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Lonesome Jim
Analyse

Lonesome Jim : JimJim Roush (Casey Affleck) : 4

Jim est l'archétype du 4 désintégré. À simplement le voir, la fixation de mélancolie saute aux yeux. Jim en est bien sûr parfaitement conscient :

  Anika : Tu vis chez tes parents ?
  Jim : Temporairement. Je partirai quand mon frère sera rétabli. Je revenais pour faire une dépression, mais cet enfoiré m'a grillé.
  Anika : Qu'est-ce que t'as ?
  Jim : Désespoir chronique.
  Anika : [Elle hoche la tête.]

Mais cette mélancolie, il la cultive soigneusement :

  Anika : [À propos des photos collées sur le mur de la chambre de Jim.] Qui sont tous ces gens ?
  Jim : Euh… Des écrivains.
  Anika : Ah bon ?
  Jim : Voici Virginia Wolf. En dessous, Richard Yates, un de mes préférés.
  Anika : Il a écrit quoi ?
  Jim : Des histoires tristes sur des gens tristes, voire pathétiques. À sa mort, tous ses livres étaient épuisés. Et bien sûr, Poe, Plath, et Burroughs. Celui-là s'appelle Breece D. Pancake. Ensuite Dorothy Parker. La grande, c'est Hemingway.
  Anika : Ah oui, j'en ai lu au lycée. Bon écrivain.
  Jim : Qu'est-ce qui t'a plu chez lui ?
  Anika : Ça le faisait bander d'écrire. Tu vois ?
  Jim : [Long silence.] Oui.
  Anika : Ses histoires étaient moins coincées et fabriquées. Plus réelles.
  Jim : C'était un réaliste.
  Anika : C'est pour ça…
  Jim : Il s'est fait sauter le caisson.
  Anika : Dis donc…
  Jim : Comme Pancake. [Il montre une à une les photographies.] Celui-là s'est jeté d'un pont. Elle s'est mise la tête dans un four. Et ces trois-là, c'est l'alcool qui les a tués.

Toute tentative d'y échapper lui semble vaine :

  Anika : [Elle a apporté un cadeau.] Un sourire pour ce pauvre Hemingway.
  Jim : Il y a un truc qui va pas.
  Anika : Normal, t'as l'habitude de le voir autrement.
  Jim : Autrement, c'est réaliste.
  Anika : Autrement, c'est déprimant.
  Jim : C'est ce que je disais.
  Anika : Oh Jim !

Tout est tragique dans la vie de Jim, et style de communication du type oblige, il l'exprime en permanence. Dans le même registre, il ponctue ses phrases de longs silences et d'innombrables "Euh…" que nous n'avons pas tous retranscrits.

La seule solution est de découper sa vie en deux, le monde réel et déprimant dans lequel il faut exercer un métier alimentaire d'une part, et une activité mettant en œuvre l'orientation du type et son mécanisme de défense de sublimation :

  Anika : Vous faisiez quoi là-bas ?
  Jim : Je promenais des chiens. Pour gagner ma vie, je veux dire. Mais j'écris aussi.

Le 4 a le centre émotionnel dirigé vers l'intérieur. Quand il va aussi mal que Jim, il est tellement centré sur ses propres émotions que cela le rend insensible et égoïste. Jim montre cela pendant la quasi-totalité du film, notamment avec sa famille. Ainsi, il pousse son frère Tim au suicide :

  Jim : Je suis malheureux où que je sois.
  Tim : Moi aussi.
  Jim : Je ne sais pas ce que je fais là. Sur cette Terre, dans cette vie. T'as la réponse, toi ?
  Tim : Non.
  Jim : [Soupir.] Il n'y a pas de réponse. Pour le bien du monde, les gens comme moi devraient pas exister.
  Tim : Je suis vraiment malheureux.
  Jim : Je sais. À ta place, je sais pas si j'y arriverais.
  Tim : À quoi ?
  Jim : À continuer. Moi qui voulais en finir, si en plus, j'avais ta vie… [Soupir.]
  Tim : Pourquoi ?
  Jim : Divorcé. Un job merdique dans une scierie après s'être fait jeter de la police de Cromwell… Tu voulais être dans la CIA… Franchement, t'es loin du compte. Tu vis avec papa maman pour qu'ils s'occupent des gosses. Tu gagnes à peine plus que le SMIC à 32 balais ! Je suis peut-être un raté, mais toi, t'es une tragédie !
  Tim : Oui.

Il exploite sa mère (les spécialistes remarqueront au passage le contrepoids égotique du 4) :

  Jim : Je peux prendre la voiture ?
  Sally : Bien sûr. Tu as besoin d'argent ?
  Jim : Oui, comme ça, je ferai le plein.
  Sally : C'est déjà fait.
  Jim : D'accord.
  Sally : [Elle lui tend les clés de la voiture.] Tiens.
  Jim : J'en veux bien un peu quand même.
  Sally : C'est ce que je gagne en vendant des snacks au travail. [Elle lui donne quelques billets.]
  Jim : [Il regarde quelle somme elle lui a donné.] Merci.
  Sally : De rien. [Pendant qu'elle se retourne, Jim prend quelques billets supplémentaires dans son sac.]

C'est au point de lui refuser la moindre aide, à elle qui pourtant n'en demande pas souvent :

  Sally : Oh Jimmy ! Tu peux surveiller les filles pendant que je fais les courses ?
  Jim : Euh… Désolé, j'ai un truc à faire.
  Sally : Oh ! OK. C'est OK.
  Jim : Tu nous laissais seuls, Tim et moi. Je peux prendre la voiture ?
  Sally : Bien sûr, mon chéri. Tu n'auras qu'à me déposer au magasin.
  Jim : À vrai dire, euh… Je vais pas dans ce coin-là.
  Sally : Oh ! Ça ne fait rien.
  Jim : Je te dépose au bout de l'allée. [Comprendre au bout de l'allée qui va du garage à la sortie de la pelouse qui entoure la maison !]
  Sally : Non, je vais marcher. Ça me fera du bien.
  Jim : Merci, m'man.

Quand sa mère se retrouve en prison, Jim lui amène un livre, un livre qui lui plaît parce qu'il parle de "l'amour vain d'un homme impuissant", et dont il est évident qu'il ne l'intéressera pas.

Il n'est d'ailleurs pas plus attaché à son père :

  Sally : Jim, comment on a fait pour vous rendre si malheureux ?
  Jim : Je sais pas.
  Sally : Réfléchis. Sois franc. Tu es intelligent et sensible. Tu as bien une opinion.
  Jim : Y a des gens qui devraient pas avoir d'enfants.

Vivre avec sa famille ne fait bien sûr qu'aggraver le problème, résultat du mécanisme d'attention du 4 qui lui fait voir tout ce qui est laid dans la situation présente :

  Jim : Pour tout dire, je n'aime pas tellement ma famille.
  Anika : C'est horrible de dire ça.
  Jim : C'est vrai, je les aime énormément, mais je ne supporte pas d'être si près d'eux.
  Anika : À quoi bon ce genre d'amour ?

Il entraîne, parait-il, l'équipe de basket des Ladders, mais ne se souvient pas du nom des enfants qui y participent : "Ben, voici Rachel, Sarah, euh… et le reste de l'équipe."

Jusqu'à la fin, il ne se rend pas compte que sa vie consiste à "beaucoup demander et si peu donner". Il est fier de sa richesse émotionnelle ("Sois gentil avec ta mère, et promets-moi de ne pas devenir insensible. En tout cas pas avant l'adolescence."). Ceci mis à part, il a une image désastreuse de lui-même : "Il devrait pas m'admirer", dit-il quand il apprend l'affection que Ben a pour lui.

Jim réprime le centre instinctif. Il "[se] sent bête quand [il]court". Il passe une grande partie de ses journées à dormir ou à ne rien faire, même décrocher le téléphone. Quand il entraîne l'équipe de basket, ses consignes sont pour le moins minimalistes : "Ok. Euh… Faites ce que vous voulez. Je ne sais pas quoi vous dire." Dans son cas, cette répression aggrave la désintégration. L'idée de travailler dans l'usine de ses parents (activité plus banalité) le révulse :

  Don : Tu peux nous aider ?
  Jim : Je vais m'occuper de l'équipe.
  Don : On aurait bien besoin de toi à l'usine. Ta mère vit tout ça très mal, et elle manquait déjà de personnel.
  Jim : Écoute. Euh… Euh… Je sais pas.
  Don : Quoi ? Tu le fais ou tu le fais pas.
  Jim : Alors on va dire que je le fais pas.

Quand il va voir son frère qui est dans le coma à l'hôpital et auquel il apporte un paquet de chips, il claque des doigts à ses oreilles en lui disant : "Va falloir se réveiller. L'équipe a besoin de toi. Et papa me fait bosser pour maman tant que t'as pas émergé. Allez… Pauvre con. Réveille-toi." On sent dans cette agressivité vis-à-vis de Tim une sorte de compétition inconsciente, expression de l'instinct sexuel, pour obtenir l'attention de la mère.

La passion d'envie n'est pas le mécanisme le plus visible du type, mais quand elle apparaît au détour d'une conversation avec Anika ("Il y a tellement de gens drôles et joyeux dans ce monde. Tu serais mieux avec l'un d'eux, non ?"), on comprend qu'elle est là en permanence.

Quand Anika lui reproche de ne pas assurer et qu'il craint qu'elle le quitte, il tente d'abord d'argumenter, puis préfère prendre les devants : "Je veux peut-être pas que vous veniez…" Anika le quitte et c'est le déclic qui va le faire changer. Il envoie le ballon de basket et… marque un panier, symbolisation de sa reconnexion à son centre réprimé.

Même si Jim garde une vision pessimiste du monde et de la vie ("Tu es une des rares bonnes pêches dans ce monde de fruits pourris."), la fin du film marque un énorme pas vers l'intégration. Jim perçoit la nécessité d'agir : "Mais je comprends aujourd'hui que c'était moi le naïf. Je pensais qu'en me résignant, je vivrais mieux que ceux qui essaient et échouent. Je m'en veux de ne le comprendre qu'aujourd'hui." Il choisit de voir le futur plutôt que de ressasser le passé : "Le passé n'annonce pas toujours l'avenir. Cette équipe nous a vu jouer avant, mais pas aujourd'hui." Il réalise qu'il doit diriger son émotionnel vers l'extérieur : "Je m'en veux […] de t'avoir beaucoup demandé et si peu donné."

Jim est un 4 α de sous-type social ("Honte") à aile 5.

Lonesome Jim : SallySally Roush (Mary Kay Place) : ?

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Lonesome Jim : AnikaAnika (Liv Tyler) : ?

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Lonesome Jim : DonDon Roush (Seymour Cassel) : ?

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Autres

D'autres personnages peuvent être étudiés à l'aide de l'Ennéagramme : Tim Roush (joué par Kevin Corrigan) et Oncle Stacy, dit Evil (joué par Mark Boone Junior).

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