les 4 ont peur que, sans la distanciation défensive que crée l'envie, leur moi authentique devienne vulnérable à certains rejets : « J'ai une vraie peur d'être moi-même, comme si j'allais être abandonné si je suis moi-même. »

Quand vous allez dans un travail plus en profondeur avec les 4, écoutez la façon dont ils ressentent leur connexion à leur propre créativité. Quand ils vivent l'art, la musique, la nature ou la beauté, quels sont leurs sentiments, les idées qui leur viennent ? Grâce à cette connexion, les 4 se sentent souvent plus authentiques et vivants, mais ils ont peut-être besoin d'apprendre que la connexion est intuitive et à l'intérieur d'eux-mêmes, et qu'elle ne les abandonnera donc pas. Le thérapeute peut aider à intégrer cette idée au cours de l'avancement des travaux. Cela peut aider à contrecarrer la croyance névrotique des 4 qu'il doit leur manquer quelque chose.

Une 4 décrit ici les expériences d'enfance qui lui ont permis de faire face : « En tant qu'enfant, j'avais de l'asthme, et ma mère agissait comme si je le faisais exprès. Pour moi, j'avais à ressentir cet abandon en psychothérapie, à flotter autour de lui et me souvenir quel fil conducteur m'en a fait sortir. J'aimais l'art, la natation, la sensation apaisante de flotter, d'être tenu par l'eau, jouer dans le bac à sable pendant des heures, juste la sensation du sable. Tout cela m'a aidé à prendre du recul. »

Approches corps-esprit et cerveau droit

Certains 4 ont recommandé des disciplines qui intègrent le corps. En parlant du Hakomi1, cette femme disait : « La thérapie artistique m'a donné de grandes illuminations sur la façon dont je résiste au feedback ou à l'aide des autres. Mais seule une approche centrée sur le corps a réussi. » Les méthodes qui accèdent au « cerveau droit » créatif ont aidé d'autres 4 à surmonter leurs défenses intellectuelles : « J'ai fait beaucoup de visualisations avec les yeux fermés. Je n'ai pas eu le temps de trouver la “bonne” réponse, mais je suis plutôt allé vers ma première impression. Cela m'a amené dans des endroits vrais et intacts, à partir desquels j'ai pu progresser. Je me suis également senti reconnu et estimé, plutôt qu'observé ou jugé. Je pense que j'ai besoin d'une autorisation pour me sentir un tout petit peu à l'aise avec le fait d'être quelque chose, même un proche nécessiteux. Donc ceci m'a beaucoup aidé. »

Lorsque leurs symptômes ne réagissent pas aux approches cognitives, certains clients 4 ont apprécié des techniques conçues pour accéder à l'inconscient ou au contenu dissocié : « L'imagerie guidée me sort de mon esprit rationnel et mental et me conduit vers mes sentiments. » Ils ont aussi recommandé les techniques EMDR2 et BrainGym3.

Pour modifier leur tristesse et leur honte, d'autres 4 ont suggéré d'utiliser la technique de “la chaise vide” de la thérapie Gestalt, ainsi que de travailler avec les rêves et les métaphores. Ce qui était également utile, c'était les efforts créatifs qui font appel à la peinture, l'écriture, la musique et la danse. Raconter une histoire de l'enfance à travers la peinture ou la poésie, par exemple, pourrait donner à un 4 un sentiment de maîtrise de ses émotions remémorées.

L'utilisation de symboles

Utiliser des symboles avec les 4 peut avoir un impact profond. À l'instar de la poésie et des rêves, ils contournent leurs défenses intellectuelles : « Quand j'ai rencontré mon thérapeute, elle avait dans son bureau le caractère chinois qui représente la crise et elle m'a expliqué que cela signifiait : opportunité sur une mer agitée. J'avais besoin de parler de symbolisme, je me suis analysée comme une folle, en lisant des livres et en tentant d'y trouver un sens. Pour savoir qui j'étais, voyant ma colère et mon jugement, voyant que tout le monde a des problèmes, que la plupart des gens font de leur mieux — tout cela m'a aidé à normaliser mon expérience. Apprendre à trouver un cadre pour ma sensibilité et apprendre à placer des limites à mon empathie m'a aussi aidé. »

Travailler avec la mélancolie et la dépression

Comprendre la différence entre la mélancolie et la dépression est important lorsque l'on travaille avec des 4. Le fait d'être attiré par le côté obscur de la vie n'est pas le seul point à traiter, et de nombreux 4 seraient d'accord avec cette déclaration d'un client : « Le chagrin et la tristesse font partie de mon identité. »

Plusieurs 4 ont recommandé que les thérapeutes posent des questions détaillées pour faire la distinction entre leur expérience de la mélancolie et de la dépression. Alors que ces deux états intérieurs peuvent paraître similaires de l'extérieur, les 4 peuvent trouver que la mélancolie stimule la créativité, mais évitent activement la dépression : « La dépression est un lieu effrayant parce qu'elle semble statique, qu'elle ne se déplace pas. J'essaie d'éviter que les émotions ne se produisent. Combattre est épuisant. »

La plupart des 4 matures ont connu assez de dépression pour pouvoir suggérer des moyens de l'éviter ou de la diminuer :

  • « Ma peur quand je suis déprimé est que cela ne s'arrête jamais. Avec le temps j'ai appris qu'en fin de compte cela change. »
  • « Sachant que j'ai la capacité consciente de la combattre et qu'elle va se dissiper m'accorde de la liberté. Si je la laisse se produire consciemment, elle va s'en aller. Ce qui m'a été utile sont les méditations où je me remémore ”l'affreux moment” et où j'accompagne la sensation jusqu'à ce quelle se transforme. »
  • « Je refuse d'être ignorant mais je dois faire attention à la dépression quand je deviens “surinformé”. »
  • « Je dois filtrer des aspects de la vie qui pourraient m'amener trop près des limites et vers une dépression dont il est difficile d'en sortir. Ça m'aide d'écarter les personnes et les informations négatives, de couper les nouvelles et de réaliser que j'ai le choix. Par exemple, tenir un journal personnel est bénéfique, mais trop de journal intime et trop d'introversion n'aide pas. Je dois équilibrer l'extraversion et l'introversion. »

Beaucoup de 4 disent qu'ils ont appris à compenser les pertes passées en se concentrant sur leurs ressources du présent : « Savoir qu'il y a des stratégies et des options qui peuvent aider. Appeler des gens, faire des choses, demander de l'aide et apprendre à qui faire confiance, tout cela a de la valeur. » Plusieurs 4 recommandent également le millepertuis comme antidépresseur, peut-être en partie car il n'est pas conventionnel et qu'il n'est pas tendance.

Émotivité contre authenticité

Lorsque les 4 évitent les sentiments dont ils craignent qu'ils les conduisent à la dépression, ils commencent à se distancier de façon défensive de tous leurs sentiments. Pendant ce temps ils peuvent se cacher derrière une image de sensibilité émotionnelle. « J'ai une idylle émouvante, expliquait un 4, mais je suis très réticent à entrer dans mes vraies émotions. Je peux pleurer sur l'état du monde, mais pour ce qui est personnel ce n'est pas si facile de savoir, même pour moi. Si j'étais authentique sur ma propre douleur, je laisserai tomber les autres car je ne serais pas celui qu'ils voudraient que je sois. Le drame de mon émotivité est un paradoxe, un écran de fumée pour tenir les autres à distance de mes vrais sentiments. »

Envie contre lâcher prise

Richard Rohr décrit les 4 comme « refusant de faire le deuil ». Comme ils peuvent s'attacher au désir d'un objet perdu ou d'une personne perdue, les 4 peuvent trouver qu'il est particulièrement difficile de lâcher prise quand c'est vraiment nécessaire, c'est-à-dire lorsque quelqu'un est parti. S'autoriser à ressentir un sentiment de perte à sa racine et le pleurer réellement peut être un défi. Pour créer la motivation et aider les clients 4 à réaliser qu'ils ont le choix, les thérapeutes peuvent les aider à visualiser leur avenir — ce qui se passera s'ils s'accrochent et ce qui se passera s'ils lâchent prise.

En face de l'envie chronique d'un 4, les thérapeutes doivent également être fermes. Une de mes clientes 4, dans l'ensemble bien équilibrée, s'est retrouvée prise dans un cycle destructeur de chagrin, de rage, de rattachement et de désespoir quand elle a vécu un divorce agité. Vu de loin, le mariage semblait pouvoir tenir, mais elle y était extrêmement malheureuse. J'étais son thérapeute et je me faisais de plus en plus de soucis pour l'aggravation de son état ; je l'ai vigoureusement confrontée au drame destructif qu'elle vivait. Elle a accepté de faire un marathon de journal intime et de recherche spirituelle. Elle a commencé à pleurer la perte de son mariage et a ressenti une forte libération émotionnelle. Plus tard, elle a plaisanté sur le désir de créer un slogan qui dirait : « La vie est meilleure depuis que j'ai renoncé à l'espoir. » Rester attaché à ce qui aurait pu être prive les 4 de la richesse de ce qui est.

Se connecter à une source créative

Comme les 4 sont souvent sensibles à la symbolique et à l'art, faire appel à une poésie pertinente, à la littérature et à des films peut leur être exceptionnellement bénéfique. J'ai traité une talentueuse jeune 4 emprise à une grave dépression. Elle était dangereusement suicidaire et elle m'amenait des poèmes déprimants de Sylvia Plath et d'autres auteurs. J'ai pu partager avec elle des poèmes et des références littéraires qui représentaient tous une raison de vivre. Parfois cela ressemblait à un « combat de poèmes ». Heureusement mes poètes semblaient l'aider à surpasser le pire de sa dépression.

Le poème de Mary Oliver, Les membres de la tribu, semblait le plus puissant à contrer le désespoir de ma cliente. Dans ce poème éloquent, Oliver parle d'artistes et de poètes qui ont choisi la mort, du fait de leur pardonner leur désespoir et même leurs choix, mais sans leur pardonner la façon dont ils ont amené les autres à la mort avec leurs poèmes exquis : « Devant moi ils allumaient leur feu dans la sombre forêt de la mort. » Oliver continue en soutenant la valeur du travail et de la vie ordinaire : « Et l'homme qui lavait simplement le pinceau de Michel-Ange, s'agenouillant sur les briques humides, regardant chaque jour les couleurs qui s'en échappaient, a vécu jusqu'à cent ans. » [Dream Work, page 32]

Trouver l'équilibre

Plusieurs 4 ont trouvé qu'il était bénéfique de vivre leurs émotions les plus sombres, tant qu'ils maintenaient leur équilibre : « C'est bon pour un thérapeute de rendre les choses vraiment significatives pour les 4. C'est vraiment dur en ce moment, mais je sais que quelque chose de bon va en sortir, une profondeur créative magique. » Il est également utile, toutefois, pour les 4 de réaliser qu'il existe d'autres moyens d'évoluer : « J'étais heureux de trouver des outils qui m'ont aidé à ne pas réagir à chaque sentiment intense que j'éprouvais. »

Un autre 4 ajoute : « La thérapie m'a aidé à développer une aptitude à m'observer. Je pouvais dire à ma thérapeute ce qui s'était passé et pourquoi je pensais avoir fait des choses. Elle partageait ses observations et validait mes sentiments de solitude. Essentiellement, elle disait : “Vous êtes différent et c'est une arme à double tranchant.” Elle a reconnu que c'était dur et que j'étais solitaire, mais elle pouvait aussi m'arrêter si je commençais à m'apitoyer sur mon sort. Elle me rappelait mes dons et me faisait reconnaître que je n'avais pas le droit de m'apitoyer sur moi. »

Travail relationnel

Quand les 4 reproduisent inconsciemment la dynamique de leur enfance dans leurs relations actuelles, ils s'arrangent généralement pour se sentir seuls et abandonnés. Leur approche attirance-répulsion de l'intimité, ainsi que leur intensité émotionnelle, peut troubler et frustrer les partenaires et les membres de la famille. Paradoxalement, la peur d'être abandonné peut inciter un 4 à agir de façon choquante en étant sarcastique, scandaleux et dramatique. Si un client se comporte de cette façon, il est bon de se focaliser sur ce qu'il ou elle recherche avec cette conduite ou sur quel est le sentiment sous-jacent ; cela révèle souvent des questions de fond et une véritable douleur. Si les sentiments sous-jacents des 4 sont validés, ils se sentent suffisamment en sécurité pour étudier leur comportement du point de vue d'autrui. Ils peuvent alors admettre qu'ils créent l'abandon dont ils ont peur.

Une 4 disait que les jeux de rôle l'ont aidé à reconnaître comment son côté critique portait atteinte à sa relation : « Au cours d'une thérapie de couple, la thérapeute voulait que mon copain me tourne le dos. Puis elle m'a demandé de me placer derrière lui et d'agiter mon doigt vers lui. J'ai soudainement vu ce que je faisais, je me suis vue lui faire honte et je me suis mise à sangloter quand je me suis rendu compte comment je pouvais être blessante. La relation a pris fin plus tard, mais je me voyais plus honnêtement. »

Cette 4 a également réalisé qu'elle rejouait une dynamique d'enfance avec son père, à qui elle n'arrivait jamais à faire plaisir. Cette fois, cependant, elle était la mère puissante, plutôt que l'enfant sans défense. Lorsque le thérapeute a inversé les rôles du couple, elle a été en mesure d'avoir de la peine pour elle-même : « Dans la position de l'enfant, je pleurais, personne ne me comprenait. Je n'avais pas l'impression que je pouvais obtenir ce que je voulais. »

L'intensité chez le 4 peut provoquer chez les autres, y compris chez les thérapeutes, une minimisation de leurs problèmes pourtant légitimes. Comme ils peuvent être non conformistes et non conventionnels, ils sont souvent considérés comme les porteurs du symptôme. Les thérapeutes qui font un travail familial doivent veiller à ne pas trop rapidement prendre le parti du partenaire calme et raisonnable d'un 4, ou d'un autre membre de la famille.

Les points de connexions

Le 4 connecté au 1

Les 4 ont une connexion avec le 1 et le 2, qui les aident à équilibrer leur vie intérieure et à s'engager avec les autres. Dans le sens de l'intégration vers le 1 la connexion aide les 4 à se concentrer sur le présent et entreprendre des actions concrètes et positives. C'est un antidote à leur angoisse dysfonctionnelle, particulièrement dans la réalisation des tâches basiques de la vie. La connexion au 1 peut également donner aux 4 une vision d'équité et de justice sociale, et une volonté de rendre le monde meilleur. Dans le sens de la désintégration vers le 1, les 4 peuvent amplifier leur honte et leur côté critique.

Le 4 connecté au 2

La connexion des 4 vers le 2 les amène à sortir de leur isolement égocentrique. Ils deviennent souvent empathiques et généreux envers les autres.

Dans le sens de la désintégration, cependant, les 4 peuvent se surinvestir dans l'effort d'être spéciaux. Ils négligent entre-temps leurs propres besoins, un peu comme un 2 désintégré : « Parfois, je suis resté trop longtemps en thérapie sachant que ce n'était pas bon pour moi. Même si c'était tellement mauvais, j'y recevais de l'attention, et je me sentais obligé de prendre soin des autres. » La façon de prendre soin du 2 combinée avec le comportement de rejet du 4 peut rendre les relations très confuses : « Au collège, mes amis me disaient que je pouvais être tellement “présent” pour les autres, et ensuite si cruel, égoïste et insouciant des autres. Le problème était de trouver la bonne distance. »

Les rêves

Plusieurs 4 ont mentionné qu'un travail sur les rêves leur avait été bénéfique : « J'ai travaillé mes rêves avec une thérapeute jungienne. Ce travail symbolique a été très utile pour moi. Elle avait une merveilleuse façon de me soutenir et d'être connectée, et elle me posait des questions sur mes rêves qui m'ont laissé le sentiment d'être confronté à moi-même, et non pas à elle. Elle décrivait les rêves comme étant semblable à des taches d'encre personnalisées. J'ai aimé ça. À la fin de nos travaux en commun, j'ai rêvé que je regardais mon psychisme sur un imprimé psychologique, que j'y voyais les hauts et les bas, et j'acceptais mes différences par rapport à la norme, de la même manière que nous avons tous des hauts et des bas et des différences par rapport à la norme. Je continue d'y penser comme une bonne leçon que j'ai eue en thérapie. »

Un autre 4 a déclaré : « Le rêve a été mon outil pour me connecter avec mon moi le plus profond. En écoutant mes rêves, j'ai appris à ne pas me juger aussi sévèrement et à voir mon lien avec les autres. Il a été mon “traitement” de la dépression, mon besoin du sacré dans la vie, le sens de l'émerveillement du théâtre et de la créativité. »

Le rêve d'être nu en public est universel. Toutefois, dans une variation unique du 4, une femme a raconté le rêve répétitif suivant : « Je suis dans un lieu, généralement dans une maison ou un bâtiment. Je suis nue et heureuse de l'être. J'ai besoin de me rendre quelque part, et les gens que je croise sont horrifiés de me voir nue. Parfois, au début, je suis désolée pour eux et je me mets quelque chose ou j'essaye de me couvrir un peu, mais dans la plupart des rêves, je suis un certain temps provocante, irritée qu'ils ne sachent pas gérer la nudité. Au bout d'un moment je me résous à mettre une chemise ou un vêtement partiel. Je ne m'habille jamais complètement, mais suffisamment pour leur rendre la tâche plus facile. Je reste irritée qu'ils soient à ce point traumatisés en me voyant, et je pense en général : “Pour l'amour du ciel, grandissez, surmontez cela.” Et je suis stressée d'avoir à porter des choses pour les rendre heureux, pour qu'ils gardent leur calme. J'aimerais me rendre dans un lieu où je pourrais à nouveau me découvrir, où je puisse respirer. »

Une thérapie acceptable

Les bons thérapeutes acceptent les 4 pour ce qu'ils sont en écoutant et en comprenant sans jugement. Le masque qui protège le 4 d'une authentique présence peut être dévoilé, si le client est prêt et si la relation apporte suffisamment de sécurité et de moyens habiles. En fin de compte la thérapie doit aider les clients 4 à réaliser qu'ils se sont abandonnés et que la relation à l'être aimé qu'ils recherchent chez les autres ne peut être trouvée qu'à l'intérieur. Amener les clients 4 à se relier à leurs vraies émotions, et encourager et soutenir n'importe quel chagrin nécessaire peut les amener à se libérer du drame et de l'envie. Quand la souffrance créée par l'envie est efficacement traitée, elle se change en son opposé, l'équanimité. Quand les 4 comprennent que leur désir ardent est leur soi essentiel, ils peuvent devenir heureux.

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1 Le Hakomi est une forme de thérapie brève développée par Ron Kurtz qui la décrit comme étant une découverte assistée de soi. Le Hakomi utilise des expériences en pleine conscience qui permet de découvrir comment l'expérience du moment présent est organisée par des croyances et des habitudes inconscientes. Le Hakomi crée ensuite des expériences nourrissantes qui transforment ces images et croyances afin d'éliminer la souffrance inutile. (NdT)

2 EMDR, Eye Movement Desensitization and Reprocessing. Traduit littéralement, cela donne « désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires » mais est connu en France sous l'appellation « Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires ». (NdT)

3 Brain Gym : Gymnastique du cerveau. (NdT)

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Cet article est extrait de The Enneagram Field Guide de Carolyn Bartlett. Pour plus d'articles et d'informations ou pour la contacter, voir insightforchange.com