J. Edgar
dans le film éponyme de Clint Eastwood (2011)
Jérôme

J. Edgar Hoover, tel que mis en scène dans le film de Clint Eastwood, a une personnalité très forte dont on se rend assez vite compte qu'elle est désintégrée, voire très désintégrée, tant les mécanismes égotiques sont apparents. Ses tendances narcissiques et paranoïaques rendent les ennéatypes 6 et 3 crédibles. Sa recherche constante de pouvoir, son agressivité, ses tentatives d'intimidation et ses accès de vengeance peuvent aussi faire penser à l'ennéatype 8.

Affiche du film de Clint Eastwood "J. Edgar" (2011)

Je tente de détailler ci-après les raisons de mon choix en 3 mu.

Trois dialogues représentatifs

Les trois dialogues ci-après illustrent différentes caractéristiques de l'ego du 3.

Dialogue avec sa mère, en rentrant chez elle après avoir eu une promotion

J. Edgar rentre chez lui le soir, en ignorant au passage son père qui est devant la maison sur le perron, malade, et qui le supplie de l'aider. La première réplique qui suit l'annonce de sa promotion à sa mère illustre la compulsion du 3 d'évitement de l'échec, et les suivantes l'orientation de réussite et d'efficacité. On note au passage qu'il ne dialogue pas, mais dit ce qu'il a à dire sans interaction avec ce que sa mère lui dit en retour :

  J. Edgar : J'ai dit que je ne pouvais accepter le poste que si j'étais sûr de pouvoir le mener à bien.
  Sa mère : Bien joué. Et tu vas dire oui ?
  J. Edgar : 3 000 dollars par an !
  Sa mère : Il faut que je t'achète de nouveaux vêtements. Tu ne peux plus t'habiller comme ça.
  J. Edgar : J'ai déjà 40 noms de radicaux en 4h heures de travail. Je devrais en avoir 10 000 d'ici la fin du mois. J'ai ma propre équipe, tous des agents de confiance.

À peine plus tard, en parlant de son rendez-vous du soir même avec Helen Gandy, la nouvelle secrétaire dont il se dit confiant sur le fait qu'il va pouvoir la séduire — ils ne se sont vus que trois fois —, l'orientation s'exprime toujours, en parlant d'une de ses réalisations plutôt que de lui-même : « Je vais lui montrer mon nouveau système de classement de fiches à la bibliothèque du Congrès. Ce qui prenait des jours à localiser ne prend plus que quelques minutes. »

Dialogue avec Helen Gandy, la nouvelle secrétaire qu'il compte séduire

J. Edgar demandant la main d'Helen GandyJ. Edgar emmène Mademoiselle Gandy dans la bibliothèque dans laquelle est installé le système de fiches. Il précise tout de suite qu'il a contribué à le mettre en place, et répète que ce qui prenait des jours à localiser ne prend plus que quelques minutes. Le style de communication du 3 est présent : J. Edgar est rapide, optimiste, les mains à l'appui du discours.

Il demande à Mademoiselle Gandy de lui donner une recherche à faire, en lui donnant sa montre pour le chronométrer. Il cherche la fiche correspondante, part en courant chercher le livre qu'il ramène en 1 minute et 10 secondes, score qu'il prend soin de demander. Il lui explique ensuite son projet de faire la même chose avec les empreintes digitales pour retrouver rapidement les criminels, et fort de son succès passe à l'objectif suivant :

  Helen : Tout cela est très impressionnant, John.
  J. Edgar : Vous voulez que nous restions ici ou que nous allions ailleurs ?
  Helen : C'est comme vous voulez.

Il tente de l'embrasser un peu directement. Elle refuse son avance, gênée, et s'éloigne un peu :

  Helen : Monsieur Hoover, je ne suis pas certaine de comprendre où vous voulez en venir.

Ce n'est pas assez pour qu'il envisage l'échec. Il se rapproche et se met à genoux, en lui prenant la main :

  J. Edgar : Mademoiselle Gandy, nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais j'ai la certitude que vous feriez la meilleure des compagnes. Votre force, votre caractère, votre éducation…
  Helen : Êtes-vous en train de vous moquer de moi ?
  J. Edgar : Non, non non, non non. Bien sûr que non.
  Helen : Alors, je vous en prie Monsieur Hoover, relevez-vous.

Il accuse alors le coup. La préoccupation de son image et sa peur d'être sans valeur se manifestent. Il dit en bégayant, détournant le regard et baissant la tête :

  J. Edgar : J'apprécierais que vous ne partagiez ceci avec aucune autre femme du bureau des dactylos.
  Helen : Non, bien sûr que non.
  J. Edgar : Puis-je savoir quel défaut spécifique vous semblez trouver à ma personne ?
  Helen : Non… Je vous connais à peine.

Il reprend de l'assurance, son discours marketing, et la fixation de vanité du 3 pour atteindre son objectif :

  J. Edgar : Bien sûr, mais je pense être fin psychologue, rapide, rigoureux. Je sais que nous ne nous sommes vus que trois fois, mais je n'ai pas besoin de plus. La plupart des gens oui, mais moi non. Je lis dans les gens comme dans un livre ouvert et, s'il vous plaît, appelez-moi Edgar. C'est ce que fait ma mère.
  Helen : Edgar, pouvez-vous garder un secret ?
  J. Edgar : Bien sûr. Vous avez ma parole.
  Helen : Je ne suis pas intéressé par le mariage. Mon travail passe avant tout.

L'échec de sa demande en mariage n'est pas lié à sa personne et semble déjà oublié. Le sourire revient, et J. Edgar trouve instantanément un autre objectif atteignable et satisfaisant :

  J. Edgar : Alors peut être pourriez vous envisager d'accepter une nouvelle fonction, devenir ma secrétaire personnelle ?
  Helen : [Souriant également, un peu émue.] Oui.

Dialogue avec le ministre de la Justice, qui l'a convoqué pour lui confier le poste du directeur suppléant du Bureau des Investigations

J. Edgar entame tambour battant la rencontre. Il est debout, prononce la première phrase ci-dessous en 12 secondes, en appuyant six fois son discours d'un geste de la main. Un cas d'école du style de communication propagande du 3, jusqu'à ce que le ministre l'interrompe fermement :

  J. Edgar : Monsieur, il y a plus de 12 postes vacants à Chicago, et avec le taux de cambriolage en hausse, il serait vraiment préférable pour le Bureau de pourvoir à ces postes et de se remettre au travail. J'ai des classeurs remplis de dossiers de suspects potentiels, et avec une commission d'enquête parlementaire…
  Le ministre : Ralentissez le mouvement, jeune homme. Vous ne m'avez pas convoqué, c'est moi qui l'ai fait. Asseyez-vous !
  J. Edgar : Oui, Monsieur.

À partir de ce moment, J. Edgar s'assied, les mains sur les genoux, et répond docilement. Le ministre lui rappelle le désert émotionnel que semble être sa vie :

  Le ministre : Bien. Tous ceux avec qui vous avez travaillé ici sont partis, et il y a une bonne raison à cela : ce Bureau a extrêmement mauvaise odeur. Vous êtes de cet avis ?
  J. Edgar : Oui, Monsieur.
  Le ministre : Et soit dit sans offense, vous ne semblez pas avoir de vie privée. Pas de femme, pas de petite amie, et pour autant que je sache, pas d'amis du tout.
  J. Edgar : C'est exact, Monsieur.
  Le ministre : Et vous êtes totalement obnubilé par ce salmigondis de nouvelle technique d'empreintes digitales ?

Le ministre dénigre un projet qui tient à cœur à J. Edgar, un de ses objectifs principaux du moment :

  J. Edgar : [En bégayant] Monsieur, ce ne serait pas un salmigondis si nous pouvions centraliser les empreintes ici.
  Le ministre : Au mieux, c'est une science spéculative.
  J. Edgar : Oui, Monsieur.
  Le ministre : Et pourquoi vous appelle-t-on “ventre à terre” ?
  J. Edgar : Qui m'appelle comme ça ?
  Le ministre : Tout le monde, et jamais en face de toute évidence

Le ministre met à mal l'image de J. Edgar dans le service, image chère à l'ennéatype 3. (On apprendra plus tard par sa mère qu'il avait ce surnom étant petit : « Soit de nouveau mon petit “ventre à terre”. »). La réponse illustre la compétitivité et la réussite du 3 :

  J. Edgar : [En bégayant toujours] J'ai acquis cette réputation parce que… en faisant des livraisons d'épicerie quand j'avais 10 ans, j'étais le plus rapide du quartier. Ce n'est qu'un surnom.
  Le ministre : Rien à voir avec votre débit de parole ?
  J. Edgar : Peut-être, Monsieur.
  Le ministre : Jeune homme, je veux que vous soyez directeur suppléant du Bureau des Investigations.

La réussite est tout de même au rendez-vous !

Les mécanismes égotiques du 3

Au-delà de ces dialogues, les mécanismes égotiques du 3 sont visibles à de nombreuses occasions.

Compulsion d'évitement de l'échec

Voici comment J. Edgar gère le risque de perdre lors qu'il parie aux courses de chevaux :

  J. Edgar : À propos de chevaux, Clyde, j'aimerais aller à Delamere ce week-end. J'avais envie de prendre de petites vacances, et je me suis dit que tu aimerais venir.
  Clyde : Je ne suis jamais allé sur un champ de courses, Edgar.
  J. Edgar : Et bien c'est merveilleux. Entre toi et moi, lorsqu'il m'arrive de perdre, la direction me rembourse tout ce que j'ai perdu.
  Clyde : Et que se passe-t-il quand tu gagnes ?
  J. Edgar : Ils paient quand même.

Ses échecs déclenchent régulièrement chez lui agressivité, crise de confiance et désir de vengeance, par exemple lorsque ses menaces n'ont pas d'effet sur Martin Luther King ou sur Richard Nixon, ou encore après sa mise en échec au Sénat, obligé de mentir et de faire face à sa peur de base d'être sans valeur :

  Sénateur : Monsieur Hoover, est-il exact que vous ayez directement ou indirectement dépensé l'argent du Bureau en publicité ?
  J. Edgar : Nous n'avons pas le droit de nous lancer dans la publicité de quelque sorte que ce soit. Non.
  Sénateur : Mais vous prenez part par exemple à la conception d'émissions de radio et de livres de bandes dessinées. J'ai écouté plusieurs programmes sur les agents spéciaux. Votre image semble apparaître dans ces programmes assez fréquemment.
  J. Edgar : [Silence embarrassé de J. Edgar, ; Clyde Tolson, à côté de lui, baisse la tête] Nous avons catégoriquement refusé d'y apporter la moindre forme de caution, n'avons aucun lien avec leur production, n'avons fourni aucun avis technique, de quelque sorte.
  Sénateur : Eh bien la publicité dit que les émissions étaient le reflet fidèle de ce qu'on trouve dans les archives officielles, basées sur de vrais cas tirés des dossiers du FBI, radiodiffusé tous les samedis soir à 20 heures. Monsieur Hoover, quelles sont vos qualifications précises pour le poste de dirigeant que vous occupez au FBI ?
  J. Edgar : Mes qualifications, Monsieur ? [Il monte le ton.] Dix-neuf ans au ministère de la Justice ! Dix-neuf ! Douze comme directeur !
  Sénateur : Durant toute cette période, avez-vous personnellement arrêté quelqu'un ?
  J. Edgar : J'ai mené des enquêtes. J'administre plusieurs affaires à la fois, Monsieur.
  Sénateur : Ça ne répond pas à ma question. Dans les bandes dessinées, vous avez une mitraillette et vous arrêtez des gens. Ce n'est que de la fiction ?
  J. Edgar : Je suis responsable de plusieurs milliers d'arrestations.
  Sénateur : Donc vous reconnaissez que c'est de la pure fiction. De fait ce n'est pas vous qui avez traqué et capturé John Dillinger, c'était l'agent Purvis. C'est exact ?
  J. Edgar : [Excédé] Je dirigeais le service, j'étais responsable de toutes ces enquêtes, mais non, Monsieur, je n'ai pas personnellement procédé à des arrestations.

En sortant du Sénat, il s'en prend à Clyde qui l'a pourtant soutenu autant que c'était possible :

J. Edgar avec Clyde Tolson à la sortie du Sénat

  Clyde : Ça ne s'est pas très bien passé.
  J. Edgar : Nous passons nos vies à travailler pour la Justice et en remerciement, nous avons droit à une attaque politique ! Il veut que les crimes restent impunis ? Pourquoi il s'attaque à moi ? Tu vas ouvrir un dossier sur le sénateur Mac Kellar immédiatement. Je veux 4 agents sur lui à plein-temps, je veux savoir ce qu'il y a dans sa poubelle, et je veux qu'on le prenne en photo à chaque dîner. Tu ne montes pas dans la voiture, tu n'as qu'à rentrer à pied.
  Clyde : Edgar, on doit déjeuner. On ne rate jamais un déjeuner, tu te souviens ?
  J. Edgar : Tu m'as renié devant le Sénat !
  Clyde : Toi tu t'es parjuré Edgar, et le mensonge était facile à prouver. S'il avait continué à te poser des questions, Dieu sait où cela nous aurait conduits.
  J. Edgar : Trouve-moi l'agent Purvis ! Qu'on le rétrograde immédiatement, ou mieux encore, vire-le !
  Clyde : Virer l'homme qui a tué John Dillinger, notre image publique va en prendre un sacré coup.
  J. Edgar : Alors qu'il passe le reste de sa carrière au placard, et s'il ne veut pas perdre son poste, il ferait mieux de ne pas parler à la presse

Il se retrouvera ensuite au chevet de sa mère, en pleine crise de confiance (cf. plus bas “Désintégration externe en 6”).

Mécanisme de défense d'identification

J. Edgar s'identifie tout le long du film au Bureau des Investigations qui devient le FBI. Plusieurs de ses interlocuteurs lui font d'ailleurs remarquer l'ambiguïté de ses propos et la différence entre l'homme et l'institution. J. Edgar confirme d'ailleurs sa difficulté à dissocier les deux :

  J. Edgar : La trace que laisse un homme dépend du moment où s'arrête l'histoire. […]
  Owens : S'agit-il de la trace que laisse un homme, ou de la réputation d'une institution ?
  J. Edgar : Les deux sont liés, agent Owens. L'un a inventé l'autre, et vice versa.

Fixation de vanité

Le fil conducteur du film est l'histoire de J. Edgar, racontée par lui-même, et dans laquelle il se vante de tous ses exploits.

Lors de leur dernier repas, Clyde rappelle à J. Edgar la notoriété qu'il a acquise, ce qui n'empêche pas J. Edgar de surenchérir avec une tirade pleine de vanité :

  Clyde : Tu as bâti une chose extraordinaire, Edgar, et si tu t'arrêtes maintenant, tout le monde t'honorera, et c'est ce que tu as toujours recherché, n'est-ce pas ? L'adoration inconditionnelle de notre pays ? Eh bien, tu as une occasion de l'obtenir.
  J. Edgar : Oui, oui, je crois que je la mérite. Je la mérite, n'est-ce pas Clyde ? J'ai sauvé ce pays d'une invasion bolchevique, je l'ai débarrassé des radicaux, j'ai capturé Mitraillette Kelly, j'ai tué Dillinger, capturé Karpis, fait condamner Bruno Hauptmann, et aujourd'hui, je jette mes dernières forces pour essayer de sauver ce pays, et on me récompense en m'obligeant à prendre ma retraite ? Je ne m'inclinerai pas devant cet homme, et le fait que tu l'aies suggéré me fait remettre en question ta loyauté.

Passion de mensonge

Il n'y a pas grand-chose à ajouter à la tirade de Clyde Tolson qui complète le dialogue ci-dessus :

  Clyde : Ma loyauté, Edgar ?
  J. Edgar : Oui, ta loyauté, Clyde.
  Clyde : J'ai lu ton manuscrit, Edgar, Tu n'as pas arrêté Karpis, et tu sais aussi bien que moi qu'il n'y avait pas de cheval blanc dans la rue, ni d'arme sur le siège arrière. Et tu n'as pas tué Dillinger. L'agent Purvis l'a fait, mais tu t'es accordé toute la gloire pour toi tout seul. Et Mitraillette Kelly n'a jamais dit : “FBI ne tirez pas.” Tu as inventé cette phrase pour vendre des bandes dessinées ; Edgar, et quand nous sommes allés sur la scène du plus grand crime du siècle, Monsieur Lindbergh n'est pas sorti te serrer la main et t'exprimer sa foi dans le FBI. Il t'a traité de petit homme tatillon, et il a refusé de te rencontrer. Et tu n'as pas arrêté Hauptmann, c'est l'agent Sisk qui l'a fait. Tu n'étais même pas sur les lieux, Edgar, seulement sur la photo. Edgar, presque tout ce que tu as écrit est de l'exagération. Il y a parfois des mensonges éhontés et je ne sais même pas si tu en as encore conscience. Edgar, tu peux mentir à tous les autres, au monde entier, pour te couvrir, pour couvrir le Bureau, mais tu ne peux pas me mentir à moi.

Cette réplique majeure de la fin du film permet de comprendre qu'une bonne partie des scènes vues précédemment n'illustre pas la vie de J. Edgar, mais « sa version » de l'histoire. Elle permet de réaliser que le courage et la loyauté à son pays ne sont que de surface, tout comme l'ennéatype 6 qui est encore aujourd'hui majoritairement attribué à J. Edgar. La recherche de succès personnel l'emporte de loin sur la loyauté au FBI ou à son pays.

La vanité et le mensonge sont la plupart du temps utilisés au service de son image et de sa notoriété

J. Edgar est très soucieux de son image. Dès le début du film, il redresse la tête avant de croiser le groupe de secrétaires, et alors que leur chef l'appelle « John » pour l'informer d'un rendez-vous, il précise : « Mademoiselle Gladwell, s'il vous plaît, n'oubliez pas, c'est MONSIEUR Hoover. »

Juste après avoir embauché Clyde Tolson, on le voit avec lui chez le tailleur pour acheter un nouveau costume, en s'appuyant sur les conseils de l'élégant Clyde. C'est d'ailleurs pour ouvrir un compte dans ce magasin qu'il se choisit une signature, autre élément fort de son image. Peut-on voir dans son choix d'utiliser son second prénom plutôt que le premier une illustration de son problème identitaire ?

Une fois le costume revêtu, il va voir Mademoiselle Gandy qui vient d'apprendre qu'un massacre a eu lieu à Kansas City et qu'un de leurs agents a été tué. Elle a un visage de circonstance. Ne connaissant pas encore l'événement, J. Edgar interprète immédiatement son attitude comme une mise en cause de son costume.

Sa recherche de notoriété est bien visible pour les personnes qui le côtoient. M. Irwin lui dit par exemple au début du film : « Vous savez ce qui est étrange avec la notoriété, surtout celle qui se construit sur l'adoration, la renommée pour la renommée, si on ne la contrôle pas, elle conduit forcément à l'infamie. Je vous suggère de réfléchir aux vraies raisons de votre animosité, avant que vous ne détruisiez la réputation de la chose à laquelle nous savons que vous êtes le plus attaché. »

Cet échange avec celui à qui il dicte son livre est éloquent. En voulant faire deviner le nom de Charles Lindbergh, J. Edgar demande :

  J. Edgar : Savez-vous qui est l'homme le plus célèbre du XXe siècle jusqu'à ce jour ?
  Jones : Jo Mac Carthy, Monsieur ?
  J. Edgar : Monsieur Mac Carthy était un opportuniste, non un patriote, Monsieur Jones. [Silence] Qui est l'homme le plus célèbre du XXe siècle jusqu'à ce jour ?
  Jones : Le plus… célèbre… c'est… vous… Monsieur.

J. Edgar retient un sourire furtif, manifestement flatté, ne contredit pas, tousse pour se reprendre, et lui donne un indice supplémentaire pour arriver à la réponse attendue.

Lorsqu'il se retrouve au club avec Clyde, Ginger Roger, sa mère, et Anita Colby, cette dernière lui dit spontanément, après qu'il leur ait fait la confidence que la piste de l'assassin du petit Lindbergh se précisait :

  Anita Colby : Croyez-moi Monsieur Hoover, toute l'admiration du monde ne peut remplir un cœur d'amour, ni vous tenir chaud la nuit.
  J. Edgar : Je sers mon pays, Mademoiselle Colby, l'admiration de la nation me suffit amplement.

Un peu plus tard, il quitte le club prématurément, très embarrassé par le fait que Madame Roger l'a invité à danser. De retour chez lui, il dit à sa mère : « Je n'aime pas danser, je trouve cela humiliant, et je refuse d'être humilié en public. »

Lors de leur dernier dialogue, Clyde dit à J. Edgar afin de le convaincre de se retirer : « Tu as bâti une chose extraordinaire, Edgar, et si tu t'arrêtes maintenant, tout le monde t'honorera, et c'est ce que tu as toujours recherché, n'est-ce pas ? L'adoration inconditionnelle de notre pays ? Eh bien tu as une occasion de l'obtenir. »

J. Edgar est également soucieux de l'image qu'il laissera dans le futur : « Ce qui détermine la trace que laisse un homme est souvent ce qui n'est pas vu. Ce qui est crucial à l'instant présent est que nous reclarifions la différence entre le bandit et le héros. » Il dit à Helen Gandy, en sortant de la bibliothèque après sa demande en mariage : « On ne rend pas souvent gloire aux novateurs… Pas au début. »

Il n'hésite d'ailleurs pas à remanier l'histoire pour qu'elle lui soit favorable : « Il est temps que cette génération apprenne ma version de l'histoire. » Il fait par exemple dire à Karpis lors de son arrestation, dans sa version de l'histoire où il arrête lui-même le gangster : « Monsieur Hoover en personne, je vais devenir célèbre ! »

Malgré ou à cause de tous ses efforts, J. Edgar ne deviendra jamais populaire et restera dans l'ombre des présidents successifs des États-Unis.

Mode de communication “Propagande”

Comme déjà illustré dans les trois dialogues ci-avant, ce mode de communication est très visible tout au long du film.

J. Edgar en pleine propagandeAu Sénat par exemple, pour obtenir plus de pouvoir pour le Bureau des Investigations, le ton est rapide, convaincant, stressant, s'appuyant sur l'émotion générée par l'enlèvement de l'enfant Lindbergh, bien que J. Edgar n'en ressente rien lui-même : « Mais savez-vous ce que représente le Bureau des Investigations sans loi fédérale ? Sans arme, sans possibilité de procéder à des arrestations ? Il ne représente rien. Monsieur le président du comité du Sénat, je vous exhorte à faire passer la loi Lindbergh pour faire du kidnapping un délit fédéral, et à communiquer à mon Bureau toutes les empreintes digitales relevées dans le pays afin que nous puissions créer un fichier central, à accepter d'armer nos agents, qu'ils puissent se battre à égalité de chance contre les mitraillettes de certains des plus dangereux personnages de l'histoire criminelle de l'Amérique. Et je vous exhorte à le faire au nom du bébé Lindbergh, parce que si lui peut être enlevé, quel enfant est en sécurité ? Et si nous ne pouvons rien faire pour qu'il rentre sain et sauf, alors à quoi servons-nous ? » [Silence, puis applaudissements dans l'auditoire.]

Hiérarchie des centres

Bascule du centre émotionnel

Le centre émotionnel de J. Edgar est la plupart du temps réprimé, ce que Clyde Tolson lui fait remarquer violemment lors de leur dispute à l'hôtel : « Je vois clair en toi. Tu es un petit homme, effrayé, horrible et sans cœur. » Le ministre de la Justice lui avait également dit : « Et soit dit sans offense, vous ne semblez pas avoir de vie privée, pas de femme, pas de petite amie, et pour autant que je sache, pas d'amis du tout. » Cette répression quasi permanente du centre émotionnel lui confère beaucoup d'agressivité.

Un passage au moins permet de voir son centre émotionnel disparaître. Après l'attaque cardiaque de Clyde Tolson, J. Edgar présente lui-même des signes de fatigue, et le docteur lui préconise, en présence d'Helen Gandy, de se ménager. La remise en cause de son image fait basculer son centre émotionnel et sa réaction est immédiate et agressive. Malgré l'évidence de sa fatigue pour tous, il intimide le médecin : « Je vous avertis, si vous me discréditez encore devant mes employés je vous fais radier de l'ordre des médecins. C'est compris ? » Cela ne l'empêche pas de demander au médecin de lui prescrire des fortifiants et de lui faire une visite quotidienne.

Son centre émotionnel se rétablit lors de rares occasions pendant le film, ce qui s'observe vis-à-vis de Clyde Tolson et Helen Gandy par sa manière de s'adresser à eux alternativement par leur nom ou leur prénom. Il ne présente plus aucune agressivité dans ces moments-là.

Après sa dispute avec Clyde à l'hôtel, à la fin de laquelle, après une bagarre, Clyde embrasse J. Edgar sur la bouche de force, ce dernier finit par lui dire qu'il l'aime, mais trop tard, après que Clyde ait quitté la pièce. Il pleure.

Lors du décès de sa mère, son émotionnel revient, et sa vraie personnalité avec. Il pleure, il commence à se travestir, puis arrache son collier en s'auto-ordonnant de rester fort, semblant douter de sa capacité à le rester sans la présence forte de sa mère. Il ne laisse pas son centre émotionnel s'installer, et refuse sa vraie personnalité.

Après que Clyde ait eu son attaque, Helen le surprend en pleurs dans son bureau :

  J. Edgar : Helen ?
  Helen : Oui.
  J. Edgar : Est-ce que je tue tout ce que j'aime ?
  Helen : Il n'est pas encore parti, Edgar.
  J. Edgar : Et tout ce que nous avons bâti ?
  Helen : Non, le Bureau est plus fort que vous et moi aujourd'hui. Votre enfant est solide et assure la sécurité de ce pays.

Centre mental en support

Le centre mental de J. Edgar fonctionne bien. Il est régulièrement en train de faire des plans à long terme et il a une forte aptitude à la stratégie (voir ci-dessous).

Il oriente l'action de son Bureau vers la réflexion autant que vers l'action, notamment avec la mise en place de son service d'expertises scientifiques. Après l'attentat contre le sénateur Palmer et après l'enlèvement du bébé Lindbergh, il constate avec agacement que la scène de crime n'est pas exploitée et est même détruite par la police.

Son centre mental lui confère probablement le très grand intérêt qu'il a pour l'information.

Son mode de communication reflète également l'attention qu'il porte au mental. Après son échec au sénat, il dit par exemple : « Si le Congrès préférait plus la force physique que l'esprit et l'intelligence, s'il désirait ardemment un héros américain armé, alors j'étais prêt à risquer jusqu'à ma vie pour le satisfaire. »

Lors de sa nomination par le ministre de la Justice, J. Edgar pose comme condition que les nouvelles recrues soient de formation universitaire. Lors de l'entretien d'embauche de Clyde Tolson, même sur une question portant sur la condition physique des agents, J. Edgar rappelle que ces derniers doivent aussi être « malins ».

  Clyde : Euh, l'exercice est-il obligatoire pour tous les agents, Monsieur ?
  J. Edgar : Oui, tous nos agents doivent être en excellente condition physique et nous devons être plus malins et plus forts que l'ennemi public en toutes circonstances.

Lorsqu'un Kennedy l'appelle sur sa ligne (on ne sait pas s'il s'agit du président ou de son frère), son insulte porte de nouveau sur la capacité mentale en premier, et sur la dépendance qui en résulte : « Ce crétin de bébé Kennedy est encore en train d'agiter son hochet. Il a peut-être besoin qu'on change sa couche. »

Lorsque son centre émotionnel n'a pas basculé, ce dernier passe avant le mental, comme illustré dans la scène ci-dessous entre Helen Gandy et J. Edgar, à propos de la candidature de Clyde Tolson. Pour situer le contexte, J. Edgar vient d'éliminer un autre candidat, par ailleurs intéressant, pour la seule raison qu'il ne pouvait s'engager que pour cinq ans, et s'enquiert spontanément de la candidature de Clyde Tolson, qui ne le laisse pas indifférent mais qui ne répond pas du tout à ses critères.

  Helen : Le rapport souligne qu'il a confiance en lui, du sang-froid, une excellente diction, mais que quoique physiquement apte, il pourrait ne pas apprécier un travail trop rude. Son seul intérêt pour le Bureau est d'acquérir de l'expérience pour ouvrir ensuite un cabinet privé, et il n'est pas motivé pour s'engager sur une période de temps de quelque durée que ce soit, ce qui rendrait son embauche spéculative. Il a reçu une lettre de recommandation provenant du directeur du cabinet du secrétaire d'État à la guerre.
  J. Edgar : Oh, c'est fantastique, Mademoiselle Gandy.
  Helen : [Un peu gênée] Oui. il est mentionné ici que Monsieur Tolson n'a jamais fait preuve d'un intérêt quelconque pour les femmes.
  J. Edgar : [Silence]
  Helen : Remarquez, certains de nos meilleurs agents excellent parce que justement, ils ne sont pas encombrés d'une famille.
  J. Edgar : Oui, c'est exact. Qu'il passe un entretien.

Centre instinctif réprimé

J. Edgar est la plupart du temps physiquement inactif. On ne le voit que deux fois faire un minimum d'activité physique au début du film, à vélo pour se déplacer, ou en faisant des pompes dans son bureau, à grand-peine. On le voit également courir pour arrêter le gangster Karpis, mais c'est dans « sa version » de l'histoire.

Il ne sait pas non plus danser, au point de s'enfuir pour éviter l'humiliation lorsque Mme Rogers lui propose une danse au club.

Utilisation de la stratégie

J. Edgar est stratégique, aptitude favorisée par son centre mental en support qui lui permet de voir à plus long terme.

Grâce à ses dossiers secrets, J. Edgar utilise le chantage vis à des présidents successifs des États-Unis et de nombreuses autres personnes comme le prix Nobel Martin Luther King, afin qu'ils coopèrent à ses projets, ou à minima ne s'y opposent pas. Par exemple avec le président Roosevelt :

  J. Edgar : Chaque fois c'est la même chanson. Ils me font poireauter, ils s'imaginent que j'ai des sueurs froides, qu'ils vont me montrer qui est le patron, et moi, je joue le jeu.
  Clyde : Et alors, tu lui as montré les transcriptions.
  J. Edgar : Non, il n'a pas voulu les lire. C'était incroyable, il voulait que je lui fasse un rapport.
  Clyde : Sur quoi ? L'origine de tes infos ?
  J. Edgar : Non, j'avais commencé à lui expliquer que nous ne nous attendions pas à trouver Madame Roosevelt dans la chambre d'un agitateur communiste notoire, moins encore qu'il ne se produise ce qui avait l'air d'être un moment d'intimité partagé, et que je comptais sur lui pour me dire quelle suite je devais donner. Je voulais qu'il sache que j'étais son allié.
  Clyde : Avant qu'il ne puisse te demander de démissionner.
  J. Edgar : Exactement, quand j'ai eu terminé, il a seulement poussé le dossier de côté, comme s'il n'était en rien concerné par tout ça. Clyde, le président des États-Unis d'Amérique a peur.

Cela fonctionne à merveille puisqu'il a opéré sous huit présidents successifs, malgré le fait que plusieurs d'entre eux aient initialement souhaité se débarrasser de lui. Cette stratégie lui sert à faire voter les lois dont il a besoin pour mener à bien ces projets, aidé par son type de discours “propagande”.

Il s'en sert également au service de son centre émotionnel, par exemple pour convaincre Clyde Tolson de venir avec lui aux courses hippiques :

  J. Edgar : À propos de chevaux, Clyde, j'aimerais aller à Delamere ce week-end. J'avais envie de prendre de petites vacances, et je me suis dit que tu aimerais venir.
  Clyde : Je ne suis jamais allé sur un champ de courses, Edgar.
  J. Edgar : Et bien, c'est merveilleux. Entre toi et moi, lorsqu'il m'arrive de perdre, la direction me rembourse tout ce que j'ai perdu.
  Clyde : Et que se passe-t-il quand tu gagnes ?
  J. Edgar : Ils paient quand même.
  Clyde : Alors où est le plaisir ?
  J. Edgar : Dans le soleil qui tombe sur les tribunes, l'hôtel, la chambre, le service, les restaurants, mais plus que tout Clyde, c'est la compagnie. Viens avec moi.
  Clyde : J'adorerais.
  J. Edgar : Fantastique ! Je vais dire à Mademoiselle Gandy de faire les réservations.
  Clyde : Edgar, je ne peux pas maintenant, mais peut-être dans quelques mois quand j'aurais mis un peu de côté.
  J. Edgar : C'est totalement pris en charge, Clyde.
  Clyde : Edgar, je ne peux pas accepter.
  J. Edgar : Écoute, tu as tellement fait pour moi et pour ce Bureau. C'est pour te remercier.
  Clyde : Je ne sais pas si je serai très à l'aise.
  J. Edgar : Je vais te dire, Clyde. Je vais prendre une suite avec deux pièces communicantes au lieu de deux chambres. Cela fera des économies.
  Clyde : D'accord.

Désintégration externe en 6

Étant 3 mu, J. Edgar se désintègre en 6 mu, et les signes de désintégration externe se font de plus en plus nombreux avec l'âge

Compulsion d'évitement de la déviance

Avant l'interpellation musclée des radicaux, alors que les agents du Bureau des Investigations ne sont pas encore légalement armés, il leur distribue des armes, et leur dit : « Ce sont des cadeaux que je vous fais, Messieurs. Il n'y a pas de loi qui nous empêche d'utiliser nos armes personnelles. »

Lors de sa prise de fonction en tant que directeur suppléant du Bureau des Investigations, il donne le ton à son équipe lors d'une revue à l'allure militaire : « Je suis déterminé à renvoyer sur le champ de ce Bureau tout employé qui se livrerait à la consommation de boissons alcoolisées », ou encore « [Chaque agent] a le devoir de se tenir constamment, de manière officielle ou non officielle, de manière à éviter la moindre possibilité de critique quant à sa conduite. » Cette dernière phrase rappelle l'importance de l'image. Il ne s'agit pas d'éviter la déviance, mais les critiques.

Après avoir congédié un agent parce qu'il porte la moustache et que cela plaît aux dames, il continue en voie off : « J'avais rapidement congédié tous les agents qui ne correspondaient pas à mes critères : éducation bonne forme physique, mais par-dessus tout, loyauté. »

Cet évitement de la déviance reste cependant très relatif en ce qui le concerne, et fait l'objet de nombreux arrangements. Par exemple, après avoir fait chanter le président Roosevelt, il se retrouve avec Clyde :

  J. Edgar : Le président a signé une ordonnance secrète, m'accordant plein pouvoir pour surveiller — surveillance secrète bien sûr — les communistes et les radicaux sans jamais avoir à me justifier.
  Clyde : C'est légal ?
  J. Edgar : Il faut parfois savoir faire une petite entorse à la règle pour la sécurité de son pays, non ?

À titre plus personnel, l'évitement de la déviance se voit aussi dans son évitement à reconnaître son attirance pour le travestissement et les hommes. Par exemple lorsque Clyde lui dit qu'il l'aime, à l'hôtel du champ de courses, J. Edgar invente aussitôt un projet de mariage avec une femme et lui en fait part. L'évitement de cette déviance rejoint la loyauté à sa mère.

Fixation de doute et de suspicion

J. Edgar exprime régulièrement le fait qu'il n'a confiance en personne, comme lors de l'installation de son système de fiche dans son Bureau : « Ce système doit être simple si on vous l'explique, sinon trouver des infos doit s'avérer impossible. Et ne vous fiez à personne, même pas aux autres agents. La moitié de nos collègues touchent des deux côtés. »

Après son échec au Sénat il se retrouve auprès de sa mère malade. Elle lui indique intuitivement l'idée supérieure de son type de désintégration, afin de l'aider à se réintégrer :

  J. Edgar : Je ne sais plus à qui je peux me fier. Il n'y a que vous. Que vous, mère. Vous êtes la seule qui reste pour me protéger, vous comprenez ? […]
  Sa mère : La foi, Edgar, la foi. Ne te flétris pas comme une petite fleur. Sois fort.
  J. Edgar : Oui mère, je le serai.

Il vérifie même plusieurs fois la solidité de la loyauté de Mademoiselle Gandy et de Clyde Tolson, dont la loyauté à son égard est pourtant exceptionnelle, par exemple lors de son dernier échange avec Helen Gandy :

  J. Edgar : Helen, Helen, si jamais il m'arrivait quelque chose j'aurais besoin que vous me rendiez un service. Vous saisissez ?
  Helen : Bien sûr.
  J. Edgar : Nixon, il essaiera de récupérer tout ce qu'on a. Il nous crucifiera, moi et mon Bureau. J'ai peur de ce qui risque de se passer si je ne suis pas là pour le protéger. Mademoiselle Gandy…
  Helen : Vos dossiers personnels, Monsieur ? Eh bien, personne ne les trouvera jamais.
  J. Edgar : Merci, Helen. [Elle fait quelques pas pour quitter le bureau, mais il insiste] Quelle que soit la pression qu'ils exercent ? Quelle qu'elle soit ?
  Helen : Oui, Edgar, quelle que soit la pression qu'ils exercent. Je vous en fais la promesse.
  J. Edgar : Merci, Helen.

Passion de peur

J. Edgar en pleine crise de confiance auprès de sa mèreOn le voit effrayé lors des actions musclées pour arrêter les radicaux. Il reste en arrière, ce qui ne l'empêche pas de dire ensuite qu'il a pris de grands risques personnels.

La peur est également clairement visible lorsqu'il demande à Helen Gandy de faire disparaître ses dossiers secrets après sa mort, ou lorsqu'il est avec sa mère après son échec au sénat ou après son refus de danser avec Anita Colby.

Mécanisme de défense de projection

Lors de sa première rencontre avec Clyde Tolson, il admire son costume. Il se sent moins bien habillé, ce que nous prouvera une scène suivante où il ira avec Tolson s'acheter un nouveau costume en suivant ses conseils. Il dit cependant à l'agent qui vient de lui présenter Tolson : « J'étais en train d'admirer votre costume, Monsieur Tolson. Vous devriez en prendre de la graine, Lawrence. »

Lors de l'entretien d'embauche de Clyde Tolson, J. Edgar est très gêné, alors que Clyde Tolson est au contraire détendu. En réponse à un silence assertif de Tolson le mettant mal à l'aise, J. Edgar dit : « Vous avez un problème, Monsieur Tolson. »

Face à Robert Kennedy, à qui il vient demander plus de pouvoirs en échange de son silence sur les informations concernant les relations entre son frère John Fitzgerald et une communiste est-allemande, il manifeste à la fois une projection et l'évitement de l'échec. Ces deux manifestations n'échappent pas à Robert Kennedy qui lui fait remarquer aussitôt :

  J. Edgar : Savez-vous qui est Stanley Levinson, Monsieur ?
  Kennedy : Un avocat.
  J. Edgar : Un avocat blanc, communiste, meneur syndicaliste au plus haut niveau, y compris au sein du SCLC. Leur groupement s'étend, ils sont totalement centrés sur eux-mêmes, et leur direction est ouvertement hostile au poste que vous occupez. Avez-vous lu les mémos que j'ai envoyés ?
  Kennedy : Non, non, je n'en ai pas eu l'occasion.
  J. Edgar : C'est écrit ici, Monsieur Kennedy. Nous sommes, d'après eux, incapables d'obtenir des condamnations même pour les crimes les plus abominables, et nous avons vacillé sous la pression de la complexité et des responsabilités inhérentes à ce poste. En toutes lettres, ici, dans le Washington Post.
  Kennedy : Vous ne supportez pas la moindre critique.
  J. Edgar : Ça dépend de qui se cache derrière. Ils sont en train d'acquérir un pouvoir considérable. Leurs priorités sont singulièrement centrées sur leur propre cause. Ils essaient d'inciter le pays à la révolte.
  Kennedy : Franchement ils ont l'air plus critiques envers votre Bureau que le mien. Le communisme a un nouveau visage, Edgar, et ce n'est pas celui-là. La menace communiste vient de l'étranger aujourd'hui, et pas de l'intérieur.

Lorsqu'il dicte à Helen Gandy la lettre anonyme destinée à Martin Luther King, on ne peut s'empêcher de voir de la projection dans les phrases suivantes, illustrant le rejet enfoui qu'il a de lui-même : « Les Blancs de ce pays ont bien assez d'imposteurs comme ça, mais je suis certain qu'en ce moment, ils n'en ont pas qui soit près d'être ton égal. […] Tu es un imposteur monumental et démoniaque, et haineux qui plus est. Tu ne crois pas en Dieu. Manifestement tu n'as aucun principe moral personnel. […] Tu t'es révélé être non pas un leader mais un débauché, imbécile, amoral, anormal. Il ne te reste qu'une chose à faire, et tu sais ce que c'est. Il ne te reste qu'une porte de sortie, et tu ferais mieux de la prendre avant que le répugnant faussaire anormal que tu es soit banni de cette nation. »

On en voit également dans la phrase suivante qu'il dit dans son dernier dialogue avec Clyde, après voir vu Nixon : « Je ne suis jamais rentré dans son jeu. C'est ça le problème, et si certains m'ont accusé de contrevenir à la loi, ils devraient peut-être regarder au fond de leurs âmes et chercher d'où leur vient l'impression qu'on leur fait subir un chantage ou qu'on fait pression sur eux. »

Instincts et sous-type

Instinct de conservation “Sécurité-Accumulation”

L'instinct de conservation semble fortement présent chez J. Edgar.

Il ne fume pas malgré les encouragements de sa mère qui voit là un moyen qu'il se détende. Il ne boit pas d'alcool, comme lui fait remarquer Clyde Tolson après son entretien avec Roosevelt :

  J. Edgar : Nous prendrons deux coupes de votre meilleur champagne.
  Serveur : Tout de suite, Monsieur Hoover.
  Clyde : Tu bois maintenant ?

Lors du repas avec sa mère et sa nièce, il cherche à perdre quelques kilos, demande qu'il formulera également à son médecin plus tard dans le film. Il demande à ce même médecin des fortifiants et une visite quotidienne. On le voit à plusieurs reprises s'essuyer les mains après une poignée de mains.

Il reste en retrait et sur ses gardes lors des interpellations qu'il dirige, même s'il essaie de faire passer une autre image.

Sa chambre, dans laquelle Tolson le retrouve après sa mort, est remplie de nombreux objets d'art qui l'aident probablement à se « sécuriser ». Il est probable que sa demande en mariage à Helen Gandy ait plus été motivée par ce besoin de sécurisation que par un amour réel.

Professionnellement, sa demande récurrente de centralisation et d'accumulation des fiches et empreintes digitales dans son Bureau répond peut-être également à ce besoin de sécurisation : « L'information c'est le pouvoir. »

Instinct social “Prestige”

J. Edgar cherche constamment la notoriété et la popularité en travaillant son image et celle du FBI. On le voit cependant rarement en relation avec un groupe, et ne cherche guère d'appartenance à d'autre groupe que le FBI, groupe dans lequel il ne cherche d'ailleurs pas à plaire, mais à affirmer son pouvoir. Il est en moyenne plutôt asocial.

Instinct sexuel “Masculinité-Féminité”

Le film est une succession de scènes où J. Edgar est souvent en relation 1-1 avec ses interlocuteurs, successivement Clyde, Helen, sa mère, les présidents des États-Unis, les agents qui se succèdent pour taper sous sa dictée, etc.

Le film reste ambigu sur sa relation avec Clyde Tolson, mais il tient plus que tout à cette relation. Après leur bagarre à l'hôtel, il lui dit : « Clyde, ne me quitte pas. Je te demande pardon. », avant de dire qu'il l'aime, une fois Clyde parti. Lorsque Clyde est souffrant, après son attaque, il dit à Helen : « Est-ce que je tue tout ce que j'aime ? » Dans sa chambre mortuaire, Clyde retrouvera la lettre d'amour de Madame Roosevelt à son amante, façon probable de déclarer son amour à Clyde. Il ne lui dira cependant jamais en face.

J. Edgar est très attentif à son apparence, en achetant des costumes sur mesure, et en cherchant à perdre du ventre. Il est aussi attentif à l'apparence de ses employés, en leur demandant de s'habiller correctement ou de se couper la moustache : « Vous n'êtes pas dans un saloon. Faites preuve de respect envers vous-même, mais plus important, faites preuve de respect envers ce service. »

Juste avant la grosse colère de Clyde, dans l'hôtel du champ de courses, il exprime la préoccupation de l'instinct sexuel : « Qu'y a-t-il, Clyde ? Tu veux que je reste qu'une partie de moi-même ? Que je reste incomplet ? »

J. Edgar se travestissant, juste après la mort de sa mèreLe sous-type sexuel du 3, “Masculinité-Féminité”, amène un homme d'ennéatype 3 à se conformer à l'image masculine de référence dans son monde et à vivre une certaine confusion entre les aspects masculins et féminins de sa personnalité. Cette confusion est probablement présente chez J. Edgar au vu de sa tendance au travestissement, et lui pose certainement de gros problèmes tant elle est incompatible avec l'image masculine acceptable dans son entourage familial ou professionnel.

En conclusion, les trois instincts de J. Edgar sont blessés et visibles : C+, S--/+, X+/-.

Ailes

Une aile 2 est possiblement à l'origine de la manipulation émotionnelle sur laquelle il compte pour atteindre ces objectifs, et que l'on retrouve dans de nombreuses tirades, par exemple au Sénat : « Et je vous exhorte à le faire au nom du bébé Lindbergh, parce que si lui peut être enlevé, quel enfant est en sécurité ? » Ou encore, toujours au Sénat : « Les crimes commis par des hors-la-loi violents vagabondant d'État en État comme des meutes de loups féroces équivalent à une véritable invasion armée de l'Amérique. » Et aussi lorsque le ministre de la Justice lui demande de débarrasser son laboratoire technique pour réinstaller le fumoir : « Je n'aurais qu'à dire au peuple américain que nous n'avons pas pu résoudre l'affaire Lindbergh parce que nous n'avions pas de laboratoire décent et que le ministre de la Justice refusait de nous prêter son fumoir. »

La fixation secondaire de flatterie est visible lorsqu'il tente de séduire Helen Gandy : « Mademoiselle Gandy, nous ne nous connaissons pas depuis longtemps, mais j'ai la certitude que vous feriez la meilleure des compagnes. Votre force, votre caractère, votre éducation… » Elle n'est d'ailleurs pas dupe et lui demande s'il se moque d'elle.

Le dédain est aussi visible à plusieurs reprises, par exemple lorsque Clyde et lui se retrouvent dans leur suite dans l'hôtel du champ de courses :

  Clyde : Tu as vu ces chaussures ?
  J. Edgar : Celles de Desir Nace ?
  Clyde : C'est ça.
  J. Edgar : Les chaussures en croco avec les horribles boucles sur le dessus ? Non, je n'ai pas prêté la moindre attention.
  Clyde : Avec tout l'argent qu'ils ont, on se dit qu'ils pourraient avoir un minimum de goût, ou au moins payer quelqu'un qui en ait pour eux.
  J. Edgar : Et sa fausse rouquine de femme, quand je l'ai vue entrer, j'ai cru que quelqu'un allait tirer un coup de fusil sur son chapeau. C'était comme ça, tu vois. [Il prend un bouquet de fleurs et se le tient au-dessus de la tête.]

Ou encore lorsque Clyde lui parle de l'expert en coupe de bois :

  Clyde : Il se dit meilleur expert du monde en analyse de bois.
  J. Edgar : Hum, c'est facile d'être un expert si on est la seule personne au monde que ça intéresse.
  Clyde : Il dit aussi qu'il peut tirer autant d'une découpe de bois qu'un médecin le ferait d'une autopsie. Il a des difficultés sociales.
  J. Edgar : Oui, c'est un malade mental, tu veux dire. [Il rit.]

La passion secondaire d'orgueil est plus difficile à observer et à retranscrire par des paroles, mais visible sur son visage à plusieurs reprises, par exemple lorsque l'agent qui dactylographie son livre lui dit qu'il est le personnage le plus célèbre du XXe siècle jusqu'à ce jour, et que J. Edgar ne le contredit pas et se contente de réprimer un petit sourire.

Orientation parentale

Anne-Marie Hoover, la mère de J. EdgarSous réserve que sa mère soit vraiment sa figure nourricière, ce qui semble probable, J. Edgar suit l'orientation parentale typique des 3, à savoir une connexion forte au message de la figure nourricière, dans les yeux de laquelle il cherche trouver une image positive de lui-même, quitte à abandonner son identité.

Ce mécanisme est très présent dans le film et est même littéralement mis en scène lors d'un flash-back où J. Edgar se voit adolescent, assis en face de sa mère qui lui parle. Ils sont les yeux dans les yeux, les yeux brillent, et sa mère lui fait part d'une prémonition que lui a fait une voyante, selon laquelle J. Edgar deviendra « l'homme le plus puissant du pays » après la mort de son père, et qu'il rendra à leur famille « sa vraie grandeur ». Il repense à cela en venant lui annoncer sa promotion, après avoir ignoré son père souffrant et lui demandant de l'aide.

J. Edgar, enfant, devant sa mèreJ. Edgar répond la plupart du temps par « oui, mère » aux demandes et ordres fréquents de cette dernière, et a une attitude extrêmement soumise vis-à-vis d'elle. Il enfouit en permanence son penchant pour l'homosexualité et le travestissement face à sa mère qui veut voir en lui un homme puissant et droit. Il tente une fois de lui en parler, mais la réaction de sa mère est sans appel : « Je préfère un fils mort qu'un fils qu'on appelle “Chochotte”. »

Après la mort de sa mère, le premier réflexe de J. Edgar est de se travestir, comme s'il voulait se libérer de sa fausse identité, mais il se répète rapidement à lui-même le message maternel lui ordonnant d'être fort, et casse son collier en pleurant. L'emprise maternelle est toujours là.

Corrélation avec la Spirale Dynamique

DQ dominant

Compte tenu de l'éducation très traditionnelle de sa mère et de son travail dans l'administration de la Justice américaine, J. Edgar, au moins dans la première moitié de sa vie, a vécu dans un environnement fortement dominé par DQ.

Au cours de sa vie, il s'attaque successivement aux communistes, aux radicaux, aux gangsters, tous accusés de remettre en cause la Vérité Ultime de l'idéal américain, et de vouloir refaire tomber le pays dans le chaos. Plusieurs fois, J. Edgar rappelle la menace que représentent ces divers opposants : « Le communisme n'est pas un parti politique, c'est une gangrène qui corrompt l'âme en changeant les hommes les plus doux en tyrans démoniaques, pleins de haine. Ce que nous voyons, c'est un mépris insidieux pour la loi et l'ordre. Le taux de criminalité grimpe en flèche. Il y a un défi à notre autorité et si nous laissons faire, cela plongera une fois de plus notre nation dans l'abîme de l'anarchie. », ou encore « Lorsque la moralité décline, et que les braves gens ne font rien, le mal prospère. Chaque citoyen a le devoir d'en tirer ce qui menace son foyer, ses enfants. Une société qui se désintéresse de son passé et qui refuse d'en tirer les leçons est condamnée. Nous devons jamais oublier notre histoire, nous devons jamais baisser notre garde, Même aujourd'hui, il existe des organisations pour lesquelles l'Amérique est la cible n° 1. Elles détruiraient la sécurité et le bonheur de chaque individu, et nous plongeraient dans une situation d'anarchie et d'immoralité qui dépasse l'entendement. »

Sa mère lui dit, après avoir appris la mort du bébé Lindbergh : « Nous sommes des pêcheurs, Edgar. Nous avons toléré l'anarchie sur nos terres jusqu'à ce qu'elle prenne des proportions diaboliques. Le sang de ce bébé est sur nos mains à tous, Edgar. Sur tes mains, Edgar. » On retrouve le diable, symbolisant l'opposition à la Vérité Ultime, et la culpabilisation de DQ.

Lors de sa première rencontre avec Helen Gandy, au ministère de la Justice, il s'adresse à la chef des secrétaires pour lui demander : « Et qui est cette charmante adjonction au bureau des secrétaires ? » Cette dernière autorise ensuite Helen Gandy à se présenter : « Helen, présentez-vous. » Un peu plus tard, il demande au ministre de la Justice de dépendre directement de lui, et pas des « politicards ». DQ passe systématiquement par la hiérarchie.

À la fin du film, la carte étant le territoire pour DQ, il rédige « sa version de l'histoire ».

En tant qu'ennéatype 3, J. Edgar se conforme aux comportements et valeurs du DQ qui l'entoure, chargé de morale chrétienne et d'idéal américain, ce qui renforce la confusion avec l'ennéatype 6. Il manifeste cependant surtout les mauvais côtés de DQ, avec son dogmatisme qui lui fait voir des communistes partout, même quand il n'y en a plus (« La SCLC a des liens étroits avec le communisme. »), avec son autoritarisme omniprésent, ou encore son côté punitif dès qu'il est mis en échec, comme à sa sortie du Sénat avec Clyde où il décline en moins d'une minute des représailles pour le sénateur, Clyde et l'agent Purvis (cf. “Compulsion d'évitement de l'échec” ci-dessus). Sa loyauté et son sens de la morale ne sont que de surface (cf. “Passion de mensonge” ci-dessus), et aucune trace de charité n'est visible.

CP exigé

J. Edgar est également confronté à CP, notamment lorsqu'il intervient dans le monde des gangsters. Il n'est pas à l'aise dans ces circonstances et préfère gérer la situation de loin, ce que lui reproche un sénateur : « Dans les bandes dessinées, vous avez une mitraillette et vous arrêtez des gens. Ce n'est que de la fiction ? » J. Edgar tente de se conformer à cette attente : « Si le Congrès préférait plus la force physique que l'esprit et l'intelligence, s'il désirait ardemment un héros américain armé, alors j'étais prêt à risquer jusqu'à ma vie pour les satisfaire. »

Sa mère présente également un CP assez fort, et lui demande régulièrement d'être fort — « Je préfère un fils mort qu'un fils qu'on appelle “Chochotte” » —, tout en lui prédisant qu'il sera « l'homme le plus puissant du pays ». J. Edgar tente également de se conformer à cette image attendue par sa mère, y compris après la mort de cette dernière.

J. Edgar n'est pas assertif et le courage lui manque (cf. “Désintégration externe en 6” ci-dessus). Ses colères agressives régulières traduisent probablement un CP présent, mais mal installé à l'image de son instinct sexuel. Il en présente les mauvais côtés comme un égocentrisme démesuré et une absence de considération des autres. Il exprime également l'évitement de la honte. Par exemple après avoir été invité à danser, il dit à sa mère : « Je n'aime pas danser. Je trouve cela humiliant et je refuse d'être humilié en public. »

Sa volonté de dominer et d'avoir du pouvoir est bien visible tout au long du film, notamment dans sa relation avec les Présidents successifs des États-Unis, ou encore avec ses employés. Cependant, son centre mental, qui reste la plupart du temps actif, limite son impulsivité : lors de son échec au Sénat, il attend d'être sorti et seul avec Tolson pour libérer progressivement sa colère ; lorsque le médecin lui dit qu'il présente des signes de fatigue (cf. “Bascule du centre émotionnel” ci-dessus), il demande posément à Helen et aux deux agents qui l'accompagnent de se retirer et attend d'être seul avec le médecin pour l'intimider. Il répond très impulsivement à la grosse colère de Clyde Tolson en le frappant au visage, alors que ce dernier vient de casser deux vases très violemment et de lui dire tout aussi violemment : « Je vois clair en toi. Tu es un petit homme, effrayé, horrible et sans cœur. » J. Edgar regrette rapidement son geste : « Clyde, ne me quitte pas. Je te demande pardon. »

Un BO qui fragilise la Spirale

Il n'y a pratiquement pas d'illustration positive de BO dans la vie de J. Edgar : aucune référence aux anciens — en dehors de la relation spécifique à sa mère —, qu'ils soient de la famille ou de son milieu professionnel, et pas de trace de réciprocité. Certains effets négatifs de BO sont visibles, comme la négation de l'individualité de ses agents au bénéfice du FBI et de lui-même (« Il nous faut des hommes prêts à consacrer leur vie. »), ou la superstition de l'homme vêtu de noir montant un cheval blanc — signe de mort immédiate dans la famille —, alors qu'il va arrêter Karpis après avoir vu sa mère souffrante, ou encore certaines crises de peur liées à son esseulement (cf. “Passion de peur” et “Fixation de doute et de suspicion” ci-dessus).

À l'image de son instinct social, BO est insuffisamment présent ou mal installé, ce qui contribue à la mauvaise mise en place des vMèmes suivants, comme nous l'avons vu pour CP et DQ ci-dessus.

Un grand écart difficile

J. Edgar a cependant dès l'âge de jeune adulte des capacités cérébrales R. L'utilisation de son centre mental pour la stratégie à long terme est un premier indice (cf. “Centre mental en support” et “Utilisation de la stratégie” ci-dessus). Il donne également au ministre de la Justice les conditions suivantes pour accepter son poste de directeur suppléant : « Les recrues doivent être de niveau universitaire, les affectations doivent être basées sur le mérite, les promotions seront attribuées suivant les réelles capacités. » Ces conditions remettent en cause la hiérarchie bureaucratique DQ, et tendent à la remplacer en faisant appel à la motivation de ER d'avoir un statut obtenu par soi-même.

Les capacités cérébrales R de J. Edgar se traduisent également par un goût plus prononcé que la moyenne pour la compréhension rationnelle du monde, et pour le progrès par la technologie. Il est très tôt attentif à l'analyse scientifique des scènes de crimes, et promeut la technique des empreintes digitales (cf. “Dialogue avec le ministre de la Justice” ci-dessus). Plus tard il est novateur, voire clandestin, avec son laboratoire technique et l'introduction de la publicité au FBI.

J. Edgar vit probablement un DR inconfortable pendant la plus grande partie de sa vie, avec des passages par CR encore plus difficiles à vivre mais aussi incontournable que l'approbation qu'il attend de sa mère. Son ennéatype 3 ne lui facilite pas la tâche, car cherchant à se conformer à DQ et CP, il fait le grand écart avec ses capacités cérébrales R sans forcément en avoir conscience. En combinaison avec la mauvaise installation de BO, CP et DQ, il y a peut-être là une des causes de son état de désintégration externe quasi permanente

De la vérité ultime à la vérité personnelle

J. Edgar meurt le soir de son échec auprès de Richard Nixon, après avoir eu la garantie d'Helen Gandy que ses dossiers secrets ne saliront pas sa réputation, et après que Clyde lui ait suggéré de se retirer, en lui signifiant le grand mensonge qu'a été sa vie.

Suite à son échange avec Clyde, après un premier instant d'agressivité, J. Edgar retrouve son centre émotionnel, se connecte à son idée supérieure de vérité, et avoue à Clyde à quel point il a eu besoin de lui dès le premier instant de son entretien d'embauche. Il lui propose ensuite de se retrouver le lendemain dans leur restaurant préféré, et l'embrasse sur le front avec une très grande tendresse, avant de lui souhaiter bonne nuit et de rentrer chez lui.

En rentrant chez lui, on entend la voix de J. Edgar pendant qu'il monte (symboliquement ?) les escaliers : « L'essence même de notre démocratie est enracinée dans la conviction de la valeur de chaque individu, et que la vie a un sens qui transcende tout système établi par l'homme, que l'amour est la plus grande force sur Terre, infiniment plus durable que la haine, les divisions contre nature de l'humanité. »

Vu de l'Ennéagramme, ce message symbolise son intégration. Il exprime l'espérance, idée supérieure de son type 3 mu, et reconnaît la très grande force de l'amour, vertu théologale associée au centre émotionnel et idée supérieure de son type d'intégration 9 mu.

Vu de la Spirale Dynamique, il exprime clairement l'avènement de ER qui transcende DQ.

Cette phrase suggère qu'il s'ouvre en même temps à son essence et à ER, faisant probablement face aux terribles remises en cause que cela implique.

Le discours posthume de Richard Nixon scelle son image de héros des États-Unis DQ et CP, et son identification au FBI : « Cet homme remarquable à bien des points de vue a servi son pays pendant 48 ans, sous huit présidents, comme directeur du FBI, avec une dévotion inégalée, avec compétence et dévouement. […] J. Edgar, par l'indomptable courage dont il a fait preuve lors d'attaques parfois haineuses a fait en sorte que le drapeau du FBI flotte toujours au plus haut. Le FBI est le monument éternel qui rendra honneur à cet immense américain. »