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L'Incroyable destin de Harold Crick
Analyse

L'Incroyable destin de Harold Crick : Harold CrickHarold Crick (Will Ferrell) : 5

Dès le début du film, la voix off, qui est celle de Karen Effeil que le professeur Hilbert décrit comme une "narratrice omnisciente", nous dresse un portrait du héros : "Harold Crick était féru de nombres infinis, de calculs sans fin, et étonnamment avare de mots, et sa montre-bracelet était encore moins loquace. Chaque jour ouvrable depuis douze ans, Harold brossait chacune de ses trente-deux dents soixante-seize fois, trente-huit fois de gauche à droite, trente-huit fois de bas en haut. Chaque jour ouvrable depuis douze ans, Harold faisait un nœud demi-windsor à sa cravate et non un double, gagnant ainsi jusqu'à quarante-trois secondes. Sa montre-bracelet trouvait que le demi-windsor lui grossissait le cou, mais elle ne pipait mot. Chaque jour ouvrable depuis douze ans, Harold faisait environ cinquante-sept pas de course par bloc sur six blocs, attrapant de justesse le bus de 8h17, terminus Kronecker. Sa montre-bracelet se délectait de l'air tonique qui lui balayait le cadran." Les éléments principaux y sont : préférence pour le mental, avarice de soi et de son temps. Plus tard, la même voix nous mentionnera l'orientation du type en parlant de "tous les calculs, toutes les règles et toute la précision de la vie de Harold".

Cette scène initiale montre aussi de manière ironique à quel point Harold ne se connaît pas — le vide intérieur : "La vie de Harold était une collection d'instants significatifs ou banals mais qui, à ses yeux, ne se distinguaient en rien les uns des autres." Sa montre vit plus de sensations et d'émotions que lui, et cela sera confirmé tout au long du film : les réactions d'Harold la rendent "dingue", elle tombe en panne quand Ana passe dans la rue alors que Harold ne la voit même pas, etc.

Le goût de Harold pour le mental et les calculs est la seule chose qui l'intéresse dans l'existence :

  Hilbert : Quel est votre mot préféré ?
  Harold : Décimale.

Même amoureux fou d'Ana, cette préoccupation ne le quitte pas : "Que je l'oublie ! En dehors des chiffres, je ne pense qu'à elle." Quand il a besoin d'un conseil de son ami Dave, il ne lui expose pas sa situation, mais passe par une question "abstraite et purement théorique".

Après avoir lu le manuscrit de Karen Eiffel, Harold accepte de mourir parce qu'il est convaincu que la mort qu'elle a imaginée pour son personnage est la seule fin possible cohérente avec le reste de l'œuvre : "Il ne peut pas y avoir d'autre fin que celle-là. Je veux dire, je n'ai pas beaucoup de notion de littérature ou autre, mais ça me semble évident. J'adore votre roman, et vous devriez le finir."

Quand il se met à entendre la voix de Kay, il ne doute pas un instant de sa santé mentale. Il cherche le bruit à l'extérieur de lui (brosse à dent, armoire, etc.) plutôt que dans sa tête. Une fois convaincu qu'il est le seul à l'entendre, il va voir un psychiatre, mais c'est à la recherche d'une autre explication que la folie :

  Harold : Ce n'est pas de la schizophrénie, c'est juste une voix intérieure. Enfin… Cette voix ne me dit pas de faire quoi que ce soit. Elle me dit juste ce que j'ai déjà fait. En détail et avec un vocabulaire plus riche.
  Psychiatre : Monsieur Crick, vous entendez une voix qui s'adresse à vous ?
  Harold : Elle ne s'adresse pas à moi. Elle parle de moi. Je me retrouve impliqué dans une sorte de récit. Comme si j'étais un personnage de ma vie. Mais le problème, c'est que la voix ne fait que des apparitions. Comme si elle me cachait des épisodes du récit, et je dois découvrir quels sont ces épisodes avant qu'il ne soit trop tard.
  Psychiatre : Avant que le récit ne s'achève sur votre décès.
  Harold : C'est ça.
  Psychiatre : Monsieur Crick, au risque de passer pour un disque rayé, il s'agit de schizophrénie.
  Harold : Vous ne me faites pas l'effet d'un disque rayé, mais ce n'est vraiment pas de la schizophrénie. Bon, admettons que ce que je dis soit la réalité. Partons de l'hypothèse que je suis un élément d'un récit, d'une narration, ne serait-ce que… Ne serait-ce que dans mon esprit. Que me conseilleriez-vous ?
  Psychiatre : Je vous conseillerai de prendre un traitement adéquat.
  Harold : Et en dehors de ça ?
  Psychiatre : Je n'en sais rien. Je suppose que je vous adresserais à quelqu'un de versé dans la littérature.
  Harold : D'accord. Oui. Excellente idée. Merci.

Harold n'a pas d'ami (sauf "Dave au bureau"), pas d'animal familier, pas de fiancée. Comme de nombreux 5, il ne sait pas comment aborder les gens et entamer une conversation avec eux. Aussi quand il rencontre Ana dans le bus, la conversation est difficile :

  Harold : Vous aussi, vous êtes usagère de la Régie des transports de Chicago ?
    […]
  Voix off : Harold s'essaya nerveusement aux menus propos.
  Harold : Vous avez les dents très régulières.
  Voix off : Menus, menus propos.
  Ana : C'est gentil. Elles sont d'origine.
  Voix off : Harold calcula rapidement ses risques de se couvrir de ridicule en fonction du temps qu'il resterait là à bavarder.
  Harold : C'est mon arrêt. Il faut que je descende.

Ce n'est pas qu'une incapacité technique ! Harold ne comprend pas plus les émotions des autres que les siennes propres :

  Harold : Il faut que je rentre. Merci pour les cookies.
  Ana : Emportez-les donc.
  Harold : Oh non !
  Ana : Allez quoi ! [Elle se précipite pour sortir une boîte.]
  Harold : Non, vraiment, je vous assure.
  Ana : Ça me fait plaisir.
  Harold : J'aimerais bien, mais c'est impossible, hélas.
  Ana : Impossible ?
  Harold : C'est-à-dire que c'est considéré comme un cadeau.
  Ana : Ah.
  Harold : D'ailleurs je n'aurais même pas dû manger les autres.
  Ana : Je vois. Je jure de ne le dire à personne.
  Harold : Je sais, mais si jamais vous le disiez…
  Ana : Je le dirai pas, je vous le jure.
  Harold : Mais si vous le disiez…
  Ana : Quoi ? Vous me voyez téléphoner ?
  Harold : Je vous les règle. [Le sourire d'Ana se fige.] C'est de bon cœur. Ça vous va ? Et ça règle tout. [Ana se détourne.] Quoi ?
  Ana : [Elle murmure.] Non.
  Harold : S'il vous plaît !
  Ana : [Sèchement.] Allez, rentrez chez vous.
  Harold : C'est vraiment rien du tout.
  Ana : Rentrez chez vous !
  Harold : D'accord. [Il se détourne pour partir, puis comprend.] Vous aviez fait ces cookies pour moi, c'est ça ? Vous vouliez simplement être gentille, et j'ai tout bousillé. [Il soupire.] Vous allez vous dire que je suis en plein délire, mais je crois que je suis dans une tragédie.

Après ce superbe ratage, la manière dont il essaye de recréer la relation avec Ana est tout aussi maladroite. Pour un autre type que le 5, on parlerait de goujaterie, mais ici, il s'agit de maladresse et non d'indélicatesse :

  Harold : Mademoiselle Pascal ! Mademoiselle Pascal !
  Ana : Monsieur Crick.
  Harold : Bonsoir.
  Ana : Bonsoir.
  Harold : Bonsoir.
  Ana : Bonsoir.
  Harold : J'ai eu peur de vous rater.
  Ana : Ah oui ? Pourquoi ?
  Harold : Je voulais vous apporter ceci.
  Ana : Ben oui.
  Harold : Oui.
  Ana : Alors, vous avez le droit de faire des cadeaux à défaut d'en accepter.
  Harold : Écoutez…
  Ana : Moi, ça me paraît assez contradictoire, Monsieur Crick.
  Harold : Très contradictoire.
  Ana : Bon, écoutez, je vous les règle.
  Harold : Non.
  Ana : Si, si, bien sûr. C'est de bon cœur. Dites-moi ce que c'est.
  Harold : De la fleur.
  Ana : Quoi ?
  Harold : Je vous ai apporté de la fleur de farine.
  Ana : [Émue.] Et vous avez porté tout ça jusqu'ici ?
  Harold : Je me suis comporté de façon étrange. Je… J'en ai bien conscience. Et j'ai envie de vous.
  Ana : Pardon ?
  Harold : Il y a tellement de choses, tellement d'influences dans ma vie qui m'ont dit quelquefois, mot pour mot, de venir ici vous apporter ça, mais… Mais si je fais ça, c'est parce que j'ai envie de vous.
  Ana : Vous avez envie de moi ?
  Harold : Indubitablement.
  Ana : Ah. N'existe-t-il pas de règle claire et bien établie interdisant toute espèce de fraternisation ?
  Harold : Convention contrôleur-contrôlé ?
  Ana : Oui.
  Harold : Si, mais j'en ai rien à faire. Rien.
  Ana : Pourquoi ?
  Harold : Parce que j'ai envie de vous.
  Ana : [Long silence.] Bon, ça vous ennuie de les porter un peu plus longtemps ?
  Harold : Non.
  Ana : Allez.

On pense irrésistiblement à la manière dont John Nash s'exprime dans Un homme d'exception. Le temps d'arriver au pied de l'immeuble où habite Ana n'est pas suffisant pour trouver mieux à dire :

  Ana : Vous voulez monter ?
  Harold : Chez vous ?
  Ana : Oui.
  Harold : Je pourrais, sans doute.
  Ana : C'était pas ça le but de la fleur de farine, et tout.
  Harold : À vrai dire, je n'ai pas vu plus loin que "J'ai envie de vous".

L'amour que Harold ressent pour Ana le plonge d'abord dans la situation tellement crainte des 5 où l'émotion perturbe le fonctionnement du centre préféré :

  • Il commet des erreurs de calcul mental ;
  • Il a du mal à exercer ses fonctions : "Harold ne put se concentrer sur son travail. Ses pensées étaient désordonnées, son esprit ailleurs" ;
  • Il perd ses repères : "L'espace de quelques instants, du boulevard Bohr à la rue Euclide, tous les calculs, toutes les règles et toute la précision de la vie de Harold s'évanouirent comme par enchantement." ;
  • Il se met à rêver : "Harold, peu enclin aux fantasmes, fit de son mieux pour rester professionnel" ;
  • Il descend "27 blocs trop tôt" de son autobus.

Puis aidé par le professeur Hilbert et par son ami Dave, il s'intègre : "À chaque accord maladroit, Harold Crick percevait avec plus de force qui il était, ce qu'il voulait et pourquoi il était vivant. […] Harold fit la chose qui l'avait terrifié jusque-là, la chose qui lui avait échappé du lundi au vendredi depuis tant d'années, la chose que les paroles lancinantes de maints morceaux de musique punk lui intimaient de faire : Harold Crick vécut sa vie."

Identification avancée : Harold est un 5 μ de sous-type conservation ("Château fort") à aile 6.

L'Incroyable destin de Harold Crick : Ana PascalAna Pascal (Maggie Gyllenhaal) : ?

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L'Incroyable destin de Harold Crick : Jules HilbertJules Hilbert (Dustin Hoffman) : ?

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L'Incroyable destin de Harold Crick : Penny EscherPenny Escher (Queen Latifah) : ?

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